Langue de travail dans le secteur public - Large place à l'anglais

Dévoilée hier, cette étude signée par l'économiste Henri Thibaudin est une première: elle analyse la situation dans le réseau de l'éducation et celui de la santé et des services sociaux ainsi que dans les administrations publiques des trois ordres de gouvernement (fédéral, provincial et municipal).
Photo: Archives Le Devoir Dévoilée hier, cette étude signée par l'économiste Henri Thibaudin est une première: elle analyse la situation dans le réseau de l'éducation et celui de la santé et des services sociaux ainsi que dans les administrations publiques des trois ordres de gouvernement (fédéral, provincial et municipal).

Québec — Même dans le secteur public au Québec, l'anglais comme langue de travail prend une place disproportionnée par rapport au poids démographique des anglophones. Dans le reste du Canada, c'est l'inverse, bien que la distorsion soit moins marquée.

C'est le constat que font l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) et l'Institut de recherche sur le français en Amérique (IRFA) dans une étude sur l'offre d'emploi de langue minoritaire des institutions publiques au Québec et au Canada. Dévoilée hier, cette étude signée par l'économiste Henri Thibaudin est une première: elle analyse la situation dans le réseau de l'éducation et celui de la santé et des services sociaux ainsi que dans les administrations publiques des trois ordres de gouvernement (fédéral, provincial et municipal).

Ainsi, 13,6 % des employés du secteur public au Québec utilisent le plus souvent l'anglais au travail ou indifféremment l'anglais ou le français alors que le poids démographique des anglophones est de 8,7 %. C'est un total de 135 250 emplois qui sont touchés et qui représentent une masse salariale de 6,15 milliards, a calculé Henri Thibaudin. Les données sont tirées du recensement de 2006.

«On dit souvent que la situation du français comme langue de travail est problématique à cause de la mondialisation, à cause de l'anglais langue internationale», a souligné le président de l'IRFA, Patrick Sabourin. «On s'est dit: "regardons dans les secteurs d'emploi qui sont largement à l'abri des effets de la mondialisation, le secteur public". On a constaté un déséquilibre assez important.»

Dans le réseau de la santé et des services sociaux, 12,1 % des effectifs au Québec travaillent en anglais, soit 140 % du poids démographique des anglophones. En éducation, c'est 17 % du personnel et des cadres qui travaillent en anglais, soit presque deux fois plus que la proportion d'anglophones au Québec. Dans les administrations publiques, 13 % des employés travaillent en anglais.

«Encore une fois, nous constatons la supériorité des ressources rendues accessibles à cette communauté [anglophone du Québec]», écrit Henri Thibaudin. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées, selon le chercheur. Premièrement, les structures administratives nécessaires au fonctionnement des institutions peuvent être plus importantes, notamment en ce qui a trait aux commissions scolaires. «Deuxièmement, nous comparons les ressources à la demande de la communauté historique. Si cette méthodologie est complètement justifiée du fait que les dispositions légales ont été mises en place pour cette communauté, il faut tenir compte du fait que la demande totale de prestations de services en anglais comporte des individus n'appartenant pas à cette communauté», signale l'économiste. En santé, des francophones et des allophones ont accès aux services dont la communauté anglophone est dotée, de même pour l'enseignement collégial et universitaire.

Si l'on ajoute les employés qui disent utiliser régulièrement l'anglais au travail dans le secteur public au Québec, c'est 31 % d'entre eux qui travaillent en anglais le plus souvent ou de façon régulière (cette notion n'est pas définie dans le recensement) dans le réseau de la santé tandis que cette proportion s'élève à 40 % dans les administrations publiques.

Le portrait est bien différent dans le reste du Canada. Au Nouveau-Brunswick, 31,8 % des employés du secteur public travaillent en français ou dans les deux langues, alors que le poids démographique des francophones dans cette province est de 33,4 %. En Ontario, ils sont 4,9 % à travailler dans la langue de Molière alors que les Franco-Ontariens comptent pour 4,4 % de la population de la province. Dans les autres provinces, l'écart est plus grand: alors que les francophones composent 2,2 % de la population, seulement 1,3 % d'entre eux travaillent en français dans le secteur public.

Au Québec, les francophones et les allophones représentent la part la plus importante des effectifs qui travaillent en anglais dans le secteur public. Ensemble, ils sont majoritaires; leur proportion dépasse celle des anglophones, que ce soit en éducation (52 %), en santé (58 %) ou dans l'administration publique (62 %). Dans les réseaux de la santé et de l'éducation, le quart des employés qui travaillent en anglais sont francophones.

Dans une autre étude rendue publique plus tôt cette année, l'IRFA compare l'utilisation au travail de l'anglais ou du français sur l'île de Montréal et dans la ville d'Ottawa, qui se déclare bilingue. Les deux centres urbains présentent des similitudes: sur l'île de Montréal, une majorité francophone (52,2 %) côtoie une minorité anglophone (17,7 %) tandis qu'à Ottawa, une majorité anglophone (63,4 %) coexiste avec une minorité francophone (17,7 %). Or la situation de la langue minoritaire au travail est fort différente. Plus de 90 % des résidants d'Ottawa travaillent en anglais contre 8 % en français. Sur l'île de Montréal, 34 % des citoyens travaillent en anglais, ce qui dénote le fort pouvoir d'attraction de l'anglais, note l'IRFA. «Au Québec, l'anglais, langue officielle minoritaire, semble plutôt avoir la force d'attraction d'une langue majoritaire», écrivent les auteurs de l'étude, Patrick Sabourin et Mathieu Dupont.

