Le projet de l'année 2011 - Le Plan Nord

Depuis l’annonce officielle du Plan Nord en mai dernier, le premier ministre Jean Charest multiplie les conférences et présentations, ici comme à l’étranger, pour en faire la promotion.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Depuis l’annonce officielle du Plan Nord en mai dernier, le premier ministre Jean Charest multiplie les conférences et présentations, ici comme à l’étranger, pour en faire la promotion.

Le premier ministre Jean Charest en a fait LE projet économique central de son gouvernement. Le Plan Nord des libéraux est effectivement ambitieux. D’ici 25 ans, ce vaste projet industriel doit entraîner des investissements publics et privés de plus de 80 milliards de dollars. De quoi imposer un développement à la vitesse grand V au Nord québécois, développement articulé essentiellement autour des projets d’exploitation de mines. Mais les bénéfices pour le Québec sont loin d’être acquis, estiment d’éminents économistes.

Le tout a été lancé en mai dernier par une projection vidéo sur un écran de 20 mètres de largeur où défilaient un troupeau de caribous, une baleine qui plonge, des rivières majestueuses et des autochtones tout sourire, tandis que s’affichaient quelques-uns des mots clés du Plan Nord, répétés depuis par M. Charest: «vision», «innovation», «immensité» et «générations futures».

Aventure de générations, en effet, mais dont on ne connaît pas encore l’ampleur des investissements publics qu’elle suppose. Sur un horizon de 25 ans, Hydro-Québec devra par exemple développer pour pas moins de 47 milliards de dollars de projets, essentiellement hydroélectriques. Et toujours plus vers le nord, avec l’augmentation des coûts que cela implique. Une autre tranche de 33 milliards servira au déploiement de l’industrie minière et des infrastructures — routes, ports, aéroports, voies ferrées, hydroélectricité — sur un territoire de 1,2 million de kilomètres carrés. Impossible cependant de savoir quelle portion de cette facture sera acquittée à même le trésor public.

Uniquement d’ici 2016, Québec prévoit dépenser 1,2 milliard pour développer des infrastructures qui serviront d’abord aux entreprises qui souhaitent exploiter les ressources non renouvelables du Québec au bénéfice de leurs actionnaires. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de voir les minières — dont une majorité est détenue par des intérêts étrangers — s’activer pour avoir leur part du pactole. Une centaine de lobbyistes sont d’ailleurs inscrits au registre québécois.

Les projets déjà prévus totalisent au moins 20 milliards de dollars d’investissements. Le sous-sol du Nord québécois regorge en effet de ressources minérales très recherchées et dont les prix ont bondi au cours des dernières années. Plusieurs minières projettent par exemple d’exploiter les gisements de fer de classe mondiale situés dans le secteur de la fosse du Labrador. Le minerai, transporté par train jusqu’à Sept-Îles, devrait être directement exporté. Même chose pour les mines d’or, de cuivre et d’uranium qui se multiplieront au cours des prochaines années. Quant à la première mine de diamants, située dans le secteur des monts Otish, Québec paiera la plus grande part de la route qui doit permettre à une entreprise de Vancouver de démarrer la production.

Critiques

Plusieurs économistes de renom ne partagent pas l’optimisme des libéraux et ont plutôt critiqué le Plan Nord en soulignant que, pour le moment, rien ne garantit que celui-ci sera bénéfique pour le Québec. Dans une entrevue au Devoir, l’ancien premier ministre Jacques Parizeau a notamment questionné la décision de financer des infrastructures devant servir uniquement aux minières. «Le moment crucial dans toute cette histoire du développement minier, c’est lorsqu’on a décidé de revenir sur le principe qui veut qu’une mine qui s’installe dans le Nord doit tout payer. Quand on a renoncé à ce principe, on a ouvert la porte à n’importe quoi. On s’est retrouvé à faire du trapèze sans filet. Il n’y a pas de limite aux bonnes choses, mais aussi aux folies qu’on pourrait faire, a-t-il insisté. On est sur le point de se faire avoir.»

M. Parizeau, qui a participé à la nationalisation de l’électricité au Québec, doute aussi de la pertinence des investissements massifs d’Hydro-Québec. «Le message, c’est on continue vers le nord. Sans détails, sans précisions, Hydro-Québec monte vers le nord, et à des coûts qu’on ne connaît pas. Ils s’arrêteront quand? On ne sait pas. C’est énorme. Et les filières autres qu’hydraulique demeurent tout à fait secondaires.»

Citant le lancement prévu de plusieurs grands projets énergétiques — dont celui de la rivière Romaine, déjà en cours —, Jacques Fortin, professeur titulaire en sciences comptables à HEC Montréal, a aussi soutenu que le gouvernement est «sur le point d’ajouter des sommes gigantesques à la dette publique». «Ce sont des investissements faramineux. C’est peut-être une ambition pharaonique, mais ce sont les gens qui nous suivront qui vont devoir payer. Tout ça fait que l’équilibre du budget du Québec est à mon avis menacé.»

Certains ont par ailleurs dénoncé le caractère archaïque du modèle sur lequel s’appuie le Plan Nord. «Le modèle de développement du secteur minier au Québec est largement dépassé et on fait une erreur en s’obstinant à le justifier dans le cas du Plan Nord. Il y a là un empressement à exploiter les ressources sans prendre le temps de planifier un développement intégré. C’est une mécanique de développement à outrance, et au diable les conséquences, a insisté l’économiste et ancien sous-ministre de l’Énergie Denis L’Homme. On ne produit pas de bananes au Québec, mais l’épithète de “République de bananes” nous irait bien si nous laissons le libre marché des entreprises multinationales décider de ce qui est bon pour nous.»

