Construction - Des immigrants sous-représentés, comme les femmes

Selon Mme Lemieux, persuader les immigrants d'aller en formation est déjà tout un contrat. Après, ce sera à la CCQ de devenir une sorte de «protecteur de l'immigrant» en empêchant une embauche discriminatoire.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon Mme Lemieux, persuader les immigrants d'aller en formation est déjà tout un contrat. Après, ce sera à la CCQ de devenir une sorte de «protecteur de l'immigrant» en empêchant une embauche discriminatoire.

Profitons de ce que Statistique Canada — cette noble maison en perte de moyens depuis les changements apportés au recensement — ait encore des chiffres certains à nous offrir et attaquons de front: au Québec, en 2006, le taux d'immigrants qui ont intégré le milieu de la construction est d'à peine 6 %. Ailleurs au Canada? C'est nettement mieux. L'Alberta touche le 12 % et l'Ontario peut fanfaronner avec un 26 % impressionnant. Le Nouveau-Brunswick est le seul à réussir un score plus maigre que le nôtre avec 3 %.

Au Québec en 2006, 50 % de la croissance de la population vient de l'immigration.

Faites le calcul...

Ces chiffres, fournis par la Commission de la construction du Québec (CCQ) dont la présidente Diane Lemieux nous a parlé, ne sont pas qualifiés de glorieux ou d'encourageants. On a de la planche à varloper pour intégrer nos immigrants sur les chantiers! Au moins autant que pour les femmes, le sort des uns étant étrangement semblable à celui des autres. À tel point que la comparaison est tentante et que la question s'impose: le milieu de la construction est-il un reflet fidèle de la société québécoise ou est-il une version plus crue et non vernie de nos préjugés?

En conférence devant les milieux syndical et patronal, Diane Lemieux nous a raconté avoir sorti cette boutade: «Le milieu de la construction est encore un milieu d'hommes hétérosexuels, blancs et catholiques.» L'humour contenant toujours une part de vérité, est-ce une blague ou une manière habile de définir un club privé de mâles dominants où la différence n'est pas un ajout, mais un manque?

Monsieur Aldo Paolinelli, président de la CSN-Construction, a utilisé cette formule: «On n'est pas tous des brutes! Et il va y en avoir moins lorsqu'il y aura plus de femmes.»

Les femmes, on le sait, ont fait les frais d'une intégration ardue qui reste incomplète à ce jour. Force est de constater que les immigrants n'auront pas plus de passe-droit. Les trois étapes d'accession à l'emploi sont autant d'écueils: tout d'abord, la formation, ensuite l'embauche, pour accéder à la dernière étape — et non la moindre — rester.

Selon Mme Lemieux, persuader les immigrants d'aller en formation est déjà tout un contrat. Après, ce sera à la CCQ de devenir une sorte de «protecteur de l'immigrant» en empêchant une embauche discriminatoire. À ce sujet, Yves Ouellet, directeur général de la FTQ-Construction, nous dit voir dans le projet de loi 33 éliminant le placement syndical un problème supplémentaire, pour ne pas dire un frein majeur à l'emploi des immigrants. «Entre Tremblay et Gonzales, qui vous pensez qu'ils vont choisir?» La réponse de la CSN à cet argument est assez juteuse: «S'ils peuvent faire la différence, comment ça se fait qu'il n'y a pas plus d'immigrants sur les chantiers?»

En fait, aucune étude des causes, aucune statistique des détails de cet état des choses ne sont disponibles. Ce qui en dit long sur notre empressement à comprendre... «À la CCQ, il n'existe rien pour l'intégration des immigrants, et ce, malgré les déclarations», nous a dit M. Paolinelli.

La dernière étape du parcours — rester — est aussi critique que les autres. Comment passer du statut d'immigrant à celui de résistant? Parce que la dureté de l'intimidation est réelle. Et elle est d'autant plus perfide qu'elle est souvent inconsciente. Elle peut même être totalement non intentionnelle. «Les préjugés que l'on retrouve un peu partout dans la société sont un peu plus concentrés dans l'industrie de la construction», soutient Aldo Paolinelli qui connaît la chanson, étant lui-même un immigrant.

Le parallèle avec les femmes dans l'industrie de la construction pourrait bien hanter la suite des choses. Il n'y a pas de miracle: tant que la société est inconsciente, tant qu'elle répercute ses préjugés et se permet d'intimider en chargeant sur la différence comme des taureaux sur du rouge, les immigrants, les femmes, les «pas pareils» seront rangés en rangs serrés en bordure du banquet et ils mangeront des miettes.

