L'ADQ n'est plus

Le chef adéquiste Gérard Deltell et le président-directeur général de l’ADQ, Christian Lévesque, ont annoncé hier devant la presse les résultats du vote sur la fusion du parti avec la CAQ: plus de 70% des adéquistes qui se sont exprimés l’ont approuvée. Le taux de participation se chiffre à 54%.<br />
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Le chef adéquiste Gérard Deltell et le président-directeur général de l’ADQ, Christian Lévesque, ont annoncé hier devant la presse les résultats du vote sur la fusion du parti avec la CAQ: plus de 70% des adéquistes qui se sont exprimés l’ont approuvée. Le taux de participation se chiffre à 54%.

Québec — C'est le feu vert pour la fusion de l'Action démocratique du Québec et de la Coalition avenir Québec, mariage qui signe la disparition du parti fondé il y a 18 ans par Mario Dumont. Un peu plus de 70 % des 1338 membres de l'ADQ qui ont soumis un bulletin de vote valide ont approuvé le projet de fusion.

C'est un Gérard Deltell soulagé qui s'est présenté, hier, devant la presse avec le président-directeur général du parti, Christian Lévesque. Cette fusion «va nous permettre de faire un grand pas vers un gouvernement réaliste et responsable», a déclaré le chef adéquiste. Mandatée par la direction du parti, la firme de comptables Raymond Chabot Grant Thornton a dévoilé, hier en matinée, le résultat du scrutin postal sur l'entente de fusion intervenue le 19 décembre dernier.

C'est une fusion, «ce n'est donc pas la mort technique de l'Action démocratique», a soutenu Gérard Deltell. La CAQ, «c'est la suite logique de notre parti», a-t-il fait valoir, avançant que le plan d'action caquiste repose sur les idées et les principes défendus par l'ADQ.

Gérard Deltell a dit avoir trouvé les cinq dernières semaines «émotivement éprouvantes» en raison de la contestation qu'il a dû affronter. Des 2521 membres de l'ADQ, 943 ont approuvé la fusion, 388 l'ont rejetée, soit 29 %, et 7 ont annulé leur vote. La participation s'est élevée à 54 %, proportion jugée satisfaisante par Gérard Deltell, qui l'a comparée à la participation de 38 % au vote pour désigner le chef du Bloc québécois.

Pour Gérard Deltell, François Rebello, qui, en annonçant son adhésion à la CAQ, avait dit voir dans ce parti un moyen de favoriser à terme la souveraineté, a mis de côté ses velléités souverainistes de façon définitive. «Les propos de M. Rebello ont été précisés au fil du temps et M. Rebello a bien reconnu que la Coalition avenir Québec n'allait pas du tout préparer le terrain en vue d'un référendum», a affirmé le chef adéquiste, mentionnant que le chef de la CAQ, François Legault, avait réitéré cette profession de foi il y a quelques jours.

La CAQ a fait sienne la position constitutionnelle de l'ADQ, l'autonomie, qui «se conjugue à l'intérieur du cadre fédéral», a souligné Gérard Deltell.

Le parti de François Legault a également intégré deux autres éléments du programme adéquiste, a-t-il rappelé: la mixité public-privé en santé (François Legault s'est engagé à lancer un projet-pilote) et l'allocation de 100 $ par semaine versée aux parents pour chaque enfant qui ne fréquente pas un service de garde subventionné (le chef caquiste a dit que son parti en évaluerait la faisabilité en fonction des finances publiques).

À la suite de la fusion, qui devra être officialisée par le Directeur général des élections, la CAQ fera main basse sur une subvention annuelle de 770 000 $ liée au pourcentage de vote — 16 % — obtenue en 2008 et versée par le DGEQ à l'ADQ. La CAQ doit toutefois assumer la dette d'environ de 600 000 $ que traîne l'ADQ.

Un statut spécial?

Gérald Deltell demandera au président de l'Assemblée nationale d'accorder à la CAQ, qui comptera neuf députés à l'ouverture de la session le 14 février, le statut spécial dont jouit à ce jour l'ADQ, soit celui de deuxième groupe de l'opposition. La règle pour qu'un parti ait le statut de parti d'opposition reconnu, c'est qu'il unisse au moins 12 élus et ait obtenu au moins 20 % du vote aux dernières élections.

Les élus caquistes devront aussi compter sur l'improbable magnanimité des élus libéraux et péquistes du Bureau de l'Assemblée nationale. Le Bureau devra décider si la CAQ pourra toucher la même somme que l'ADQ pour ses activités parlementaires, soit les 715 000 $ que lui verse l'Assemblée nationale. Déjà, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a déclaré hier qu'elle s'opposerait à ce traitement.

C'était sans doute la dernière intervention de Gérald Deltell à titre de chef adéquiste. Il en a profité pour faire une sortie contre le PQ, qui ne joue pas, selon lui, son rôle d'opposition officielle en raison de sa perpétuelle «crise existentielle».

«J'invite les gens du Parti québécois à se redresser et à se ressaisir. Le Québec a besoin d'une opposition cohérente et pugnace face au gouvernement, pas face à elle-même», a-t-il dit.