Dans une analyse produite par le service d’études économiques du Mouvement Desjardins, des économistes de l’institution expliquaient l’été dernier que le Plan Nord, dans les conditions actuelles, ne devrait pas contribuer significativement aux finances publiques. À moins de bonifier le régime de redevances, ce que les libéraux refusent de faire. Selon la plus récente évaluation présentée par le ministre Raymond Bachand, l’État devrait toucher 1,8 milliard de dollars de redevances sur cinq ans, ce qui équivaut à 360 millions chaque année.

Pendant ce temps, uniquement pour 2011, les minières doivent tirer du sol de la province des ressources dont la valeur brute avoisine les 8 milliards de dollars. En tenant compte des impôts payés par les entreprises, le Québec devrait donc toucher cette année 10 % de la valeur brute des ressources tirées de son sol. Et même si M. Bachand vante la hausse des redevances de 12 % à 16 % des profits d’une mine, M. Parizeau estime que «ce n’est pas grand-chose». Et il est difficile de bien comprendre ce qui revient réellement à l’État, estime-t-il, tant le calcul des redevances et des mesures fiscales offertes aux minières est «complexe».

Le premier ministre n’est évidemment pas de cet avis. Publicités télévisées en ondes au Québec depuis des mois, voyages internationaux pour attirer des investissements, rencontres sur les occasions d’affaires prévues un peu partout dans la province, Jean Charest a bien l’intention de s’en tenir à son Plan Nord dans sa mouture actuelle.


Le projet de l’année, les finalistes;

  • On savait cette artère vitale en décrépitude avancée. Le gouvernement fédéral a finalement annoncé en octobre, sans Québec, que le pont Champlain sera en fin de compte reconstruit pour la coquette somme de cinq milliards de dollars. Rien dans le projet n’est prévu pour le transport en commun.
  • Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal est en chantier, finalement. Le complexe, appelé à devenir un des fleurons du système de santé québécois, sera conçu, construit et entretenu pendant les 30 prochaines années par un consortium d’entreprises dont les intérêts financiers sont hors frontières.
  • L’amphithéâtre de Québec, aussi appelé le «nouveau Colisée», sera entièrement payé par les contribuables. La facture est pour le moment évaluée à 400 millions de dollars. Son futur gestionnaire, Quebecor, espère attirer une équipe de la Ligue nationale de hockey une fois qu’il sera terminé, en 2015.
  • C’est une horrible balafre en plein cœur de Montréal. L’îlot Voyageur pourrait finalement reprendre vie puisque l’Université de Montréal y construira un nouveau pavillon. Québec en a fait l’annonce le 16 décembre. La gare d’autobus et l’immense squelette d’un édifice inachevé situé au-dessus sont à vendre.
  • La nouvelle salle de l’Orchestre symphonique de Montréal a été inaugurée en septembre, 270 millions de dollars d’investissements publics plus tard. Et maintenant, un nouveau Musée d’art contemporain?

***

Cette série consacrée aux grands événements de 2011 se poursuivra jusqu'au 3 janvier, avec un nouveau texte mis en ligne à chaque jour.

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36 commentaires
  • camelot - Inscrit 24 décembre 2011 14 h 31

    Non

    Ce projet est aillé sur mesure pour les autres. Charest brade nos ressources. Tous vient qu'il est la marionnette de Desmarais, le manipulateur et stratège de la déconfiture économique du Québec.

  • Louis-Gerard Fregeau - Inscrit 24 décembre 2011 14 h 34

    Des points oubliés

    Loin de moi de prétendre faire une meilleur analyse que les spécialistes nommés, cependant, je trouve qu'ils omettent au moins un point important: les premières nations.

    De plus en plus les membres des premières nations ont de lourdes revendications et le financement de toutes ces demandes ne se fera pas sans qu'il y a un développement industriel important qui crée des emplois qu'ils peuvent rapidement occupé. C'est justement l'une des caractéristiques de la majorité des emplois dans une mines. De quelques heures à quelques jours de formation et voilà des gens qui travaillent à un très bon salaire.

    L'on argumentera que nous allons payer trop cher. Possible. Mais comme il est dit assez souvent, l'on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs. De plus, si l'on ne contribue pas, il est fort possible que les conséquences soient pire. Peut-être pas économiquement mais socialement. Les premières nations vivant dans le grands nord ont plusieurs problèmes sociaux à régler. Ne nous illusions pas. Il n'est plus possible de penser à un retour à un mode de vie traditionnel. Ils connaissent les cola, les jeux vidéo, les motoneiges et pourquoi devrait-il en être privée?

    Le plan nord n'est peut-être pas une panacée. Mais je crois qu'il est mieux que l'inertie.

  • Claude Kamps - Inscrit 24 décembre 2011 14 h 49

    On a déjà vu neiger

    Je me rappelle de la farce du Mont Orford, qui est toujours pas réglée,
    de la fameuse rue Notre Dame qui est un exemple de concertation ministérielle de grande envergure....

    Ce plan Nord est encore une annonce profilée par les faiseurs d'images de Charest, pour essayer de le rendre crédible....

    Il est certain qu'il y a un potentiel dans ce Nord, mais de donner nos richesses minérales qui ne peuvent qu'augmenter de valeur pour une bouchée de pain de nos besoins en santé et éducation, est encore une décision politique, mais surement pas d'un comptable...

  • eric turenne - Inscrit 24 décembre 2011 14 h 50

    Endosser

    Il serait bon d'appuyer se projet mais avec une éthique stricte quant à l'environnement.

  • Duplessis Bernard - Inscrit 24 décembre 2011 16 h 54

    Plan dehors

    C'est ce qu'il faut pour les libéraux et Charest.

    J'ai tellement hâte au printemps.