Duceppe subitement hors jeu

La décision de Gilles Duceppe de se retirer de la vie politique active a laissé ses partisans sous le choc.
Photo: Agence Reuters Christinne Muschi La décision de Gilles Duceppe de se retirer de la vie politique active a laissé ses partisans sous le choc.

Québec — Attaqué sur sa gestion des fonds publics du temps où il était à Ottawa, Gilles Duceppe a choisi hier de renoncer à prendre la tête du Parti québécois. Par un communiqué, l'ex-chef du Bloc québécois a officiellement jeté l'éponge dans cette course à la direction larvée qui s'était déclenchée lorsqu'il avait refusé, la semaine dernière, de nier son intérêt à remplacer Pauline Marois. Dans une courte déclaration publiée tard en après-midi, l'ex-chef du Bloc québécois a affirmé qu'il était «impossible d'envisager un retour en politique active» puisqu'il devait «dorénavant [se] consacrer entièrement à défendre [son] intégrité et à rétablir [sa] réputation».

Samedi, La Presse soutenait dans un reportage que pendant sept ans, l'ex-directeur général du parti, Gilbert Gardner, avait été payé à même le budget du cabinet de M. Duceppe, bien que ses activités aient été à caractère partisan. Il y a là violation apparente des règles budgétaires du Parlement fédéral. M. Duceppe estime que le reportage met en doute son intégrité. Or, selon lui, «la gestion des budgets de la Chambre des communes alloués au Bloc québécois s'est toujours faite de façon transparente et honnête. Tout a été fait dans le respect des normes». Selon TVA, une enquête du Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre des communes (PROC) pourrait être déclenchée incessamment à ce sujet. Des sources dans l'ancienne garde rapprochée de M. Duceppe ont expliqué que la manière de rémunérer M. Gardner avait été autorisée par des experts du Parlement. Mais selon les autres partis fédéraux, l'accroc aux règles est évident: «Nous allons demander une enquête et nous nous attendons à ce que le Bloc rembourse tout l'argent qu'il a dépensé de façon incorrecte», a soutenu le ministre d'État Petite Entreprise et Tourisme, Maxime Bernier. Le nouveau chef du Bloc, Daniel Paillé, a refusé de commenter. Son entourage a parlé d'informations auxquelles M. Paillé n'a pas accès et qui émanent d'une période antérieure à son arrivée à la tête du parti. En conférence de presse, Pauline Marois a soutenu que M. Duceppe avait droit à la présomption d'innocence. Elle l'a décrit comme «un homme intègre et qui agit de bonne foi».

«Tentative d'assassinat»

Les partisans du remplacement de Mme Marois par M. Duceppe semblaient sous le choc hier. «C'est une tentative d'assassinat politique», pestait Pierre Dubuc, secrétaire du club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre. «À qui profite la situation? Aux fédéralistes parce que Duceppe était en meilleure position pour gagner les élections!» Samedi, Le Devoir révélait que plusieurs responsables syndicaux étaient profondément déçus de Mme Marois et comptaient le faire savoir au début de cette semaine qui sera marquée par une réunion du caucus et un Conseil national. Dans une entrevue publiée vendredi sur le site Web de L'Aut'journal, le président de la CSQ Réjean Parent déclarait: «Au cours de l'histoire, nous avons eu nos différends, voire d'importants affrontements avec le Parti québécois. Mais un tel déni du mouvement syndical, du monde du travail, c'est du jamais vu!» D'autres importants responsables syndicaux étaient prêts à dire tout haut ce que plusieurs dans ce mouvement semblent penser. Mais depuis hier, «tout le monde doit réexaminer la situation. Ça change complètement la donne, il faut y réfléchir», confie M. Dubuc. Le SPQ-libre ne compte pas se rallier à Mme Marois pour autant, car selon ses membres, le PQ «va nulle part» avec elle.

Opposé à l'arrivée de M. Duceppe à la tête du PQ, l'ancien conseiller politique péquiste Jean-François Lisée ne triomphait pas, hier. «Je ne suis pas content du tout», a-t-il déclaré, expliquant que pour faire la souveraineté, il faut «additionner les crédibilités». «Or le fait qu'un des souverainistes les plus crédibles ait été décoté n'est pas une bonne nouvelle.» Que M. Duceppe ait songé à refaire de la politique était réjouissant, ajoute M. Lisée. «Le meilleur choix était toutefois de répondre à l'appel lancé par Mme Marois et par Bernard Drainville de se rassembler derrière Mme Marois pour remonter la pente. Il a fait un autre choix, remplacer Mme Marois, qui n'a pas fonctionné. C'est dommage, c'était évitable», a commenté M. Lisée.

Quant à Pauline Marois, elle a présenté hier un autre candidat, le Dr Réjean Hébert, expert en gériatrie qui avait mordu la poussière dans Saint-François en Estrie en 2008. Poursuivant sa contre-offensive, la chef péquiste annoncera aujourd'hui qu'elle met sur pied un comité sur la souveraineté coprésidé par le chef du Bloc, Daniel Paillé. Elle le fera dans le cadre de la «semaine de la souveraineté» organisée par le Mouvement des étudiants souverainistes de l'Université de Montréal (MÉSUM). Par ailleurs, joint hier, l'ancien chef Bernard Landry a soutenu que la lettre ouverte qu'il avait promise la semaine dernière était «terminée» avant qu'il n'apprenne la nouvelle au sujet de M. Duceppe et qu'il n'y changera «pas un mot». Il l'enverra aux journaux demain matin.

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Avec la collaboration de Marco Bélair-Cirino

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