Marois tente de rassurer ses députés inquiets

Pauline Marois à Saint-Jérôme hier soir
Photo: - Le Devoir Pauline Marois à Saint-Jérôme hier soir

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a rencontré les députés récalcitrants hier pour s'assurer de «resserrer les rangs». Elle a une pleine confiance envers son caucus, a-t-elle assuré, malgré «les moments pas faciles» que traverse le parti.

Le président du parti, Raymond Archambault, et Pauline Marois ont veillé encore hier à rappeler à l'ordre la poignée députés qui ont émis des réserves quant à leur chef ces derniers jours. Pauline Marois a aussi rencontré en après-midi hier le député Bernard Drainville, qui était absent lors des rencontres du caucus de mercredi, où la crédibilité de la chef a été mise en doute par quatre députés. M. Drainville a indiqué que la discussion avait été bonne et qu'il appuyait toujours Pauline Marois. Il fait partie des députés inquiets des faibles scores de la santé du parti depuis la démission fracassante de cinq députés péquistes en juin.

L'unité est toujours là, a dit Pauline Marois, après une assemblée citoyenne à Saint-Jérôme, donc tout près des circonscriptions de députés récalcitrants. «Je leur fais confiance, à partir du moment où ils m'ont dit qu'ils m'appuyaient et qu'ils étaient prêts à travailler avec moi, a dit Mme Marois. Quant à moi, je suis capable de vivre avec les commentaires qu'ils ont pu me faire à l'intérieur d'un caucus, où ça aurait dû rester dans tous les cas.» Elle comprend que certains députés soient inquiets et elle tâche de les rassurer depuis deux jours. «On prépare la suite des choses», a ajouté M. Archambault, indiquant qu'il a eu des discussions avec des militants hier.

Pauline Marois a dit hier être toujours certaine que le parti peut obtenir la confiance des Québécois.

Le député de Blainville, Daniel Ratthé, l'un des quatre députés ayant demandé le départ de Mme Marois lors d'une réunion du caucus mercredi, selon ce que rapporte La Presse, a passé la journée à réparer les pots cassés. Le député assure qu'il ne s'agissait «pas d'une fronde», mais de «discussions» qui ont pris des proportions démesurées. «Je pense que s'il n'y avait pas eu de transmission de ces informations-là, il y aurait déjà moins de crise, a-t-il expliqué alors qu'il participait à l'assemblée de Saint-Jérôme. On pourrait se parler entre nous et j'espère qu'à l'avenir, ça va être le cas.»

Il regrette que son nom ait été cité. «Mon intention, ce n'était pas de faire du tort à Mme Marois, c'était d'avoir une discussion franche avec elle. [Au parti], on est capable de se dire quelles sont les différentes options, qu'est-ce qu'on peut faire pour que notre projet avance.» Surtout, il regrette que des «collègues anonymes» aient divulgué des informations aux médias. M. Ratthé a dit que s'il apprenait le nom de celui ou ceux qui ont parlé aux journalistes, il les dénoncerait sur la place publique.

Sa présence à l'assemblée d'hier est la preuve qu'il n'a pas de problème avec sa chef, a dit Daniel Ratthé. Sur le fond des choses, il n'a cependant pas nié son malaise et a laissé planer le doute sur son avenir au sein de l'équipe péquiste.

À l'approche de prochaines élections générales, certains élus, particulièrement ceux de la cuvée 2008, craignent d'aller à l'abattoir, constatant que l'appui au PQ n'atteint plus que 18 % dans les sondages. L'équipe péquiste compte actuellement 46 députés. En fin de soirée mercredi, tous s'étaient ralliés à la chef — officiellement du moins.

La centaine de citoyens et de militants présents à la cinquième assemblée citoyenne de Pauline Marois pour présenter le programme du parti a été l'occasion de plusieurs témoignages d'appui à la chef. «Félicitations de piloter le parti à travers les écueils de la trahison», lui a dit Alain Dicaire, un citoyen de Saint-Jérôme. Pauline Marois a avoué à l'assemblée que leur présence lui faisait «du bien» «après une semaine pas facile».

Dans les corridors du parlement, hier, les députés péquistes semblaient secoués par la nouvelle onde de choc qui ébranle leur parti. Le député de Bourget, Maka Kotto, a rappelé que Mme Marois avait obtenu un vote de confiance de 93 % il y a quelques mois à peine, et que ceux qui contestent son leadership devaient éprouver «des problèmes psychiatriques».

Pas de pacte

Le député de Québec solidaire (QS), Amir Khadir, a proposé hier au PQ de faire un pacte avec son parti pour «défaire la droite». Pour qu'un parti souverainiste batte le Parti libéral et la Coalition pour l'avenir du Québec de François Legault, les deux forces doivent s'unir, croit-il. «On peut s'entendre. Si le PQ n'en veut pas, de François Legault et des libéraux, Québec solidaire n'en veut pas non plus. On dit: là où il y a des libéraux actuellement, on essaie de faire quelque chose.» Il a proposé un premier «banc d'essai» pour l'élection partielle dans Bonaventure, laissée libre par la ministre libérale Nathalie Normandeau. Le PQ devrait refuser de présenter un candidat et appuyer le candidat de QS, selon M. Kadhir.

Pauline Marois a décliné cette offre rapidement hier soir, précisant que le PQ va présenter 125 candidats députés à la prochaine élection. «Quand M. Kadhir nous dit qu'il nous tend la main pour qu'on puisse faire un pacte, peut-être que la première décision à prendre aurait été de ne pas envoyer Françoise David contre un de nos députés les plus compétents, les plus rigoureux et les plus consciencieux. Il me semble que c'est un mauvais message à envoyer pour quelqu'un qui veut faire un pacte.» La chef faisait ici allusion à son député de Gouin, Nicolas Girard.

L'ancien premier ministre Jacques Parizeau se trouvait par ailleurs au lancement du livre Françoise David hier, plutôt qu'à l'assemblée citoyenne du PQ.

Dernièrement, la présence du député péquiste de Verchères, Stéphane Bergeron, à un rassemblement de QS plutôt qu'à un événement du PQ avait fait des mécontents.

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Avec La Presse canadienne

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