École nationale d'administration publique - Les fonctionnaires ont leur université

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Le siège social de l'ÉNAP à Québec<br />
Photo: Source ENAP Le siège social de l'ÉNAP à Québec

Ce texte fait partie du cahier spécial Québec actuel - Institutions démocratiques

L'École nationale d'administration publique (ÉNAP) se pointe sur la scène universitaire québécoise en 1969, au moment où cet établissement prend alors racine dans le sillage même de la Révolution tranquille. Au fil des ans, elle a formé 8000 administrateurs et professionnels exerçant leurs compétences dans le secteur public.

L'École nationale d'administration publique poursuit sa mission de dispenser une formation spécifique à la maîtrise et au doctorat aux gens qui sont chargés de la gouvernance d'un État moderne, en plus de diffuser savoir et expertise ailleurs dans le monde.

Parlant de sa raison d'être, son directeur général, Nelson Michaud, jette cet éclairage: «C'est aussi un pur produit de ce qui était la volonté du législateur à l'époque de doter le Québec d'un réseau universitaire, celui de l'Université du Québec (UQ), marqué au sceau de l'accessibilité; celle-ci se déclinait essentiellement de deux manières, soit de façon territoriale, avec les établissements situés en région, et par l'accès à la science de haut niveau, avec des instituts spécialisés, dont l'ÉNAP fait partie.»

Encore aujourd'hui, l'ÉNAP demeure marquée par cette vision de départ: «On fait partie de cette volonté-là d'enrichir le Québec à titre de réseau universitaire, ce qui teinte énormément notre manière de faire et nos démarches encore maintenant. C'est une valeur qui est toujours très présente chez nous, que ce soit auprès des étudiants ou en matière de recherche et de perfectionnement; même dans notre rayonnement international, on continue de jouer la carte du partenariat.» Il tire cette réflexion de cette façon de faire: «Cela a très bien servi l'ÉNAP au cours des 42 dernières années et ça continue d'être un des éléments moteurs de notre action.»

Spécialisée, pluridisciplinaire et en mouvement


L'ÉNAP porte bien son nom, qui en démontre le caractère marqué de spécialisation et qui laisse voir que son enseignement s'adresse à une clientèle distinctive. M. Michaud cerne deux aspects de cette réalité: «Le premier, qui est le plus évident, c'est le thème même que nous abordons, soit celui de l'administration publique. Ceci étant dit, nous sommes en même temps une université qui a une très forte dimension multidisciplinaire, parce que cette forme d'administration en tant que telle existe dans la pratique mais, concrètement, pour former ses praticiens, l'enseignement doit se tourner vers le droit, l'économie, la gestion des ressources humaines, le management, vers un peu de sciences politiques et vers la psychologie et la sociologie des organisations.»

Il ajoute à ce sujet: «Voilà que je suis en train de vous décrire du même coup le corps professoral de l'ÉNAP. On n'a pas, en tant que tels de départements chez nous comme dans une université traditionnelle, mais nous avons une diversité très accentuée en matière d'intérêts et de formations, autant des professeurs que des étudiants.»

En fonction des mutations


Au fil du temps et des époques traversées, il a été nécessaire que l'ÉNAP ajuste ses programmes en fonction des mutations que connaissait la société et des groupes qu'elle côtoyait; il en va de même encore aujourd'hui: «On ne pourrait pas faire autrement. On doit être au quotidien à l'écoute de ce qui se fait dans les milieux que nous fréquentons, parce que, là encore, cette administration est plurielle dans sa pratique au Québec, puisqu'elle se compose de la fonction publique fédérale et provinciale, du secteur municipal, de la santé et de l'éducation; entre guillemets, on ne peut appliquer la même recette à nulle part du fait que chacun possède ses besoins, et, si on s'alignait sur une trajectoire sans regarder ce qui se passe autour, à l'intérieur de quelques années, on perdrait certainement beaucoup de notre pertinence et de notre impact.»

Sur le plan de la recherche, une phase intensive de développement s'est produite au cours des dix dernières années. Le directeur général en fournit plusieurs exemples, tout en dégageant là encore le caractère de diversification de celle-ci: «Autant on va avoir de la recherche fondamentale en vertu de laquelle les chercheurs font avancer les connaissances à partir de problématiques qui les intéressent, autant on s'applique à obtenir une importante dimension de recherche appliquée contractuelle, qui vient en appui aux organisations publiques.»

Le territoire et les étudiants

L'ÉNAP dispose de points d'ancrage dans plusieurs régions du Québec, ce qui fait en quelque sorte partie intégrante de sa mission d'origine et qui figure d'ailleurs dans ses lettres patentes: «J'évoquais à ce sujet, tout à l'heure, la dimension d'accessibilité issue de la volonté du législateur au moment de la fondation du réseau de l'UQ. Dans notre cas, cette notion d'accessibilité au plan physique se traduit aussi par la nécessité de couvrir l'ensemble du territoire québécois; on nous a demandé d'aller là où se trouvent les administrateurs publics en quête de formation.»

Qui sont-ils? Nelson Michaud décrit les gens que forme l'ÉNAP en divers lieux: «Il y a environ 2200 personnes par année qui nous fréquentent; de ce nombre, à peu près 65 à 70 % sont des individus qui sont déjà en poste de gestion ou qui sont sur le point de l'ëtre; les 30 à 35 % restants sont composés de personnes qui amorcent leur carrière dans l'administration publique, qui occupent davantage des postes de professionnel et qui nous arrivent après avoir terminé leur baccalauréat.»

Il expose certains traits caractéristique de la clientèle: «Elle est très diversifiée; il y a beaucoup de gens qui arrivent au Québec et qui souhaitent faire carrière dans la fonction publique qui vont venir chez nous; d'autres sont déjà en poste et joignent nos rangs dans le but de franchir différentes étapes dans leur carrière.» Il ajoute encore: «Tout cela figure sur le plan des crédits accordés, mais il y a aussi tout l'aspect de la formation continue et appliquée aux organisations, qui est un autre service de l'ÉNAP qui est très fréquenté; chaque année, plusieurs milliers de personnes viennent suivre ces formations, que ce soit par le biais de l'offre publique générale ou même par la voie de demandes spécifiques qui nous sont adressées par divers ministères et auxquelles on peut répondre.»

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Collaborateur du Devoir