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62 commentaires
  • ihaicheur - Inscrit 8 novembre 2011 02 h 51

    mondialisation et linguistique

    Bjr, suite a votre article publier se jour même , relative a la domination de la langue anglaise dans le secteur public, c'est juste l'anglais a nous jour fait l'exploit de la population mondial car elle reflète le développement la technologie et la modernisation ,mais y a une chose ,tant que les chefs de fils ou les représentant des population croit en sa sa va dégradé encore pire , il faut ciblé de loin et de prés ,EXP: d'est l'enfance il faut exigée la langue française , ainsi dans les lieu public il faut imposé la langue française dans tout les échange,les concert les congrès , sa va venir avec le temps.
    la vrais question est comment imposé l’idée aux gens que la mondialisation ne se rattache pas aux linguistique .

  • Assez merci - Inscrit 8 novembre 2011 04 h 38

    Pas surprenant

    Depuis que charest est au pouvoir, y a pas grand chose qui est fait pour protéger et promouvoir le français à Montréal, Laval et Rive Sud.

    Charest a nommé une ancienne membre d`Alliance Québec au ministère de la langue française alors pourquoi se surprendre ?
    Que se passe t-il dans nos écoles, la langue parlé à la radio - télé et l`affichage ?

    Les fédéralistes n`ont aucune raison d`intégrer les immigrants, ils n`ont aucune raison de favoriser le français au Québec car ils travaillent pour le canada et le canada est anglais.

    Le multiculturaliste et bilinguiste canadian est un mirage tout comme en Angleterre et en Allemagne..
    Veut voir qui veut.....

  • Paul Lalande - Inscrit 8 novembre 2011 04 h 43

    Quand le français québécois ne sera plus qu'un rare dialecte

    Alliance Québec doit bien se trémousser de plaisir dans sa tombe...

    Il faut être aveugle ou naîf pour croire à la survie du français au Canada comme au Québec, Avec le rythme actuel d'assimilation, devant cette marée d'anglicisation des secteurs privés et maintenant publiques, y a t-il des projections sur le moment où Montréal sera comme Ottawa, une ville dans laquelle la présence du français n'est que symbolique ? (Montréal n'a plus sa majorité francophone d'ailleurs)... Ou encore sur le moment où le français sera la langue de la minorité au Québec? Les québécois ne semblent point aptes à protéger leur héritage linguistique.

    Il faut mettre l'emphase sur la préservation du français au Québec plutôt que de tenter d'instaurer des services en français dans le ROC. La seule manière de protéger le français est de mettre des "frontières linguistiques" et d'avoir minimalement 51% des nouveaux arrivants qui parlent français.

  • VITRILLOLA - Inscrite 8 novembre 2011 05 h 12

    Résultats d'un vieux règne libéral

    J'ai toujours dit qu'il y avait une nette supériorité des ressources pour une nette minorité (anglophone historique) au Québec. C'est insensé et intensément démesuré ! Le chum des anglais construit avec les impôts de la majorité de caves, deux universités sur un même coin de rue et qui anglicise le centre-ville de Montréal, encore une fois payé à même les impôts de la majorité de caves. La toponymie anglaise partout au Québec par rapport au poids démographique des anglophones historiques est complètement démesuré et donne un faux portrait du territoire aux touristes, et aux nouveaux arrivants. La toponymie anglaise est majoritaire à Montréal, trouvez l'erreur ? Pourquoi l'État québécois offre un service anglais supposé desservir la minorité historique alors que dans les faits il dessert plutôt des portugais, des grecs, des italiens, des asiatiques et autres communautés qui ont décidés de vivre ici en anglais ? Et là, cette étude qui confirme la nette progression de l'anglais à Montréal. Bon, on va se dire les vraies affaires : Pour s'épanouir, le Québec a-t-il vraiment besoin de communautés qui non seulement ne parleront jamais le français, qui non seulement osent se questionner avec le plus grand des sérieux pourquoi le français est prioritaire ici, mais osent imposer l'anglais partout, armé d'un racisme envers la société hôte ? Pour ces communautés nous ne sommes pas au Québec ici, mais plutôt au Canada. Est-ce que Legault osera rénover la cabane public une fois au pouvoir ? Il a prétendu faire fi de l'électorat avec ses deux mandats suicides. Sinon, que ferait avec ce cancer un Duceppe à la tête du PQ, une fois au pouvoir ? Moi, si rien ne change, je déménage pour de bon en Provence avec ma famille pure laine élargie, loin et à l'abri de la louisianisation. Toute ma famille compte en discuter aux fêtes qui approchent... Nous pouvons changer les choses !

  • Colonne - Inscrit 8 novembre 2011 06 h 01

    Autres facteurs globals

    Ce n'est pas logique de regarder seulement le % de langue parle de la population. Il faut considerer des facteurs globals tels : les fournisseurs de produits medicaux provenant de l'Allemagne, la Chine ou les Etats-Unis, dans quel langue il faudra communiquer? Les etudes medicales provenant de la Suede, l'Australie ou le Bresil dans quelles langues? Les infos sur internet? On ne vit pas dans une bulle au Quebec que ce soit entreprise privee ou public. Bienvenue au 21e siecle et la competition internationale pour des jobs.