La fusion entre la Coalition avenir Québec et l'Action démocratique - Le mariage de l'année

François Legault a accueilli l’ADQ cette semaine au sein de la CAQ.<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger François Legault a accueilli l’ADQ cette semaine au sein de la CAQ.

Jean Charest n'a pas manqué une occasion ces derniers jours de dénoncer la fusion entre la Coalition avenir Québec et l'Action démocratique du Québec, une union contre nature d'un «souverainiste de gauche» et d'un «parti populiste de droite». On assiste, il est vrai, à l'amalgame de la gauche efficace de François Legault et du conservatisme de droite de Gérard Deltell.

Qu'il soit de la «gauche efficace», François Legault en convenait quand il a lancé sa coalition en février dernier, même s'il tente de mettre sous le boisseau cette expression par les temps qui courent. Dans son livre Pour une gauche efficace paru à l'automne 2008, Jean-François Lisée rendait un vibrant hommage à François Legault: «J'emprunte la belle expression "gauche efficace" à François Legault, ce fils d'ouvrier devenu millionnaire de gauche, puis préférant le service public à l'accumulation personnelle de capital.» Lisée, qui conseille Pauline Marois à l'occasion, plaidait pour ce que cette expression devienne «un des mots d'ordre des sociaux-démocrates, donc du Parti québécois». François Legault a dû se sentir flatté.

Que l'ADQ soit un parti populiste de droite, Mario Dumont l'admettait sans ambages. Gérard Deltell se décrit lui-même comme un conservateur qui a toujours été à l'aise avec les idées de droite. «J'ai toujours pensé que c'était plus réaliste et responsable d'avoir une vision de droite plutôt qu'une vision de gauche», a-t-il livré dans une entrevue accordée au Devoir au début de 2010.

Force est de constater que François Legault n'a pas mis beaucoup d'eau dans son vin pour attirer les adéquistes dans le giron de la CAQ. Le projet pilote sur la mixité de la pratique médicale n'est rien qu'un projet pilote justement, dont on ne sait quand il sera lancé et s'il sera couronné de succès. Si on se fie aux déclarations antérieures de François Legault, il est voué à l'échec puisque la mixité, à son avis, n'aurait pas d'effet sur l'accessibilité des soins dans le réseau public.

Femmes et garderies

Quant à l'allocation hebdomadaire de 100 $ par enfant aux mères qui resteraient à la maison plutôt que d'envoyer leur progéniture à la garderie, elle n'est pas pour demain puisqu'il est facile de démontrer que l'État québécois n'en a pas les moyens. Même Gérard Deltell en convient d'emblée.

En annonçant le mariage mardi, François Legault a tout de même paru quelque peu embarrassé quand Le Devoir lui a rappelé que cette mesure entraînerait le retour à la maison de nombreuses mères qui gagnent de bas salaires, l'argument que tant libéraux que péquistes avaient utilisé pour dénigrer cette promesse adéquiste. Gérard Deltell a pour sa part pris la mouche, s'insurgeant contre ces «informations infectes» et défendant la liberté de choix de la femme au foyer. Deux réactions aux antipodes.

Pour le politologue du campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta, Frédéric Boily, qui a publié en 2008 le livre Mario Dumont et l'Action démocratique du Québec. Entre populisme et démocratique, François Legault «fait attention de ne pas tomber dans le populisme. D'ailleurs, il n'a pas la même aisance avec les caméras que Mario Dumont». Selon le politologue, l'ADQ va aussi plus loin que la CAQ dans sa remise en question du modèle québécois. Certains points de convergence existent cependant: la trêve sur la question constitutionnelle et l'idée générale de «faire le ménage» au sein de l'État. «S'il y a un noeud de désaccord, c'est que l'ADQ est plus structurée sur le rôle de l'État, qu'elle veut réduire.»

Le politologue de l'Université Laval, Guy Laforest, qui a été de 2002 à 2004 président de l'ADQ, se réjouit de la fusion. «C'est quelque chose de très rationnel», juge-t-il. On retrouve dans la CAQ certains courants qui ont animé l'ADQ dont la justice intergénérationnelle, chère à Mario Dumont, et son corollaire, la réduction de la dette, ainsi que «l'humanisme pragmatique et responsable», selon l'expression de l'universitaire.

