Les élus péquistes s’unissent autour de la «dame de béton»

La chef du Parti québécois, Pauline Marois
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir La chef du Parti québécois, Pauline Marois

Joliette — Les élus péquistes qui auraient souhaité le départ de Pauline Marois ont choisi de se rallier à la «dame de béton» à l’ouverture du caucus du Parti québécois ce matin, à Joliette.

«On va commencer 2012 positivement», a lancé le député de Beauharnois Guy Leclair, identifié comme un de ceux prêts à réclamer la tête de la chef péquiste. Il a invoqué trois éléments pour se rallier: «Je vais retenir trois choses et je souhaite que tous mes collègues vont retenir ça. On dit de Mme Marois qu’elle a toutes les compétences. On dit aussi de Mme Marois qu’elle est une personne très intègre. Puis avec tout ce qu’elle a vécu, définitivement, c’est une fonceuse, elle ne laisse pas tomber.» M. Leclair avait eu maille à partir, cet automne, avec la direction du PQ. Il avait été exclu du caucus pendant une semaine après avoir été soupçonné d’être à la source d’une fuite au sujet d’une mutinerie qui se préparait. 
 
Un autre «mutin» présumé, André Villeneuve (Berthier), a dit qu’on l’a qualifié ainsi à tort en décembre. Il a soutenu qu’il appuyait la chef Pauline Marois, même s’il éprouve encore certaines inquiétudes, notamment que le PQ ait du mal à «se connecter avec la population». Mme Marois participera à la cérémonie d’investiture de M. Villeneuve dans Berthier ce soir. Un autre élu qui était pour le moins tiède à l’égard du leadership de Mme Marois, Claude Cousineau, a annoncé la semaine dernière au Devoir qu’il compte briguer de nouveau les suffrages pour le PQ dans Bertrand lors des prochaines élections.
 
«Béton»

Le ralliement en apparence général et la fait que l’ex-chef du Bloc Gilles Duceppe soit maintenant hors jeu, a réjoui plus d’un proche de Pauline Marois. Agnès Maltais a célébré la «dame de béton», reprenant le surnom dont un chroniqueur a affublé la chef péquiste la fin de semaine dernière. «C’est le jour 1 de la reconquête du pouvoir», s’est exclamée la députée de Taschereau tout en soulignant que le PQ allait tout de même demeurer un parti de débats.
 
La lassitude à l’égard des débats et questions sur le leadership transparaissait des commentaires de plusieurs. La semaine dernière, Stéphane Bergeron (Verchère) avait semblé indifférent à l’égard d’un éventuel départ de sa chef et ce matin, il lançait: «On ne peut pas indéfiniment répéter une énième profession de foi. On a à plusieurs reprises manifesté notre appui à Mme Marois. J’ai répété la semaine dernière que Mme Marois jouissait d’un appui massif des militants lors du dernier congrès. Elle a l’appui des militants dont je suis.» M. Bergeron a toutefois esquivé la question à savoir si Mme Marois était la «meilleure personne» pour diriger le PQ. «C’est la personne qui est en place, c’est la personne qui a été choisie par les membres.»
 
«L’être parfait n’existe pas»
 
La députée de Marguerite-D’Youville Monique Richard a lancé aux souverainistes qui critiquent constamment Pauline Marois que «l’être parfait n’existe pas». «Qu’ils considèrent donc que l’être parfait n’existe pas, mais qu’on a une leader actuellement, qui met ses culottes, qui est capable de travailler avec la population, qui est capable clairement de donner nos opinions, notre programme, qu’on la laisse travailler au lieu de gérer des crises une par-dessus l’autre.»
 
Par ailleurs, la députée, ancienne présidente de la CEQ (devenue depuis CSQ), a tenté de minimiser les sorties fracassantes effectuées ces derniers jours par des chefs syndicaux. Réjean Parent, de la CSQ, a affirmé la semaine dernière à L’Aut’journal: «Au cours de l'histoire, nous avons eu nos différends, voire d'importants affrontements avec le Parti québécois. Mais un tel déni du mouvement syndical, du monde du travail, c'est du jamais vu!» 
 
Mardi, Jean-Pierre Fortin, directeur des TCA-Québec, a dit au Devoir qu’il regrettait que Gilles Duceppe ait renoncé à prendre la tête du PQ. À ces yeux, l’ancien chef du Bloc québécois «est une personne beaucoup plus près de la classe ouvrière et des syndicats que Mme Marois ne l'est». Pour Mme Richard, «ces gens-là ont le droit de répercuter ce que leurs membres leur disent, mais moi ce n’est pas ce que j’entends dans les discussions à l’intérieur, chez nous et dans l’équipe parlementaire».
 
