La parité hommes-femmes bafouée dans 9 des 22 sociétés d'État

Sur un total de 22 sociétés d’État, neuf n’ont toujours pas atteint le chiffre magique de 50 % de femmes, incluant la Caisse de dépôt et placement et Hydro-Québec.
Photo: - Le Devoir Sur un total de 22 sociétés d’État, neuf n’ont toujours pas atteint le chiffre magique de 50 % de femmes, incluant la Caisse de dépôt et placement et Hydro-Québec.

Québec — Près de la moitié des sociétés d’État québécoises ne respectent pas la loi qui exige la parité hommes-femmes à leurs conseils d’administration.

Ces organismes gouvernementaux avaient pourtant cinq ans devant eux pour se conformer à la loi sur la gouvernance des sociétés d’État, adoptée en décembre 2006.
La plus délinquante est la Financière agricole, où on ne compte que 26 % de femmes (soit 4 sur 15 membres) autour de la table du conseil d’administration.

Sur un total de 22 sociétés d’État, neuf n’ont toujours pas atteint le chiffre magique de 50 % de femmes aux postes décisionnels.

Aucun des joueurs majeurs dans l’économie — la Caisse de dépôt et placement, Hydro-Québec et Investissement Québec — ne peut se vanter d’avoir rempli la commande passée par le premier ministre Jean Charest en 2006.

Cependant, la grande majorité des 22 organismes gouvernementaux s’approchent lentement du but avec des performances supérieures à 40 %.

Quelques bonnes notes

Les conseils d’administration les plus ouverts aux femmes sont ceux de la Régie des installations olympiques, de la Place des Arts et de la Société de récupération et de recyclage, où plus de 70 % des membres sont actuellement de sexe féminin.

Grâce à elles, Québec peut donc prétendre avoir atteint son objectif, soit de pouvoir affirmer en 2011 qu’au moins 50 % des places dans l’ensemble des C.A. des sociétés d’État sont occupées par des femmes.

Car sur un total de 269 postes autour des tables des C.A. des 22 sociétés d’État québécoises, on compte désormais 141 femmes contre 128 hommes. Les femmes sont donc rendues majoritaires, à 52,4 %, indiquent les données rendues publiques par le ministère des Finances.

Et ce, même si près de la moitié des sociétés d’État, dont les plus influentes, n’ont pas franchi la barre des 50 %, malgré un délai de cinq ans pour se conformer à la loi.

Objectif global atteint

«Nous avons donc atteint notre objectif global en matière de parité qui visait l’ensemble des sociétés d’État. Les efforts seront maintenus pour tendre vers la parité dans chacune d’elles», a commenté le ministre des Finances, Raymond Bachand, par voie de communiqué.

«On n’est pas les seuls» à ne pas respecter la loi, a indiqué aujourd'hui une porte-parole de la Financière agricole, Mélanie Fiset, pour justifier la situation.

Il n’est pas possible de suivre l’évolution de la situation à la Financière agricole depuis l’adoption de la loi, puisque Mme Fiset n’a pas voulu dire combien de femmes comptait son C.A. en 2006.

À l’époque, le gouvernement avait fait le constat que les femmes avaient bien peu de place aux postes-clés des sociétés d’État, n’occupant que 27 % des postes, dans l’ensemble.

L’article 43 de la loi sur la gouvernance des sociétés d’État visait donc à corriger cette situation, en leur forçant la main pour qu’elles recrutent davantage de femmes, en visant la parité au plus tard le 14 décembre 2011.

Dans le détail, le résultat est le suivant, pour quelques-uns des joueurs majeurs de l’État québécois: Caisse de dépôt et placement (42,9 % de femmes au conseil d’administration), Hydro-Québec (43,8 %), Investissement Québec (46,7 %), la Société des alcools (50 %), la Société de l’assurance automobile (64,3 %).

Le gouvernement n’a cependant pas poussé le bouchon jusqu’à forcer la nomination de plus de femmes à la présidence de tous ces conseils d’administration. La loi est muette sur ce point.

Ce sont les dirigeants de ces organismes qui proposent des noms au gouvernement, et c’est le conseil des ministres qui en dispose et procède aux nominations.

L’autre but visé par Québec était de donner l’exemple pour que cette initiative ait un effet d’entraînement sur le secteur privé, reconnu pour son peu d’enthousiasme à faire une place aux femmes aux postes de commande.

En 2010, les conseils d’administration des 100 plus grandes sociétés canadiennes cotées en Bourse comptaient 166 femmes sur 1150 membres, soit seulement 14 %.

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