Plan Nord: rien ne va plus avec les Innus de Pessamit

Jean Charest lors de la présentation du Plan Nord, en mai dernier. Le chef innu Raphaël Picard a traité hier le premier ministre de «menteur».
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Jean Charest lors de la présentation du Plan Nord, en mai dernier. Le chef innu Raphaël Picard a traité hier le premier ministre de «menteur».
Au cours d'une conférence de presse, le chef du Conseil des Innus de Pessamit, Raphaël Picard, a qualifié de «ridicules» les dernières offres du gouvernement du Québec aux 4000 Innus de la réserve située près de Baie-Comeau.

À l'issue de négociations amorcées cet été à la suite du barrage de la route 138 par les Innus, le gouvernement Québec offrait à la communauté de Pessamit une somme de 350 millions répartie sur 50 ans, dont 113 millions pour les inconvénients subis dans le passé en raison du développement hydroélectrique et minier sur le territoire revendiqué par les Innus, le Nitassinan. «C'est peu, c'est frivole de la part du gouvernement, c'est irrespectueux», a déploré le chef Picard. «C'est dommage qu'ils reviennent encore avec une attitude coloniale.» Les Innus réclamaient pas moins de cinq milliards.

«Ils nous croient imbéciles, ils nous considèrent comme des aliénés», a accusé Raphaël Picard.

Le chef innu a qualifié Jean Charest de «menteur». Il reproche au premier ministre de se présenter à l'étranger en affirmant que les autochtones avaient approuvé le Plan Nord alors que plusieurs nations innues s'en sont bien gardées.

«Nous allons visiter des villes européennes et américaines sur la piste de Jean Charest», a-t-il signalé. Pour financer cette tournée, le chef Picard sollicitera des organisations internationales de protection de l'environnement et de défense des droits des autochtones.

Le chef Picard a indiqué que si des membres de sa communauté décidaient de bloquer la route 138, ce geste serait vraisemblablement «légalisé», tout comme le blocus du début de juin. Signalant que les Innus de Pessamit entreprendront des actions de «perturbation» de l'économie de la Côte-Nord, le chef a indiqué qu'il pourrait y avoir trois niveaux de blocus: une fermeture partielle de 14 heures, comme en juin, une fermeture totale de trois jours ou encore un barrage d'une durée indéterminée. En outre, la réfection de la route 389, qui relie Baie-Comeau à Fermont, pourrait être entravée.

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, s'est dit déçu de l'échec des négociations. Au cours d'une conférence tenue pour donner la réplique au chef innu, le ministre a qualifié d'«irréalistes» les demandes des Innus de Pessamit. Il a souligné que l'offre de Québec était conforme aux ententes signées avec d'autres communautés autochtones au Québec et au Canada. Sur les 33 communautés autochtones sises sur le territoire du Plan Nord, 26 d'entre elles ont conclu une entente avec Québec, dont deux nations innues, a précisé le ministre. Depuis le début des négociations, le premier ministre Jean Charest a rencontré Raphaël Picard à trois reprises.

Dans son communiqué diffusé dimanche, Geoffrey Kelley écrit: «D'ailleurs, je me questionne à savoir si la décision du chef Picard reflète la position de l'ensemble des membres de sa communauté.» Mais en conférence de presse, le ministre s'est montré timoré, refusant d'avancer plus avant sur ce terrain.

La situation financière de la réserve de Pessamit est précaire. Selon la presse locale, le déficit accumulé est de l'ordre de 25 millions au regard d'un budget annuel de 30 millions. Plus tôt cette année, le chef Picard a imposé un plan de redressement, approuvé par le ministère fédéral des Affaires indiennes, qui comprenait notamment la hausse des loyers et le licenciement de 42 des 350 employés de la bande. Ces mesures ont entraîné une contestation du leadership de Raphaël Picard, et plusieurs ont réclamé sa destitution.

Le ministre a rappelé que les Innus de Pessamit ont «le choix, dans une société de droit, entre le recours aux tribunaux et une entente négociée».

Pour le chef innu, c'est donc un retour à une stratégie d'affrontement avec Québec, stratégie qu'il poursuit depuis plusieurs années et qui s'est traduite par la multiplication des poursuites, d'une valeur de plusieurs milliards de dollars, contre le gouvernement du Québec et Hydro-Québec. Cette nation innue réclame réparation pour la construction du complexe hydroélectrique Manicouagan-Outardes, l'inondation de milliers de kilomètres carrés de terres, l'érection de cinq lignes de transmission d'électricité sur le territoire qu'ils revendiquent, la coupe forestière et le développement minier du mont Wright et de Fire Lake.

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