Ce sont les tenants du courant «libertarien doctrinaire» qui ne trouvent pas leur compte dans la fusion, estime Guy Laforest. S'opposant aux adéquistes de la première heure comme Jean Allaire, les libertariens ont tenté de prendre le contrôle du parti à deux reprises, rappelle-t-il: en 2002, avec Léon Courville et Paul Daniel Muller, puis aujourd'hui avec Claude Garcia, Adrien Pouliot et les «X» du Réseau liberté Québec.

Un mouvement s'organise pour convaincre une majorité des 2500 membres de l'ADQ de rejeter la fusion. Dans la région de Montréal, les Garcia et Pouliot s'activent. Dans la région de Québec, le président de la Commission des jeunes, Denis Claveau, et des anciens candidats comme Caroline Pageau et Jean Nobert, notamment, y participent. L'ancien président de l'Association adéquiste de Jean-Talon, Éric Barnabé, a lancé de son côté le mouvement Équipe autonomiste prêt à prendre la relève de l'ADQ. Ce mouvement pourrait devenir un parti à la fin janvier. Selon cet organisateur, des chiffres sur l'appui des membres à la fusion circulent parmi les adéquistes: 40 % favorable au mariage, 20 % sont plutôt contre mais appuient le chef, et 40 % s'y opposent résolument.

Si les membres de l'ADQ rejettent la fusion, le parti fera faillite, au grand dam de sept dirigeants qui ont versé à la banque une caution de 200 000 $ pour garantir la dette du parti. À moins qu'Adrien Pouliot ne les remplace: les bottines du riche héritier suivraient ainsi ses babines. «Put your money where your mouth is», disent les Américains.

D'une manière ou d'une autre, l'union est consommée. Il n'y a pas de retour en arrière possible pour Gérard Deltell et les trois autres députés adéquistes. Les libertariens peuvent investir l'ADQ; François Legault n'en a cure. Il a déjà gagné la partie.
18 commentaires
  • VITRILLOLA - Inscrite 17 décembre 2011 04 h 46

    Harpeur va être jaloux

    Voilà un vrai mariage princier )))

  • M. Miclot - Inscrit 17 décembre 2011 04 h 53

    Vilain envieux ce Charest...

    Vaut mieux fusionner avec l'ADQ oule CAQ qu'avec des hommes d'affaires maguilleux et véreux M. Charest !!! C,est moins payant mais moins choquant. Avant de porter des jugements moraux , il faut avant tout avoir soi-même une moralité si minime soit-elle.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 17 décembre 2011 06 h 22

    Deux rénégats

    Deltell est le plus fédéraliste de tous les élus de l'Assemblée nationale.
    Il est aussi un conservateur et ardent supporteur du PC. Il renie ses beaux principes.
    Legault, ardent souverainiste jusqu'au jour où le PQ lui refuse le poste de chef, qui se retire pour des raisons familiales, met sous la braise ses convictions "profondes".
    Quel mariage! Et la belle-mère Sirois qui veille au grain.

  • Franklin Bernard - Inscrit 17 décembre 2011 09 h 19

    Quel salmigondis!

    «... une union contre nature d'un «souverainiste de gauche» et d'un «parti populiste de droite». On assiste, il est vrai, à l'amalgame de la gauche efficace de François Legault et du conservatisme de droite de Gérard Deltell. »

    Voilà l'absurde et nauséabond salmigondis politique pour lequel les Québécois serait prêts à voter ces jours-ci? Tout pour le pouvoir, et au diable les idées et les principes? Plus ça change, plus c'est pareil. Gauche, droite, même combat? Non, mais on nous prend pur des caves ou quoi?

    La politique québécoise est décourageante de bêtise.

    Regardez les visages des deux personnages centraux de la photo en-haut. Vous voteriez pour ces têtes-là, vous? Moi, non. Ils me font peur. Presque autant que Charest.

    PQ, ON, QS et les autres, unisssez-vous, de grâce! Faisons échec au règne envisagé du grand n'importe quoi réactionnaire démagogique fédéraliste.

  • Archange Gabriel - Inscrit 17 décembre 2011 09 h 25

    Chien mort

    Quand à Jean Charest, son chien est mort. Et quand son chien meurt, on s'occupe de l'enterrer, pas d'essayer d'enterrer le chien vivant du voisin
    Pauvre petit Charest

    AR