Legault embrasse l'autonomie adéquiste

Le chef de la CAQ, François Legault, et celui de l’ADQ, Gérard Deltell, étaient côte à côte hier, à Québec, pour annoncer la conclusion de l’entente de principe sur la fusion des deux partis. M. Deltell agira comme chef parlementaire de la CAQ.<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Le chef de la CAQ, François Legault, et celui de l’ADQ, Gérard Deltell, étaient côte à côte hier, à Québec, pour annoncer la conclusion de l’entente de principe sur la fusion des deux partis. M. Deltell agira comme chef parlementaire de la CAQ.

Québec — Avec la fusion de l'Action démocratique du Québec et de la Coalition avenir Québec, François Legault doit faire sien le credo autonomiste qui consacre le lien entre le destin des Québécois et le fédéralisme canadien.

Au cours de la conférence de presse annonçant la conclusion de l'entente de principe sur la fusion des deux partis, Gérard Deltell n'a pas manqué de souligner cette conversion de l'ancien péquiste. «Je vous annonce donc que la Coalition épouse la position de l'autonomie telle que déployée par l'ADQ depuis dix ans», a déclaré Gérard Deltell à l'ouverture de la conférence de presse à laquelle participaient, outre François Legault, les députés adéquistes Sylvie Roy, François Bonnardel et Janvier Grondin. «Et l'autonomie, ça veut dire quoi: assumer pleinement notre destin comme nation ici au Québec, et ce, à l'intérieur du cadre fédéral canadien», a poursuivi le chef adéquiste.

François Legault n'a pas bronché, ne soufflant mot à ce sujet quand il a pris la parole après Gérard Deltell. «Pour moi, les mots "nationaliste" et "autonomiste" sont des synonymes», a-t-il répondu par la suite à une question d'un journaliste.

À part celle de nationaliste — ou d'autonomiste —, François Legault refuse les étiquettes. «C'est important aussi qu'on ne passe pas des étiquettes souverainiste-fédéraliste et celles de gauche-droite», a-t-il dit.

François Legault reconnaît que plusieurs décisions du gouvernement Harper vont à l'encontre des valeurs québécoises. Mais il aime bien la conception minimaliste que se font les conservateurs de l'État fédéral. «M. Harper, sur certaines décisions économiques [grâce auxquelles] on souhaite avoir un petit gouvernement et le moins d'impôt possible à Ottawa, on peut l'appuyer», a-t-il dit.

Certes, une majorité de Québécois s'oppose à la destruction du registre des armes à feu, à un Code criminel plus dur pour les jeunes contrevenants et à l'abandon du protocole de Kyoto, mais en rassemblant les nationalistes, en mettant fin à la division entre souverainistes et fédéralistes, le Québec pourra faire valoir ses vues et infléchir Ottawa, a prédit François Legault.

L'entente de principe, approuvée par 27 des 32 membres du comité exécutif de l'ADQ lundi soir, sera soumise au début de janvier aux membres qui voteront pas la poste, un scrutin supervisé par la firme de comptables Raymond Chabot Grant Thornton. Claude Garcia et Adrien Pouliot, de la Commission politique de l'ADQ, ainsi que le président de la Commission des jeunes, Denis Claveau, s'opposent farouchement à l'entente.

On s'attend à ce que quatre députés indépendants — les ex-adéquistes Éric Caire et Marc Picard, ainsi que les ex-péquistes Benoit Charette et Daniel Ratthé — se joignent à la CAQ d'ici la fin de l'année. «J'aimerais que des députés libéraux acceptent enfin de voir la lumière», a lancé François Legault en guise d'invitation.

Gérard Deltell demandera au président de l'Assemblée nationale, Jacques Chagnon, que la reconnaissance parlementaire de l'ADQ et les budgets afférents soient transférés au parti issu de la fusion. La CAQ assumera la dette de l'ADQ qui était de 700 000 $, mais qui se retrouve dans les 200 000 $, selon nos informations. Le nouveau parti touchera par ailleurs la subvention annuelle de 780 000 $ versée par le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) à l'ADQ.

Gérard Deltell agira comme chef parlementaire de la CAQ, Sylvie Roy conservera son poste de leader parlementaire, tandis que François Bonnardel représentera le caucus au sein de l'exécutif de la CAQ. Trois des huit membres de l'exécutif, dont le vice-président non encore désigné et Christian Lévesque, affecté au financement, devraient provenir des rangs adéquistes.

