Plan Nord - Blocus sur la route 167

Christopher Matoush, Daniel Mattawashish, Jocelyn Deschamps, Simon Mattawashish, Roger Mattawashish, Emma Mattawashish et, à l’avant-scène, Coome Matoush, ont érigé une barricade  pour dénoncer l’octroi du contrat du prolongement de cette route du nord québécois.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Christopher Matoush, Daniel Mattawashish, Jocelyn Deschamps, Simon Mattawashish, Roger Mattawashish, Emma Mattawashish et, à l’avant-scène, Coome Matoush, ont érigé une barricade  pour dénoncer l’octroi du contrat du prolongement de cette route du nord québécois.

Le Devoir au nord de Mistissini — Une barricade faite d'une pelle mécanique, d'un bouteur et de grosses camionnettes bloquent la route 167, là même où doivent débuter, dès demain, les travaux permettant de concrétiser le prolongement de cette route, premier jalon du Plan Nord de Jean Charest. Des Cris de Mistissini dénoncent le gouvernement pour les avoir ignorés dans l'octroi du contrat de construction et avoir empiété sur leurs territoires de trappe sans les dédommager ni même les prévenir.

Le blocus a débuté jeudi dernier. Le Devoir était là lorsque Simon Mattawashish, sa soeur Emma et ses deux frères, Roger et Daniel, ainsi que Christopher Matoush et son père, Coome, ont barré la route 167 dans le froid mordant du nord avec pour seuls témoins des épinettes à perte de vue. La fébrilité était palpable, mais tout s'est déroulé dans une ambiance bon enfant. Il ne fallait donc pas chercher l'indignation féroce ou les regards sombres. Cette poignée de Cris affichait toutefois l'assurance tranquille de gens déterminés à ne pas fléchir.

Le lobbyiste qui les représente, Jocelyn Deschamps, lui, ne mâche pas ses mots. «C'est une vraie guerre qui se prépare ici», promet-il.

À un demi-kilomètre, au sud de la barricade, sur le bord de la route, d'immenses réservoirs d'essence et des équipements de construction jouxtent une cabane chauffée avec une antenne parabolique. L'entreprise qui effectuera le déboisement des 82 premiers kilomètres de la future route menant à différentes mines, dont une d'uranium et une autre de diamant, se prépare. C'est l'étape préalable à la construction qui doit débuter à la mi-février. C'est l'entreprise Bob-Son, de Baie-Comeau, qui a obtenu le contrat de 75,9 millions à la suite d'un appel d'offres public.

C'est cette installation impromptue qui a mis le feu aux poudres. Après les Fêtes, Simon Mattawashish s'est rendu à son campement de chasse, à plus d'une heure de route de Mistissini, et a constaté qu'il y avait un intrus sur son territoire de trappe.

Tout le nord du Québec est divisé en territoires de trappe, chacun occupé par un maître de trappe et sa famille pour les activités de chasse, de piégeage et de pêche. M. Mattawashish affirme n'avoir jamais été prévenu. De plus, il estime que le projet de route 167 brime ses droits. Ainsi, il réclame le pouvoir de négocier un dédommagement avec Québec. Et pas question que cela se fasse par l'intermédiaire du conseil de bande, précise-t-il.

Jusqu'à maintenant, le gouvernement du Québec contourne les citoyens cris et s'adresse directement aux représentants de la nation de Mistissini. Mais pour M. Mattawashish et ses voisins, on ne peut amalgamer droits personnels et droits de toute la communauté.

Mais ce n'est pas tout: six des sept maîtres de trappe dont les territoires respectifs seront traversés par la route 167 se sont regroupés pour créer une entreprise crie, UUCHII (en partenariat minoritaire avec des entrepreneurs généraux déjà établis). Ensemble, ils possèdent 92 % des terres visées par le projet routier.

Ces nouveaux entrepreneurs brandissent la «paix des braves», cette entente entre Québec et Cris pour assurer à ces derniers «une plus grande autonomie» et la prise en charge de leur économie. Mais le gouvernement discuste «de nation à nation» même lorsqu'il s'agit de brasser des affaires. De son côté, UUCHII prétend toujours avoir le droit de négocier de gré à gré pour obtenir le contrat de construction.

Le président de UUCHII, Christopher Matoush, a donné l'assurance que le siège se poursuivrait aussi longtemps qu'il le faudrait pour faire entendre raison au gouvernement et au Conseil de bande, tant en matière de droits personnels que d'intérêts commerciaux. Il estime avoir l'obligation de réussir, pour lui, les siens et tous les autochtones.

«C'est une démarche très importante, parce que ça pourrait ouvrir la porte à tous les autres maîtres de trappe. C'est juste le début du Plan Nord. Il va y avoir d'autres projets. On n'arrêtera pas», a-t-il affirmé.

M. Matoush est convaincu que c'est l'occasion d'apporter des changements dans la gestion de la nation où les citoyens vivent, dit-il, dans la crainte de représailles de la part du Conseil de bande. «Il y a plein de gens de Mistissini qui comprennent ce qui se passe, mais ils ont peur de parler. [...] On leur dit qu'ils risquent de perdre leurs Cree rights. Moi aussi, à une certaine époque, je me suis laissé embrigader, mais j'ai compris que le conseil de bande ne respecte pas les personnes», raconte-t-il.

Le Devoir a tenté de joindre le chef du conseil de bande, Richard Shecapio. Les appels des derniers mois sont tous restés sans réponse.

