Rebello: «Legault est le seul chef nationaliste qui peut battre Jean Charest»

François Legault et François Rebello ce matin en conférence de presse. Rebello a rejoint la CAQ.
Photo: - Le Devoir François Legault et François Rebello ce matin en conférence de presse. Rebello a rejoint la CAQ.

Saint-Constant — François Rebello, député de La Prairie a officialisé aujourd'hui son passage du Parti québécois à la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault.

La Coalition avenir Québec (CAQ) compte désormais neuf députés à l’Assemblée nationale, et ce, bien qu’elle n’ait encore jamais affronté l’électorat à ce jour.

M. Rebello a affirmé que son passage à la CAQ n’est pas une si grande surprise, se qualifiant de proche de François Legault dès ses premières années au Parti québécois.

Le député de La Prairie a toutefois amené son nouveau chef sur le terrain miné de la question nationale, jusque-là soigneusement évitée par François Legault, en soutenant que ses convictions souverainistes ne se trouvent nullement contraintes dans l’environnement de la CAQ.

«Je suis souverainiste et je continue à l’être dans la Coalition avenir Québec, a-t-il indiqué. Comme on ne fera pas de référendum à court terme [...] nous sommes dans une situation où il faut travailler à renforcer le Québec parce que cette force-là donne confiance aux Québécois.»

François Rebello ne s’est pas arrêté là, plaçant lui-même François Legault dans le camp des «nationalistes».

«En rejoignant François Legault, je rejoins aussi le chef nationaliste qui peut battre Jean Charest à la prochaine élection et dans ce sens-là, c’est très important pour moi qu’on s’unisse comme nationalistes derrière François Legault», a-t-il dit.

Le chef de la CAQ s’est empressé de prendre ses distances, rappelant que sa priorité n’était pas la question nationale mais bien l’éducation, l’économie, l’intégration des immigrants. Il s’est d’ailleurs servi des convictions souverainistes de sa nouvelle recrue comme exemple d’ouverture de son parti.

«L’arrivée d’un jeune et excellent député comme François, c’est une bonne nouvelle, a-t-il déclaré. Ça vient confirmer qu’on ne fait pas que parler de rassembler mais qu’on agit. Et encore aujourd’hui, on réussit à rassembler les meilleurs joueurs dans la même équipe pour relancer le Québec.»

Legault est un «souverainiste de gauche», dit Charest

Cependant, le premier ministre Jean Charest n’a pas tardé à sauter sur l’occasion, de retour d’un voyage dans le nord québécois.

«Je n’ai pas entendu parler de libéraux qui se joignent au parti de M. Legault parce qu’il est un souverainiste de gauche, a laissé tomber M. Charest. Il se décrit lui-même comme un souverainiste de gauche. C’est pourquoi plusieurs adéquistes ne sont pas à l’aise avec la position de M. Legault parce qu’ils ne veulent pas faire partie d’un mouvement souverainiste de gauche. M. Rebello dit qu’il ne s’agit que d’une autre façon d’arriver à l’objectif de la séparation.»

Jean Charest a d’ailleurs profité de l’occasion pour faire part de sa vision d’une zizanie prévisible au sein de la CAQ lorsque les idées de M. Rebello se heurteront à celles de l’ex-chef de l’Action démocratique, Gérard Deltell, un fédéraliste beaucoup plus à droite.

«Il y a là confusion. Il y a un grave malentendu face à ce que M. Legault entreprend. Et c’est le genre de malentendu qui va causer beaucoup de déception. La personne la plus déçue aujourd’hui doit être Gérard Deltell», a dit le premier ministre.

La nouvelle de la défection de M. Rebello, qui avait coulé la veille, est venue confirmer que la trêve souhaitée par la chef Pauline Marois ne s’est pas encore concrétisée et que la saignée se poursuit dans le camp souverainiste.

Deux autres députés péquistes, Benoît Charette et Daniel Rathé, ont sauté la clôture vers les pâturages apparemment plus verts de la CAQ. À cela il faut ajouter les départs des députés Pierre Curzi, Lisette Lapointe, Louise Beaudoin et Jean-Martin Aussant, ce qui laisse le Parti québécois dans un état précaire.

Sentiment de trahison


Les réactions, au PQ, étaient d’ailleurs acerbes. «On se sent trahis», a indiqué sans détour le député Sylvain Gaudreault qui a qualifié la CAQ de «coalition d’opportunistes». Le député de Jonquière a dit trouver profondément choquant pour les électeurs de La Prairie qui ont voté pour un député du Parti québécois de voir celui-ci prendre son budget et ses avantages de député pour aller dans un autre parti.

«Le vrai courage, c’est de démissionner complètement comme député et de se représenter dans une partielle avec ses nouvelles couleurs», a tranché le député.
Son collègue péquiste dans Verchères, Stéphane Bergeron, abondait dans le même sens, rappelant les professions de foi souverainistes de François Rebello et sa lettre à l’ex-premier ministre Jacques Parizeau invitant celui-ci à faire confiance aux jeunes du PQ.

«En termes de convictions, d’une part, et en termes de transparence, d’autre part, je pense que la population du comté de La Prairie et François Legault devraient s’inquiéter des messages équivoques qui sont acheminés par François Rebello depuis un certain nombre de semaines», a-t-il dit.

Pendant ce temps, avec neuf caquistes, il ne manque que trois sièges au nouveau parti pour lui permettre d’obtenir la reconnaissance officielle à l’Assemblée nationale, ce qui lui ouvrirait la porte à divers crédits, budgets et un temps de parole.

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