Un congrès en mars

Mais le chef, c'est François Legault et à ce titre, c'est lui qui désignera les 125 candidats du parti pour les prochaines élections générales. Les candidats adéquistes qui se préparaient dans plusieurs circonscriptions devront se mesurer à quelque 800 aspirants candidats qui se sont manifestés à la CAQ. Le premier congrès caquiste doit avoir lieu en mars, a indiqué François Legault.

François Legault n'a pas l'intention de se présenter dans une élection partielle puisqu'il s'attend à ce que Jean Charest déclenche des élections générales rapidement, en mai ou en juin, avant les audiences publiques de la commission Charbonneau.

Pour dorer la pilule des adéquistes, Gérard Deltell a souligné que, parmi les 20 actions du plan de la CAQ, une douzaine étaient tirées des propositions de l'ADQ. En outre, François Legault a accepté que soit lancé éventuellement un projet pilote de «mixité» en santé: des médecins auront le droit de faire payer certains de leurs patients tout en continuant, par ailleurs, de pratiquer dans le système public.

François Legault s'est dit prêt à évaluer la possibilité d'instaurer une allocation hebdomadaire de 100 $ par enfant pour les parents qui n'enverraient par leurs enfants dans un service de garde subventionné. Mais la mesure est trop coûteuse — entre 500 et 600 millions par année — et ne sera pas mise en oeuvre avant longtemps, convient même Gérard Deltell.

Que François Legault, qui se dit social-démocrate et un promoteur de «la gauche efficace», appuie cette mesure conservatrice peut surprendre. Elle aurait pour effet d'encourager financièrement les mères qui touchent un faible salaire à rester à la maison. Mais pour Gérard Deltell, il s'agit d'une «affirmation abjecte»; c'est la liberté de choix qui est en cause. «On n'a jamais dit qu'on remettait en question les CPE [centres de la petite enfance], s'est défendu François Legault. L'un n'exclut pas l'autre.»  
27 commentaires
  • VITRILLOLA - Inscrite 14 décembre 2011 04 h 13

    À une marche près d'un vrai pays ?

    L'autonomiste CAQ/ADQ, un "agir en toute liberté" du PQ... si je comprend bien, le Québec avec un gouvernement du CAQ ou du PQ sera quelque chose entre une coin de pays dans un pays, entre une province forte de son identité ou un pays qui agit comme tel sans en être, à une marche d'un vrai pays, c'est ça ?

  • Pierre Schneider - Inscrit 14 décembre 2011 06 h 15

    Option fédéraliste

    C'est maintenant très clair: François Legault se plie aux politiques fédéralistes de Deltell, un ardent partisan des institutions monarchistes canadian. Pour les autres contradictions entre les deux écoles de pensée sociale, ça promet !

  • Gilles Bousquet - Inscrit 14 décembre 2011 06 h 44

    L'autonomie nationaliste fédéraliste caquiste

    Finie la simple séparation du PQ, de Québec solidaire et de l'ON de M. Aussant, la simple souveraineté sans l'association préconisée par M. Lévesque du référendum de 1980 et sans le partenariat de Messieurs Parizeau, Bouchard et Dumont du référendum de 1995 : Las sortie du Québec du Canada ou vice versa.

    Le choix constitutionnel de la CAQ est celle qu'avaient l'Union Nationale, M. Bourassa et l'ADQ : Le nationalisme autonome québécois dans le Canada.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 14 décembre 2011 07 h 04

    CAQ= Fédéralisme et néolibéralisme

    Un parti fondé par des millionnaires pour des millionnaires.
    Le chef, c'est François Legault et à ce titre, c'est lui qui désignera les 125 candidats du parti pour les prochaines élections générales.C'est une démocratie qui va du chef aux pions.
    Alors s'il nomme ses députés, il se réserve, par le fait même, le pouvoir de les destituer.
    Alors le seul débat admissible est celui qui survient entre Legault et Legault...avec comme témoin possible, Sirois.
    Démocratie: gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple
    Legaultcratie: gouvernement du peuple par Legault pour Legault.
    Et dire qu'il y a des gens qui se lancent tête baissée dans ce mirroir aux alouettes.
    "Alouette, gentille alouette, alouette, je te plumerai"

  • Henry Fleury - Inscrit 14 décembre 2011 07 h 07

    Et la question est ?

    Qui va faire l,autruche entre les deux ?