Québec reverra la gouvernance de l'AMT

Le désaveu du gouvernement du Québec à l'égard de l'Agence métropolitaine de transport (AMT) dans le dossier du train de l'Est et la promesse de la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, de revoir la gouvernance de l'organisme gouvernemental pourraient permettre aux maires de la région métropolitaine de réaliser une vieille ambition, celle d'avoir un meilleur contrôle sur la planification des transports en commun.

Les coûts du projet du train de l'Est ont explosé, passant de 300 millions en 2006 à 671 millions. Mme Courchesne a annoncé hier l'intention du gouvernement de prendre les commandes du projet et de confier à un comité indépendant sa gestion financière, rapportait La Presse.

Le projet sera aussi revu à la baisse afin de réduire la facture à 671 millions, au lieu des 715 millions estimés par Infrastructure Québec. Ainsi, la gare de Charlemagne ne verra pas le jour; l'idée de doter certaines gares de quais chauffants sera abandonnée et le nombre de nouvelles places de stationnement incitatif, notamment à Mascouche et à Rivière-des-Prairies, sera réduit.

Selon Mme Courchesne, l'AMT a manqué de rigueur dans la gestion du projet et le mode de réalisation accéléré a conduit à l'explosion des coûts. La ministre n'a pas voulu se prononcer sur le sort du p.-d.g. de l'AMT, Joël Gauthier, mais elle a confirmé l'intention du gouvernement de «revoir en profondeur la gouvernance de l'AMT».

Litige

Or la rivalité entre l'AMT, dirigée par un non-élu, et la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), qui regroupe les 82 villes de la région, n'est pas un secret. La CMM a longtemps rêvé d'avaler l'AMT. L'an dernier, les élus de la CMM ont convenu d'une formule qui maintiendrait l'existence de l'AMT, mais permettrait aux élus d'avoir plus de poids au sein de son conseil d'administration.

Hier, le maire Gérald Tremblay, qui préside la CMM, a réitéré la demande des villes d'avoir six représentants au c.a. de l'AMT au lieu de trois. La CMM souhaite aussi que le budget et les dépenses d'immobilisation de l'AMT soient soumis à son approbation. «Ça fait dix ans qu'on demande la gouvernance de l'AMT», a dit le maire. Faut-il dissoudre l'AMT? «Je ne sais pas. C'est une décision gouvernementale. Nous, on ne veut pas s'embarquer dans un débat de structures», a-t-il ajouté.

Il estime qu'au fil des ans, les élus de la CMM ont montré leur capacité à s'entendre sur des enjeux majeurs, comme le Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) adopté à la quasi-unanimité en décembre dernier.

Le dérapage du projet du train de l'Est est-il le fruit de l'incompétence de ses gestionnaires? «Je ne veux pas porter de jugement sur ça, a répliqué le maire. Tout ce que je sais, c'est qu'on [n'aurait pas] dû faire le projet à partir de Repentigny pour s'en venir à Montréal.» En ce qui le concerne, Montréal déploiera toutes ses énergies pour réaliser le projet du Service rapide par bus (SRB) du boulevard Pie-IX: «On n'annoncera plus 22 projets. On en prend un, juste celui-là, et on le fait.»

Le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, qui a déjà travaillé pour l'AMT, souhaite la disparition pure et simple de l'AMT, qu'il qualifie de «façade» pour le gouvernement. Mais il s'oppose vigoureusement à ce que les pouvoirs de l'AMT soient confiés à la CMM, car cela obligerait Montréal à faire d'autres compromis face aux banlieues, dit-il. «Pour obtenir la promesse d'un petit bout de métro jusqu'à Anjou, il faut donner 20 km de métro à Laval et sur la Rive-Sud. C'est absurde, a-t-il expliqué.

Quant au train de l'Est, il s'agit selon lui d'un «très mauvais projet» qui risque de coûter plus de 1 milliard aux contribuables si le tunnel du mont Royal est mis aux normes.

L'AMT n'a pas fait de commentaires hier.
1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 13 janvier 2012 07 h 37

    Gaspillage

    Le train de banlieue est une arnaque. Il coûte beaucoup trop cher par rapport au nombre de passagers. On construit des gares luxueuses, on achète des wagons, qui servent quelques heures par jour seulement puisqu'il n'y a de service que le tôt le matin et tard l'après-midi, et dans un sens seulement. On fournit des parkings gratuits, chose dont ne jouissent pas les stations de métro ou les lignes expresse de bus. Et tout ça pour quelques milliers de personnes. Quelques kilomètres de métro de plus vers les zones industrielles ou densément peuplées de St-Laurent, Lassalle, Montréal-Nord et Montréal-Est, et Vieux-Longueuil, et quelques lignes de bus expresss sur des grands axes comme Taschereau, Boul. des Laurentides, Pie-IX, Notre-Dame, Henri-Bourassa, Cavendish, etc. aideraient au contraire des centaines de milliers de personnes.