De Génération d'idées à Sortie 13 - Le Québec est-il mûr pour une seconde «Révolution tranquille»?

Karl Rettino-Parazelli Collaboration spéciale
L'organisation Génération d'idées a eu l'idée récemment d'installer 260 balais devant l'Assemblée nationale, façon originale de réclamer une commission d'enquête sur l'industrie de la construction.
Photo: Clément Allard - Le Devoir L'organisation Génération d'idées a eu l'idée récemment d'installer 260 balais devant l'Assemblée nationale, façon originale de réclamer une commission d'enquête sur l'industrie de la construction.

Ce texte fait partie du cahier spécial Québec actuel - Institutions démocratiques

N'essayez pas de convaincre Mélanie Joly que l'avenir politique du Québec est sombre. Cette jeune femme dans la trentaine, avocate de formation, cofondatrice de l'organisation Génération d'idées et membre du collectif Sortie 13, est convaincue que le cynisme et le désengagement politique des Québécois pourraient bientôt être choses du passé. Entretien avec cette «hyperoptimiste» engagée qui croit que l'arrivée au pouvoir de la génération Y changera sous peu le visage de la province.

«La période actuelle me fait beaucoup penser aux années 50 au Québec. C'était la Grande Noirceur, Duplessis régnait en maître et, graduellement, des poches de contestation se sont développées», lance spontanément Mélanie Joly lorsqu'on la questionne sur le climat qui règne présentement dans notre société.

Pour elle, les publications politiquement engagées qui ont vu le jour à l'époque, telles la revue Parti pris et le journal Cité libre, trouvent leur équivalent dans les groupes de réflexion apparus récemment. Génération d'idées, un groupe que Mme Joly a cofondé en 2007, est un espace d'expression d'idées offert aux jeunes de 20 à 35 ans, tandis que Sortie 13 cherche, avec sa plateforme web, à encourager les débats d'idées et à proposer des réponses aux défis d'aujourd'hui et de demain.

Mélanie Joly sait bien que comparer l'actuel état des lieux au foisonnement intellectuel qui a précédé la Révolution tranquille peut en surprendre plus d'un, mais elle est catégorique: la génération Y, celle des décideurs de demain, a «rendez-vous avec l'histoire», affirmait-elle carrément lors d'une récente conférence présentée à l'Université de Montréal, au sujet de l'avenir du Québec.

Ça bouge!

C'est donc avec tout son optimisme, sa confiance en l'avenir, mais aussi son impressionnant bagage d'expérience que Mélanie Joly nous reçoit dans l'élégant bureau vitré qu'elle occupe au 7e étage d'un immeuble du centre-ville de Montréal. Après avoir poursuivi des études en droit et bifurqué temporairement vers le journalisme, cette élégante blonde aux yeux bleus est aujourd'hui associée directrice du bureau montréalais de l'agence de communication internationale Cohn & Wolfe. Elle a quitté Génération d'idées au printemps 2011, ce qui ne l'empêche toutefois pas de continuer à s'engager pour diverses causes qui lui tiennent à coeur et surtout de porter un regard averti sur le rôle que peuvent jouer les jeunes en politique.

«Je pense qu'il y a de la place pour des organismes comme Génération d'idées, comme les Indignés, comme Sortie 13, pour faire en sorte que ça bouge au Québec. Ça fait du bien d'amener un peu d'air frais aux débats, mais aussi de sortir des débats qu'on connaît de nos jours», résume cette diplômée d'Oxford en droit européen et comparé.

«Ce que je déplore actuellement, c'est que j'ai vraiment l'impression que les politiciens qui sont à la Chambre des communes ou à l'Assemblée nationale n'ont pas eu l'occasion de développer leur vision» avant de se lancer en politique. «Ils font le saut, ils sont coincés dans leur quotidien et ils sont aspirés par la machine», dit-elle pour illustrer son propos.

Selon Mélanie Joly, la raison d'être de groupes comme Génération d'idées et Sortie 13 serait donc double: mettre de l'avant de nouvelles idées et préparer la relève politique. «Lorsqu'on a d'abord développé une vision en s'engageant par exemple dans un groupe de pression ou un groupe écologiste, je crois qu'on peut être plus cohérent dans ses actions et dans ses propositions par la suite.»

«Croire en ses idées»

Le ton est amical mais affirmatif. La jeune femme tient à préciser qu'elle ne parle pas au nom de Génération d'idées ou de Sortie 13, mais on sent que ses convictions politiques sont profondes. Pour elle, l'engagement, à petite ou à grande échelle, est primordial. «Les gens sont convaincus qu'ils n'ont pas d'impact sur leur société. Pourtant, si demain on décide de lancer un projet qui nous tient à coeur, on peut le faire. Ça ne dépend que de chacun. De petits gestes peuvent avoir un énorme impact.»

Mais, pour «croire en ses idées», comme elle le suggère, encore faut-il s'intéresser au fait politique. Des jeunes comme Mélanie Joly et les participants de Génération d'idées ou de Sortie 13 ne courent pas les rues, ce qui ne la décourage pas pour autant. Si 85 % des jeunes n'ont pas d'intérêt pour la politique, ce sont les autres 15 % qu'il faut mobiliser et convaincre d'entraîner avec eux encore plus de gens, réplique-t-elle.

Inébranlable, elle ajoute que, depuis quelques années, l'intérêt envers les «Y» est «plus grand qu'auparavant». François Legault qui regroupe 40 jeunes professionnels lors d'un rassemblement partisan, de nouveaux visages qui se font remarquer à l'Assemblée nationale, la revue L'Actualité qui consacre ce mois-ci un dossier spécial à la relève politique: les jeunes politiciens actifs aux niveaux municipal ou provincial jouissent d'une nouvelle visibilité, ce qui fait dire à Mélanie Joly que le vent de fraîcheur anticipé s'apprête véritablement à souffler sur le Québec.

Demain, Montréal


Un mouvement auquel elle compte bien prendre part, d'ailleurs. «Me lancer un jour en politique? C'est sûr. Je ne m'en suis jamais caché.» Elle refuse de préciser à quel moment, mais elle reconnaît déjà qu'elle a un faible pour la politique municipale, l'ordre de gouvernement dont le «pouvoir d'action sur le terrain est le moins dilué», selon elle.

Quelques-unes de ses idées pour Montréal? Améliorer sa gouvernance, revoir sa capacité de générer des revenus, attirer plus de sièges sociaux, diminuer son empreinte écologique, pousser la créativité, soutenir les artistes, développer l'offre culturelle...

«Je voudrais faire en sorte que les gens retrouvent leur pouvoir d'impact et qu'ils ne se sentent pas victimes du système», précise-elle, empruntant soudainement le discours et les airs d'une politicienne d'expérience. «Je pense que je suis bonne pour convaincre les gens, pour les rallier à une cause.» Saura-t-elle convain-cre les jeunes Québécois que la politique mérite qu'on s'y intéresse?

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Collaborateur du Devoir