Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Legault sur les traces du NPD

François Legault apparaît comme le concierge en chef capable de donner le coup de balai souhaité.
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger François Legault apparaît comme le concierge en chef capable de donner le coup de balai souhaité.

Si les Québécois soutiennent massivement le nouveau parti de François Legault, c'est essentiellement pour les mêmes raisons qui ont donné 59 députés québécois au NPD aux élections fédérales: le besoin de changement et la fatigue devant les vieux partis. Et dans ce contexte, François Legault apparaît comme le concierge en chef capable de donner le coup de balai souhaité.

C'est ce que révèle un sondage Léger Marketing réalisé pour Le Devoir entre le 14 et le 17 novembre. Le tiers des répondants qui affirment vouloir voter pour le parti de M. Legault lancé il y a une semaine citent le «désir de changement» comme étant la principale raison d'appuyer la Coalition avenir Québec (CAQ).

Viennent ensuite le «désabusement face aux autres partis» (19 %) et la «nouveauté» incarnée par M. Legault (17 %). Derrière ce trio qui accapare les deux tiers des réponses suivent les idées de la CAQ (9 %), les qualités de François Legault (6 %) et la position de la CAQ sur l'éducation (3 % — M. Legault propose notamment de mettre fin à la sécurité d'emploi des enseignants, de mieux les rémunérer et d'abolir les commissions scolaires). Plus d'un répondant sur dix a indiqué ne pas avoir de raison particulière.

«La raison principale qui explique le succès de François Legault, c'est qu'il incarne une certaine idée disant "on va faire le ménage"», indique Christian Bourque, vice-président chez Léger Marketing. «Et les élections du 2 mai ont prouvé que les Québécois sont capables de faire le ménage...»

La relative indifférence à l'endroit des idées de la CAQ fait toutefois dire à M. Bourque que «M. Legault n'a pas réussi à mettre ses idées à l'avant-plan. Il devra parvenir rapidement à vendre son programme, sinon ses opposants vont s'en occuper».

Il rappelle les erreurs de Michael Ignatieff chez les libéraux fédéraux. «Ce n'est pas lui qui a établi sa marque, ce sont les conservateurs. Or, le jour du lancement de la CAQ, Jean Charest a été le premier à coller à M. Legault une étiquette et un slogan avec le "on verra". François Legault devra vite définir son ADN», dit-il.

L'«ambiguïté des idées de la CAQ» est d'ailleurs la principale raison de ne pas voter pour ce parti invoquée par les répondants qui soutiennent d'autres formations. Les défauts de François Legault et les positions de la CAQ suivent.

La CAQ championne de tout

Pour le moment, M. Legault poursuit sa domination partout — ou presque. La firme de sondage et Le Devoir ont notamment demandé aux répondants à quel parti ils font le plus confiance pour la gestion de certains dossiers. La CAQ s'impose dans sept catégories, ne cédant le pas au Parti québécois que pour les deux autres.

Le nouveau parti est donc perçu comme le meilleur pour améliorer le système de santé et le système d'éducation, pour assainir les finances publiques, pour redonner confiance aux Québécois envers la classe politique et pour s'attaquer aux problèmes de corruption. L'avance de la CAQ oscille entre 7 et 19 points, selon le sujet.

Le Parti québécois de Pauline Marois garde ses «bastions», soit défendre les intérêts du Québec (à 24 %, il devance de cinq points la CAQ) et assurer la vitalité de la langue (25 points d'écart devant la CAQ — le sondage a été réalisé alors qu'on apprenait que deux dirigeants d'une filiale de la Caisse de dépôt et placement étaient unilingues anglophones).

Jean Charest et les libéraux trouveront peu de bonnes nouvelles dans cette partie du sondage: le PLQ ne décroche qu'une seule deuxième place (deux points devant le PQ comme meilleur deuxième parti pour assainir les finances), se classant autrement troisième partout.

Pour Christian Bourque, c'est là un sérieux signal d'alarme pour M. Charest. «En politique, il faut nécessairement être le champion de quelque chose [pour que les gens votent pour un parti]. Or, les libéraux ne sont présentement les champions de rien. Ça m'inquiéterait beaucoup à leur place.»

Intentions de vote

Au chapitre des intentions de vote, la CAQ aurait obtenu 35 % si des élections avaient eu lieu la semaine dernière. Le PLQ suit à 22 %, un point devant le PQ. L'ADQ et Québec solidaire récoltent chacun 8 %, l'ADQ essuyant un sérieux recul dû à l'arrivée de M. Legault. «C'est le seul changement majeur par rapport au sondage du mois passé, note M. Bourque. Il y a un flottement dans les appuis de l'ADQ à cause de toutes les rumeurs de fusion.»

La CAQ récolte 40 % d'appuis chez les francophones, devançant de 16 points le PQ. Chez les non-francophones, le PLQ demeure loin devant, avec 57 % d'intentions de vote. La CAQ y récolte 12 %.

La formation de M. Legault est autrement en tête partout à travers le Québec: 12 points d'avance sur le PQ à Montréal, 5 sur le PLQ à Québec, et 14 sur le PLQ dans les autres régions. François Legault continue aussi de supplanter ses adversaires au palmarès du meilleur premier ministre. À 28 %, il devance Jean Charest de 12 points, et Pauline Marois de 16 points.

Les indicateurs de satisfaction et d'insatisfaction demeurent finalement très mauvais pour Jean Charest: 21 % des gens se disent satisfaits de son gouvernement, contre 74 % d'insatisfaits. Longtemps réclamée et attendue, la création d'une commission d'enquête sur la construction n'a donc eu aucun impact positif pour M. Charest. Le mois dernier, le quart des répondants disaient pourtant que le déclenchement d'une commission d'enquête pourrait avoir un impact positif sur leur perception de M. Charest.

Le sondage a été réalisé auprès de 1002 personnes. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d'erreur de plus ou moins 3,1 %, dans 19 cas sur 20.

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