À la CAQ, on s'est dit «très heureux» du résultat du vote. «Le changement passe par l'union des forces et le résultats de ce désir», a fait savoir le porte-parole de la CAQ, Jean-François Del Torchio. François Legault tiendra une conférence de presse, aujourd'hui à Montréal, pour annoncer la composition du premier Conseil exécutif national de son parti et présenter la présidente de la CAQ, Dominique Anglade.

Des «orphelins politiques»

Réunis dans un restaurant de la Grande-Allée, des membres du comité Restons ADQ ont indiqué, hier, qu'ils ne contesteraient pas les résultats du vote. «Même si le véhicule de l'ADQ disparaît, on pense qu'il y a une place au Québec pour un parti à droite du centre, ou un mouvement. Il y a quand même aujourd'hui un paquet d'orphelins politiques», a déclaré le vice-président de la commission politique du parti, Adrien Pouliot.

«Au Québec, il y a un terrain fertile pour la liberté économique», a dit le président de la commission politique adéquiste, Claude Garcia. «Les partis qui sont là proposent tous plus d'interventions de l'État dans l'économie. M. Legault nous dit: "C'est mieux d'État pour mieux gouverner." Eh bien, mieux d'État, pour moi, ça veut dire plus d'État.» Il est encore trop tôt pour dire si ces adéquistes les plus à droite se joindront au Parti conservateur du Québec, qui vient d'être fondé, ou encore à l'Équipe autonomiste, appellation réservée par d'anciens adéquistes qui projettent de créer un nouveau parti de droite.

Par ailleurs, le Réseau liberté-Québec a annoncé, hier, qu'il tiendra une journée d'échanges sur l'avenir de la droite québécoise, le 18 mars à Lévis. «Le contexte politique actuel fait en sorte que beaucoup de citoyens à la droite du centre sont inquiets et se sentent aujourd'hui orphelins politiques», écrit un des fondateurs du mouvement, Ian Sénéchal, dans un communiqué. «Nous invitons les défenseurs de la liberté à venir proposer des idées afin de mieux organiser la droite réformatrice québécoise.»
18 commentaires
  • parade21 - Abonné 23 janvier 2012 01 h 39

    À droite de l'ADQ ou comment cracher dans la soupe

    Il y a des adéquistes déçus de la tournure des événements. Ceux qui avaient cru pouvoir utiliser ce véhicule politique pour casser du sucre sur le dos de l’État se retrouvent soudain orphelins. Qu’à cela ne tienne, ces orphelins créeront un autre véhicule, plus à droite, pour poursuivre leur mission de déconstruire, sinon détruire, l’État. Nous retrouvons de ce côté le Réseau liberté Québec et les esprits chagrins de l’ADQ. Comme la nature politique a horreur du vide, il se peut bien que tout ce beau monde aille du côté du nouveau parti conservateur du Québec.

    Maintenant que ces braves libertariens ont pu bénéficier des actifs de l’État pour s’éduquer, se faire soigner et être protégé, pas question d’accorder ce droit aux prochaines générations. Celles-ci devront trimer dur pour mériter, ce mot est important, leur réussite individuelle. Bien entendu leurs fils et filles pourront fréquenter les bonnes écoles privées, subventionnées à hauteur de 60% par l’État en passant et donc par la majorité des travailleurs de la classe moyenne. Ce qui est bon pour nous ne l’est forcément pas pour vous.

    La solidarité est un mot qui leur est inconnu. Seule compte la compétition. Que le meilleur gagne. Et les autres on s’en fout. C’est ce qui s’appelle cracher dans la soupe.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 23 janvier 2012 05 h 55

    La CAQ n'est pas un parti selon les r;glements de l'Assemblée nationale

    Lors de la dernière élection, la CAQ n'existait pas. Elle n'existe que par des transfuges qui n'ont pas respecté leur engagement par devers leur électorat.
    Il serait injuste de leur accorder des privilèges qui ne sont octroyés qu'à des partis qui respectent la loi. De plus, si on leur accorde un passe-droit,ce sera comme une caution donnée aux vire-capot et une incitation à le faire plus souvent à l'avenir.
    L"Assemble nationale, par la voix de son Président, doit refuser cette reconnaissance qui n'appartient de faire qu'à l'électorat.

  • Socrate - Inscrit 23 janvier 2012 06 h 02

    Cicéron

    Une nouvelle alliance avec Ciicéron Landry et le SPEC Libre de Legault serait tout à fait souhaitable après cette tombée de rideau. Bravo! Bravo!

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 23 janvier 2012 06 h 47

    M. Rebello est maintenant fédéraliste

    Foi de M. Deltell.
    "La CAQ a fait sienne la position constitutionnelle de l'ADQ, l'autonomie, qui «se conjugue à l'intérieur du cadre fédéral», a souligné Gérard Deltell

    Alors M. Rebello n'aura qu'à recycler ses vieux discours en y changeant quelques mots: Canada pour Québec; fédéraliste pour souverainiste. Et tout le monde va boire ses paroles.

    M. Rebello, comme monsieur Legault, deux souverainistes convaincus, sont maintenant devenus des nationalistes canadiens convaincus.

    Pourquoi ai-je de la difficulté à avaler cela?...

  • Gilles Bousquet - Inscrit 23 janvier 2012 07 h 27

    R.I.P. ADQ

    Fondé en janvier 1994, l'ADQ vient de mourier en janvier 2012, ce qui fait donc 18 ans, âge de la majorité et celle de quitter le foyer pour une nouvelle aventure.