Nos immigrants, nos pareils, nos frères méritent mieux. Et nous méritons mieux comme société, j'en suis certaine.
17 commentaires
  • Assez merci - Inscrit 16 novembre 2011 03 h 27

    Pas charier.

    Rien contre les immigrants mais il existe des faits, des compréhensions.

    Les immigrants qui nous arrivent de Haiti, d`Asie, pays arabes et là ou il fait chaud, ne veulent pas travailler au froid sur la construction et c`est un fait.
    Leur métabolise est ainsi fait....

    2e ment: Sans leur faire un reproches, faire construire une maison par des gens venus d`ailleurs prendra beaucoup plus de temps car ils ne sont pas vite comme l`exige le monde de la construction.
    Ca roule pour construire, il fait froid au Québec et un autre fait, la majorité ne sont pas intégrés et ne le veulent pas non plus, ils sont bien ensembles...
    Quoi qu`en disent nos élus et raconteurs de belles histoires, c`est le monde ordinaire.
    On est pas pareil, on mange pas pareil, on danse pas le rigodon ensemble et on fête pas pareil....

    Faut être réaliste aussi....pas juste rêver que nous sommes tous pareils et égaux

  • Marc Lemieux - Inscrit 16 novembre 2011 04 h 16

    Note statistique

    ''Profitons de ce que Statistique Canada — cette noble maison en perte de moyens depuis les changements apportés au recensement — '' pour ceux qui connaissent les statistiques et les mathématiques, il suffit de 400 personnes pour mesurer à peu près tout ce qu'on veut, 2500 permettant d''avoir une image très fidèle et au delà uniquement pour connaitre les disparités régionales (12,000 personnes), s'il y en a, il est totalement inutile d'interroger des millions de gens, un échantillon statistique de population est REPRÉSENTATIF de la population totale, par une courbe de loi normale.

    D'ailleurs vous verrez qu'après 2500 personnes interrogées les résultats changent très peu, la règle est la même pour le recensement.

    Marc Lemieux
    B.A.A, Psychanalyste

  • Marc Lemieux - Inscrit 16 novembre 2011 04 h 37

    régression ou progrès

    En Europe les gens de la construction sont presque tous des immigrants, on dit que ce n'est pas normal là bas et que c'est discriminatoire. Mais ce n'est pas tellement important, d'ici quelques semaines le visage du Québec et du Canada va changer via les lois Harper, les articles comme celui ci vont ils disparaitre? Autre temps autre moeurs, est ce notre époque ou la suivante qui aura eu raison? problème de philosophie ou raisonnance politique? Ou que les temps changent pour redevenir ce qu'ils étaient, régression ou progrès? L'ordre qui nait du chaos ou l'inverse? Repensez à cela dans un an.

    Marc Lemieux,
    B.A.A, Psychanalyste

  • Jean V. - Inscrit 16 novembre 2011 07 h 40

    @ M. Lemieux

    Votre commentaire est-il si faible que vous vous sentez obliger de dire que vous êtes Psychanalyste? Ce que vous dites, moi, simple citoyen, je le dis depuis longtemps, pas obliger par manque de confiance de m'inventer un job. Tout nait, tout meurt, tous se brisent, tous se réparent, mais là où vous perdez votre crédibilité, Harper via les lois, vous faites passer vos peurs sous la couverte de votre pseudo métier.

  • Marc Lemieux - Inscrit 16 novembre 2011 08 h 20

    @ Jean V

    Je suis psychanalyste mais je n'exerce pas, je ne me l'invente en rien, posez moi des questions techniques et vous verrez, c'est juste pour donner de la crédibilité aussi car la psychanalyse ballait plus large que la psychologie.

    Ce que vous ne supportez pas par contre, c'est que Harper soit cité, car il est contre l'idée d'un certain Québec, ou vous ne partagez simplement pas ses idées. Je ne l'aime pas tellement vous savez, mais li a la poigne qu'il faut dans certains domaines c'est tout.

    Enfin il n'y a pas de peur, mais de l'anticipation, et de la réaction, aussi, et j'ai l'honnête, peut-être personnelle, de (me?) le dire. Car malgré l'humanisme je dois bel et bien dire que la société actuelle m'a rendu réactionnaire, mais c'est avec justement honnêteté personnelle que je me l'avoue et que je me sens plus libre, via l'insight que vous connaissez peut être, et je ne me sens pas seul, même si je ne prêche personne par contre. Tout psy vous dira que c'est quand les gens choisissent que les éléments fonctionnent.

    Car les illusions, comme les utopies, n'ont aucun avenir, première caractéristique de finalité, et la croyance, caractéristique d'effectivité. Mais pour faire plus pratique regardez bien le Québec dans moins d'un an, vous verrez une évolution.