Recommandations du BAPE - L'autoroute 30 devrait être prolongée côté sud

Le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) a rendu public hier son rapport d'enquête sur le projet de construction de l'autoroute 30 de Sainte-Catherine à l'autoroute 15. Il invite le gouvernement à procéder rapidement à la construction du tronçon pour désengorger le réseau routier de la région montréalaise. Le BAPE tranche aussi en faveur du tracé sud, sur des terres agricoles, délaissant l'option de construire une autoroute en tranchée, au coeur des villes de Saint-Constant, Delson, Sainte-Catherine et Candiac.

Le BAPE estime qu'il faut procéder «avec diligence» et enclencher le plus rapidement possible la construction du nouveau tronçon de l'autoroute 30, compte tenu «de l'encombrement du réseau routier et des problèmes de congestion sur la route 132». Le cabinet du ministre de l'Environnement, qui a le rapport entre les mains depuis le 10 juin, ne peut déterminer d'échéancier pour le dépôt des recommandations au conseil des ministres.

Le prolongement de l'autoroute 30, par l'ajout d'un premier tronçon entre l'autoroute 15 et Sainte-Catherine et d'un deuxième entre Châteauguay et Vaudreuil, permettra aux véhicules lourds d'éviter de transiter inutilement par l'île de Montréal. On estime à environ deux millions le nombre de camions lourds qui pourraient emprunter l'autoroute 30 plutôt que le réseau routier montréalais. Ce qui pourrait réduire considérablement la congestion sur l'autoroute métropolitaine, sur la route 132 ainsi que sur les ponts de la Rive-Sud.

Victoire

Dans son document, le BAPE a aussi donné raison aux citoyens des villes de Delson, Candiac, Saint-Constant et Sainte-Catherine qui s'opposaient à ce que le tronçon passe en plein coeur de leurs villes, par une autoroute en tranchée, sur le tracé actuel de la route 132. Le BAPE privilégie plutôt le tracé qui passera au sud de ces villes, sur des terres agricoles. Une pétition de plus de

15 000 signatures de personnes opposées au tracé nord avait été déposée en février dernier à l'Assemblée nationale.

«C'est une victoire de la démocratie et de l'environnement. Cela fait trois ans qu'on mène une bataille acharnée contre le gouvernement, le ministère des Transports, des maires, des échevins. Comme simples citoyens, nous avons eu des résultats grâce à notre persévérance», a déclaré Pierre Arcouette du Comité de l'autoroute 30 Sud, qui était opposé au tracé privilégié par le ministère des Transports.

Le tracé nord aurait présenté d'importants problèmes environnementaux, comme le soulignaient les comités des citoyens. «Nous aurions été envahis par la pollution des véhicules lourds. Nos villes auraient été carrément coupées en deux et des PME situées près de la 132 auraient été menacées de fermeture», affirme Pierre Arcouette du Comité de l'autoroute 30 Sud, visiblement soulagé par les conclusions du BAPE. Richard Marois, du groupe Résidents Verts ajoute que le tracé nord passait par des terrains contaminés aux hydrocarbures et aux métaux lourds qui auraient pu se propager lors du dynamitage. Un marais aurait aussi été asséché. Cette option comportait aussi des risques en raison du niveau de l'autoroute selon le rapport du BAPE: «Ce tronçon constituerait le point faible du réseau autoroutier en raison des possibilités d'inondation.»

Boulevard urbain

Selon l'option privilégiée par le BAPE, un tronçon de 8 km de l'autoroute 30 serait construit au sud des quatre villes, sur des terres agricoles, alors que la route 132 serait transformée en boulevard urbain à six voies. Cette option a l'heur de plaire aux citoyens qui ont l'impression de retrouver une sorte de «rue principale» qui s'intégrerait bien à la vie urbaine. «L'option sud aurait pour mérite supplémentaire de diviser clairement les infrastructures selon les principaux types de trafic. Le grand transit, largement constitué de véhicules lourds, emprunterait l'autoroute alors que les déplacements dont l'origine et la destination sont dans l'une ou l'autre des quatre villes emprunteraient le boulevard urbain de la route 132», avance le rapport du BAPE, qui note aussi qu'un boulevard urbain présente plus de possibilités de développer le transport en commun. Le projet, dont le coût est estimé à près de 180 millions, devra se réaliser, selon le BAPE, en concertation avec le milieu, notamment les exploitants agricoles concernés par le tracé retenu.

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