Hydro-Québec fait volte-face

Québec — Hydro-Québec a fait volte-face et assurera, pour une première fois, la présence du français au congrès de CIGRE Canada qui devait se dérouler à Montréal entièrement en anglais.

«Disons qu'il y a des préoccupations qui ont été soulevées et donc, Hydro-Québec va demeurer vigilante au niveau [sic] de la présence et de l'utilisation du français durant ce congrès», a indiqué, hier, le porte-parole d'Hydro-Québec, Louis-Olivier Batty.

Dans un article publié hier, Le Devoir révélait qu'Hydro-Québec et son centre recherche, l'IREQ, seraient l'hôte, en septembre à Montréal, du congrès CIGRE Canada, une manifestation scientifique à caractère international qui en est à sa septième édition annuelle et qui a lieu exclusivement en anglais. Les chercheurs de l'IREQ et les autres scientifiques d'Hydro-Québec devaient livrer leurs communications en anglais seulement puisque c'était «la langue commune» du congrès, avait-on précisé à l'IREQ. Le comité organisateur du congrès unilingue est formé de chercheurs de l'IREQ, dont son directeur principal, Denis Faubert, qui en assurait la présidence, et d'autres experts d'Hydro-Québec.

Le personnel d'Hydro-Québec peut «s'exprimer dans une autre langue que le français lorsque la conférence est prononcée au Québec devant un auditoire international», avait signifié le porte-parole, conformément à la politique gouvernementale relative à l'emploi de la langue française dans l'administration, politique à laquelle la société d'État est soumise. Le porte-parole soutenait qu'Hydro-Québec, membre en règle de CIGRE Canada, n'avait rien à voir dans l'organisation du congrès même si ses employés, qu'elle paie pour participer à cette manifestation, présidaient à l'organisation de cette édition montréalaise.

Réflexion

Après une réflexion qui n'aura duré que quelques heures hier, Hydro-Québec juge désormais qu'elle a la responsabilité d'assurer la présence du français lors de ce congrès. Ainsi, contrairement à ce qu'ils ont toujours fait lors des éditions précédentes, les chercheurs de l'IREQ devront livrer leurs communications scientifiques en français, que ce soit oralement ou par écrit. Ils devront intervenir en plénière en français également.

Hydro-Québec accordera une commandite à CIGRE Canada afin que les organisateurs assurent la traduction simultanée de tous les échanges dans les deux langues.

À la suite de la publication de l'article, le cabinet de la ministre des Communications et de la Culture, Christine St-Pierre, responsable de l'application de la Charte de la langue française, a demandé des explications à Hydro-Québec. En outre, le physicien Pierre Demers, président de la Ligue internationale des scientifiques pour l'usage de la langue française (LISULF), a déploré la situation. Il a souligné hier que paradoxalement, Hydro-Québec fut la première société à devenir membre de la LISULF sous l'impulsion de Lionel Boulet, le concepteur de l'IREQ et son directeur pendant 15 ans. Mais aujourd'hui, cette ligue, fondée en 1979, compte très peu membres et doit s'appuyer sur d'autres organismes de défense de la langue française.

Au Parti québécois, le député de Drummond et porte-parole en matière de langue, Yves-François Blanchet, s'est dit rassuré par la volte-face de la société d'État. «Ça n'avait pas de bon sens que la création de René Lévesque, le symbole de notre émancipation économique, dise: non, le français, ce n'est pas important.»
24 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 janvier 2012 08 h 16

    Pourquoi

    C’est bizarre qu’il faille que la population s’ameute pour qu’Hydro-Québec qui est un fleuron québécois important mette de l’avant son identité première.
    Il y a définitivement des incompétents dans cette entreprise.
    L’identité du Québec étant française
    Comment se fait-il que des entreprises québécoises importantes ne respectent pas notre identité
    Ça devrait pourtant être la première préoccupation et responsabilité de ces entreprises
    Je crois qu’au Québec, qu’il y a des gens qui ne font pas leur travail
    Trop préoccupés qu’ils sont, à promouvoir leur carrière personnelle

  • Bernard Dupuis - Abonné 21 janvier 2012 09 h 34

    Bravo Robert Dutrisac

    Il semble que tous les défenseurs de la langue française l'ont échappé belle. Quant à ceux qui affirment que la seule langue valable au monde est l'anglais, ils pourront aller ronger leur frein jusqu'à la prochaine tentative d'exclusion du Français. Car la bataille en faveur de l'assimilation des Québécois par les ennemis de la langue française n'est jamais terminée. Par conséquent, il faut que ceux qui restent fidèles à la langue et à la culture québécoise restent vigilants.

    Le principal argument des partisans de l'assimilation consiste à affirmer faussement qu'étant donné la mondialisation et l'internationalisation des communications, l'anglais est l'unique langue valable et par conséquent, le Français doit être exclu des événements d'envergure internationale. La richesse et la beauté de la langue française peuvent contribuer grandement à diversifier et nuancer les idées diffusées lors de ce genre d'événement.

    Dans notre histoire, le journal Le Devoir a toujours joué un rôle crucial dans la dénonciation des attaques sournoises et pernicieuses des ennemis de la langue française. C'est pourquoi nous lui en sommes encore des plus reconnaissants. Le prochain combat à surveiller est cette intention de la garde côtière canadienne d'exclure le français des communications de ses bateaux à partir de Québec jusqu'au bout du golf St-Laurent.

    Bernard Dupuis, Berthier-Maskinongé

  • Denis Gobeille - Abonné 21 janvier 2012 09 h 37

    Bravo

    Je félicite la direction d'Hydro-Québec qui démontre ainsi sa capacité à modifier rapidement ses décisions en fonctions des nouvelles perspectives mises de l'avant par les journalistes.
    La critique a ses mérites et celui qui agit aussi.

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 21 janvier 2012 09 h 38

    Paradoxe

    N'est-il pas paradoxal que René Lévesque avait obligé que les négociations et rencontres pour nationaliser Hydro-Québec se fassent en français au grand dam de l'avocat Louis Saint-Laurent représentant ses maîtres anglais.

  • Dmarquis - Abonné 21 janvier 2012 10 h 06

    Opportunisme et contraire au bon sens

    Un congrès international est un lieux d'échange entre spécialistes à travers le monde. L'anglais est la langue commune pour les échanges scientiques entre un suédois, un japonais, un français de France, un américain et un brézilien. Ca n'empêche pas HydroQuébec de maintenir le francais comme langue de travail et même de proposer des versions françaises imprimées des communications à ce colloque. Mais rendre obligatoire l'usage du français dans les communications de ses chercheurs est un non sens et une manière d'éviter de faire des vagues et d'acheter la paix au prix de sacrifier l'efficacité des échanges et d'augmenter les coûts ....payés par nous.
    Daniel Marquis, Bromont