Un nouveau parti de droite remplacera l'ADQ

L'Équipe autonomiste croit pouvoir réunir les adéquistes qui s'opposent à la fusion de leur parti avec la CAQ de François Legault, annoncée le 14 décembre dernier.
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger L'Équipe autonomiste croit pouvoir réunir les adéquistes qui s'opposent à la fusion de leur parti avec la CAQ de François Legault, annoncée le 14 décembre dernier.
«Même si la fusion ne passe pas, on ne pense pas que l'ADQ soit encore viable», a livré au Devoir Éric Barnabé, un ancien président de l'Association adéquiste de la circonscription de Jean-Talon à Québec. «On se demande sincèrement ce qu'il va rester de l'ADQ après le vote.»

Équipe autonomiste croit pouvoir réunir les adéquistes qui s'opposent à la fusion de leur parti avec la CAQ de François Legault, notamment les sympathisants du comité Restons ADQ, un mouvement de résistance à la fusion auquel sont associés le président de la commission politique de l'ADQ, Claude Garcia, et son vice-président Adrien Pouliot ainsi que le chroniqueur libertarien Éric Duhaime.

Selon Éric Barnabé, nombre d'adéquistes de la région de Québec ne veulent rien savoir de la CAQ et de son chef, François Legault. «Ce que je sens dans la région de Québec, c'est que beaucoup d'adéquistes vont voter pour la fusion, mais ils ne votent pas pour François Legault et la CAQ. Ils sont passés à autre chose parce que l'ADQ dans leur tête, ça ne va nulle part», avance le président d'Équipe autonomiste.

La contestation de la fusion vient même de Lévis, la circonscription que le président actuel de l'ADQ, Christian Lévesque, représentait à l'Assemblée nationale. Le président de l'Association adéquiste de Lévis, Jean Raphaël Gosselin, vient d'envoyer une lettre aux adéquistes de sa circonscription affirmant qu'il s'oppose à l'union avec les caquistes de François Legault. «L'opinion "nationaliste" que celui-ci véhicule ainsi qu'une majorité de mesures interventionnistes que la Coalition souhaite adopter ne laissent en rien présager un avenir porteur de libertés individuelles et de responsabilisations [sic] des Québécois. Ce parti ne cherche pas à réduire la taille ni à améliorer l'efficacité du gouvernement», écrit Jean Raphaël Gosselin.

«Dans l'éventualité où une majorité d'adéquistes se prononcent en faveur de la fusion, je proposerai aux anciens membres de l'ADQ dans Lévis de se joindre à une nouvelle initiative politique conservatrice provinciale», poursuit le président de l'association lévisienne.

De son côté, Jean Nobert, adéquiste de la première heure et ami de Mario Dumont, s'en est pris à l'intégrité de Jean Allaire qu'il accuse de cautionner des manoeuvres «antidémocratiques» visant à nuire aux opposants.

Dans une lettre qu'il a envoyée au père de l'ADQ, Jean Allaire, et dont il a fait parvenir copie aux médias, Jean Norbert, un des membres de l'exécutif du Parti libéral du Québec qui a remis sa démission en 1992 à l'instar de Mario Dumont et de Jean Allaire, a rappelé la réprobation que celui-ci avait exprimée à l'égard des basses manoeuvres utilisées par le PLQ pour faire approuver l'entente de Charlottetown. «Eh bien, voilà, je ne comprends pas. Vous qui avez tant décrié à l'époque cette façon de faire, vous qui étiez l'image même de l'homme droit et incorruptible. En avalisant un processus de votation sur la prise de contrôle de l'ADQ par la CAQ, vous êtes aujourd'hui partie prenante des mêmes jeux de coulisse, décisions derrière des portes closes et non-respect des membres de l'ADQ», dénonce dans sa lettre Jean Nobert. Candidat adéquiste dans Louis-Hébert, cet ancien conseiller et chef de cabinet de Mario Dumont fait aujourd'hui partie du comité Restons ADQ.

Selon les opposants à la fusion, le processus de votation est vicié parce que la direction de l'ADQ refuse de leur remettre la liste des 2500 membres du parti. Le parti refuse également d'envoyer aux membres l'argumentaire des opposants. Les membres de l'ADQ sont invités à se prononcer sur la fusion par scrutin postal d'ici le 19 janvier. Le résultat du vote, dont le processus est supervisé par la firme de comptables Raymond Chabot Grant Thornton, sera dévoilé le 22 janvier.

Selon Jean Nobert, alors que les opposants n'ont pas accès à la liste de membres de l'ADQ, la direction du parti communique avec les présidents de circonscription pour qu'ils fassent cabale en faveur de la fusion. Les sept dirigeants du parti, tel Christian Lévesque, qui ont fourni ensemble une caution bancaire de 200 000 $ pour garantir la dette de l'ADQ, ont fait primer leurs intérêts financiers, accuse Jean Nobert. «Ça, c'est clair et malheureusement, je crois que ça pèse dans la balance.»

Ceux qui comme Jean Allaire demandent aux adéquistes d'appuyer la fusion par réalisme politique ne convainquent pas Jean Nobert. «Si on avait écouté ceux qui nous parlaient de réalisme politique au moment de créer l'ADQ, on ne l'aurait pas créée, a-t-il fait valoir. Il faut arrêter de chercher à séduire pour séduire au fil des semaines; il faut plutôt garder le cap et donner une option aux gens qui pensent comme nous.»

Jean Allaire a indiqué au Devoir, hier, qu'il ne s'abaissait pas à répondre aux «attaques ad hominem» comme celle de Jean Nobert. Il a toutefois rappelé que 27 des 32 membres de l'exécutif du parti avaient approuvé l'entente entre la CAQ et l'ADQ comme un conseil d'administration d'une entreprise qui, après avoir reçu une offre de prise de contrôle, «regarde si l'offre est à l'avantage des actionnaires».

«Ce qui doit nous diriger et nulle autre chose, c'est le bien du Québec et les intérêts des Québécois», estime le premier chef de l'ADQ.

Lors du conseil général de l'ADQ, Jean Allaire a mis tout son poids pour battre une résolution visant à privatiser une partie d'Hydro-Québec, proposition que défendait Claude Garcia. «Ça n'a pas eu l'air de plaire à certaines personnes qui pensent qu'un parti politique, c'est un club, a souligné Jean Allaire. L'ADQ a toujours été un parti d'idées et l'ADQ a toujours été un parti modéré.»

Jean Allaire se méfie des «dogmes» de la droite. «Je suis un amateur d'Histoire et je connais les dérives des politiques de droite et des dogmes de droite qui deviennent de vraies religions», a-t-il affirmé, précisant toutefois que la droite adéquiste n'en était pas encore là.

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