Drainville
 
Du bout des lèvres, des députés ont commenté la sortie de leur collègue Bernard Drainville (Marie-Victorin), qui déclarait au Devoir le 14 janvier que le PQ «pourrait disparaître». Nicolas Girard a soutenu que le caucus péquiste avait souffert des membres qui mettaient l’accent sur le jeu «individuel plutôt que collectif»: «Ça nous prend moins de Michael Cammalleri et beaucoup plus d’Érik Cole», a déclaré M. Girard en faisant référence à deux joueurs de hockey.
 
Le type de sortie comme celle de M. Drainville peut parfois servir d’«électrochoc» salutaire, a pour sa part soutenu Denis Trottier (Roberval), mais elle peut avoir un défaut: démobiliser les militants qui travaillent fort sur le terrain et qui y croient. M. Drainville, lui, est entré dans la salle en soutenant qu’il allait réserver ses commentaires pour le caucus. Pauline Marois est entrée dans la salle en faisant une déclaration de circonstance, se bornant à dire que le PQ avait une «responsabilité» à l’égard des Québécois et qu’il devait se préparer à la rentrée parlementaire du 14 février.
 
Alliances et «nouvelle politique»
 
Bien que libérés de la question du leadership, les élus péquistes discuteront fermement lors de ce caucus de deux jours, de la question des alliances possibles avec des tiers partis, dont Québec solidaire et Option nationale. Si plusieurs députés, dont Stéphane Bergeron (Verchères), se disent ouvertement d’accord avec ces stratégies électorales, d’autres s’y opposent. Sans y être totalement fermée, Marie Malavoy (Taillon) a dit espérer que le PQ ne s’engouffre pas dans cette voie. «Je suis de l’école de la prudence sur cette question», a-t-elle déclaré. Quant à Yves-François Blanchet (Drummond), il a qualifié ce scénario d’«attrape-nigaud».
 
«Faire de la politique autrement» sera l’autre sujet qui occupera les élus péquistes aujourd’hui et demain. Vendredi, le PQ tiendra un conseil national de trois jours sur la question à Montréal. Seront discutés notamment, de mesures pour punir les élus qui choisissent de changer de parti en cours de mandat. S’inspirant d’une proposition de Sylvain Pagé (Labelle) dans son manifeste pour une nouvelle culture politique, le leader parlementaire péquiste Stéphane Bédard a évoqué la possibilité de diminuer ou de retirer certains avantages pécuniaires d’un élu (indemnité de transition et régime de retraite) qui choisirait de faire ce geste.
51 commentaires
  • JAMAIS UN QUeBEC PAYS - Inscrit 25 janvier 2012 10 h 06

    97% au vote de confiance

    Une prédiction!

  • France Marcotte - Abonnée 25 janvier 2012 10 h 14

    Ultime fronde?

    Pourquoi "de béton", matériau dur mais brut, associé à un monde pas très net.

    Pourquoi pas "dame d'airain", métal dur et noble.

    Est-ce qu'on entend "homme de béton", "homme de fer"?

    Quand une femme tient le coup, elle fait un saut qualitatif dans les esprits...vers les matériaux sans âme.

    Pourtant, une femme est souvent, par nature et expérience, très forte.
    S'agit de le voir et de le reconnaître.

  • Sebas124 - Inscrit 25 janvier 2012 10 h 34

    LOL

    Oui 97% de confiance et un mois après ils vont tous recommancer a lui planter des couteaux dans le dos...A ce cher PQ!

    Sébastien

  • Bernard Gervais - Inscrit 25 janvier 2012 10 h 43

    Prérequis pour occuper un poste important en politique

    Certains préféreront sans doute d'autres surnoms que « la dame de béton » pour qualifier désormais Mme Marois.

    En tout cas, chose certaine, la ténacité avec laquelle elle a affronté tout ce qu'elle a vécu depuis quelques mois impressionne et nous rappelle, bien sûr, qu'il faut à la fois avoir de la passion et des reins solides pour faire de la politique, surtout quand on devient chef d'un parti qui n'est pas facile à diriger !

  • GLabelle - Inscrit 25 janvier 2012 11 h 06

    je serais prêt à voter pour le PQ

    J'y serais prêt si une alliance est conclue avec QS et surtout Option nationale. Pas une fusion, mais une alliance. Je suis indépendantiste avant d'être péquiste, ma carte de membre est encore en un morceau. Mais pour l'instant, mon vote va indubitablement à ON, pour avoir prouvé encore une fois cette semaine, dans le cadre de la semaine de la souveraineté à l'UdM, la pertinence de son discours.

    Si une alliance électorale est conclue avec ON, du genre de ne pas opposer de candidat à M. Aussant dans son comté de Bécancour, je serais prêt à voter pour le PQ dans mon comté.