Parallèlement au blocus, les avocats de UUCHII ont reçu le mandat d'entreprendre des démarches juridiques pour faire annuler le contrat accordé par le ministère des Transports à Bob-Son. L'entreprise a été avisée de la procédure, assure Jocelyn Deschamps.

Ce dernier s'attend, à partir de maintenant, à recevoir un signal clair. Entre-temps, de la machinerie lourde doit encore être déplacée pour renforcer la barricade. Il est même prévu d'installer une cabane chauffée avec un porte-parole en permanence.

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Le Devoir s'est rendu dans le nord québécois à l'invitation de l'UCHII

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32 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 23 janvier 2012 01 h 10

    Eux autres les indiens

    Quand cela fait leur affaires, c'est la bande mais quand cela ne fait plus leur affaire, ce sont des droits individuels. Mautadit que je suis tanné. Pour leur faire plaisir, on doit les garder dans des réserves: fournir l'éducation, les soins hospitaliers, les médecins, les transports, des usines quand ils veulent travailler, etc. Pourtant, si quelques québécois ordinaires s'établiraient dans une région très lointaine, leur fournirait-on tous ces services? les gouvernements diraient: no way. Mais comme cela fait l,affaire des indiens, la go-gauche va nous sortir la loi sur les indiens. D'autre part, quand cela ne fait plus l'affaire des indiens, ces derniers condamnent cette même loi. C'est comme avec les musulmans radicaux: c'est nous qui devons tout faire pour leur faire plaisir. C'est qui les c...

  • Patro - Inscrit 23 janvier 2012 06 h 04

    Sortir de nulle part

    et piétiner tout ce qui appartient au voisin.
    Ce plan d'or, sorti de nulle part commence à faire des dégâts au même titre que Trudeau et son Éléphant blanc de Mirabel. La colonisation est de retour pour la satisfaction de populistes qui n'ont idée que de creuser. Oui il y aura des emplois, pour les gens du Sud, oui il y aura de l'argent pour les gens du Sud oui il y aura de la pêche et de la chasse, sur les terres du Nord, par les gens du Sud. Depuis des années que l'on prône le développement du Nord en se cachant derrière la bannière de la socialisation et du développement économique des nations. Mais il semble que le tout se fasse au détriment des familles et des individus. Pourquoi ne pas favoriser le développement industriel mais au profit de ceux qui sont propriétaire des terrains. Sommes nous surpris de voir ces machines bloqués la route. Ces machines, elles ont été achetées à des gens du Sud. Il y a sur ce terrain désertique pour plusieurs millions de dollars. On a la preuve que le racisme envers les individus formant les Premières Nations, sont ignorés, tant par leur communauté que par nos représentants du Sud. La construction de routes, ça ne vous dis rien, des fois !

  • Maurice Gohier - Inscrit 23 janvier 2012 06 h 42

    La fierté du combattant

    Libre sur de grands territoires que leurs ancêtres prenaient soins de distribuer pour leur survivance. Nous les avons enfermés dans des réserves sans autres préoccupations que d'avoir le champ libre pour défigurer Mère Nature, leur garde-manger. Plus que cela, leurs vies. Mme Dionne confond tout et à besoin de relire les pages de l'histoire de ce grand territoire. J'ai travaillé avec eux au Mont-Otish. Ils ont gardé leur superbe malgré les dommages culturels que nous leur ont fait subir. En tant que canayen, coureur des bois, devenu québécois. Je demande le respect de mes demi-frères. J'espère que la haine de Mme Dionne n'est qu'ignorance. Je suis de 13 ième génération de voltigeur, de truchement, de ce peuple qui naquit de la rencontre de deux grandes cultures. Ils ont tissé des liens serrés que les administrations coloniales et religieuse ont toujours combattu car nous vivions libre.

  • Sanzalure - Inscrit 23 janvier 2012 07 h 05

    Pauvre Madame Dionne

    Vous dites : «Pour leur faire plaisir, on doit les garder dans des réserves».

    En fait, les Blancs leur ont fait la guerre, leur ont volé leurs territoires et les ont enfermés dans des réserves. Ils n'ont pas fait ça pour faire plaisir aux Peaux rouges.

    Vous dites : «fournir l'éducation, les soins hospitaliers, les médecins, les transports, ...»

    En fait, on dépense des sommes importantes, mais l'argent ne se rend pas et les autochtones ne reçoivent à peu près pas d'éducation, de soins hospitaliers, de médecins ou de transport.

    Vous dites : «Pourtant, si quelques québécois ordinaires s'établiraient dans une région très lointaine, leur fournirait-on tous ces services?»

    En fait, le gouvernement a dépensé des fortunes pour fournir tous les services possibles et imaginables aux corporations des Blancs installées dans le Nord et s'apprête à en dépenser encore plus pour mettre en oeuvre son Plan Nord.

    Vous critiquez la «go-gauche», mais vous de la droite, vous êtes loin d'être au-dessous de tout soupçons. Je n'ai pas le temps ce matin, mais prenez domaine par domaine (éducation, environnement, santé, agriculture, transport, relations internationales, recherche scientifique, etc) et comparez les arguments de la droite et ceux de la gauche.

    À mon avis, les gens de droite devraient se garder une petite gêne au lieu de pavoiser.

    Serge Grenier

  • NiDieuNiMaitre - Inscrit 23 janvier 2012 07 h 25

    Rien de nouveau sous le soleil

    Comme d'habitude le gvt Charest s'illustre par sa précipitation sa mauvaise planification et son incompétence. On pourrait facilement faire une analogie entre cette situation et un entrepreneur qui voulant construire une maison empièterait sur le terrain du voisin, devrait-il s'entendre avec le gvt ou le voisin?