Devant la grogne, Marois s'accroche

Alors en compagnie de Gilles Duceppe, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, apprenait, le 16 avril dernier, que 93 % des membres de son parti appuyaient son leadership.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Alors en compagnie de Gilles Duceppe, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, apprenait, le 16 avril dernier, que 93 % des membres de son parti appuyaient son leadership.

Québec — Inquiets pour leur poste, des députés du Parti québécois «de la cuvée de 2008» souhaiteraient que la chef péquiste, Pauline Marois, quitte son poste. Cette fronde suscitée par la faiblesse du PQ dans les sondages a plongé la colline parlementaire dans une spirale de rumeurs, hier.

Elle a forcé Mme Marois à réunir ses élus hier à trois reprises au parlement. Vers 23h5, les députés ont quitté la salle où ils étaient cloîtrés depuis 20h pour traiter du sujet. En sortant, Pauline Marois a eu ces mots: «J'ai un bon appui du caucus. Il y a des gens qui ont fait un certain nombre de remarques. On ne serait pas le Parti québécois sans ça. Et quant à moi, c'est bien engagé pour la suite des choses.»

À ses dires, il est normal que les réunions aient été longues, «on est au Parti québécois. Tout le monde peut s'exprimer, chacun donne son point de vue».

Selon des sources, plus tôt dans la journée, Pauline Marois aurait sommé ceux qui ne voulaient plus l'appuyer de quitter le parti. D'autres sources ont indiqué que les récalcitrants avaient jusqu'à Noël pour trancher. En sortant, à 23h5, elle a soutenu que toute son équipe demeurait à ses côtés: «Personne ne part», a-t-elle déclaré. Elle-même a tenu à répéter qu'elle souhaitait rester: «Je vais faire la prochaine élection.»

Appui faible

En matinée, Mme Marois a admis éprouver des problèmes: «Nous avons un gros travail à faire, parce que c'est vrai qu'on est un peu loin actuellement quant aux appuis populaires, mais on est capable de faire ce travail-là. On a une super équipe, on a un très bon programme. Et nous allons aller à la rencontre des Québécois.»

Très tôt en matinée et en début d'après-midi, les élus du PQ s'étaient réunis pour discuter du leadership de Mme Marois. Très peu de députés ont accepté de faire des déclarations à l'entrée comme à la sortie de ces rencontres. Ceux qui se sont exprimés se sont montrés fidèles à leur chef: «Serai-je le seul, je le serais quand même, mais on est beaucoup plus nombreux que ça», avait déclaré Yves-François Blanchet, député de Drummond. Marie Malavoy (Taillon) et Sylvain Gaudreault (Jonquière) ont aussi fait leur profession de foi envers leur chef.

Mme Malavoy a attribué la descente aux enfers du PQ dans les sondages au «phénomène étonnant» incarné par la Coalition pour l'avenir du Québec dirigée par l'ex-ministre péquiste François Legault. Claude Pinard, député de Saint-Maurice, a repris une image qu'il affectionne: «On a atteint le fond du baril, on ne peut que remonter.» Selon M. Pinard, qui ne se représentera pas aux prochaines élections, la «nervosité» présente est surtout le fait de jeunes députés. Comme les élections générales ne sont pas pour demain, le PQ et sa chef ont encore le temps nécessaire pour remonter dans les sondages, a-t-il fait valoir.

Le député Bernard Drainville a raté les rencontres du caucus, retenu dans la circonscription de Roberval de son collègue Denis Trottier. «Un rendez-vous pris il y a longtemps», a-t-on expliqué.

Campagne de pub

Hier matin, La Presse faisait état de la déception de plusieurs députés qui, sous le couvert de l'anonymat, affirmaient qu'il devait y avoir un changement radical à la tête du parti. La Presse indiquait aussi que le directeur général du parti, Sylvain Tanguay, avait échoué la semaine dernière à convaincre le comité exécutif d'injecter plus de 100 000 $ dans une campagne de publicité destinée essentiellement à promouvoir la personnalité de Mme Marois dans l'opinion publique. «Mais la proposition n'a pas passé la rampe.»

La semaine dernière, Le Devoir faisait aussi état de division au sein du caucus. Le député de Verchère, Stéphane Bergeron, affirmait que compte tenu de sa faiblesse dans les sondages, le PQ n'avait d'autre choix que d'envisager une alliance avec les autres partis souverainistes, au premier chef Québec solidaire. Mercredi dernier, il avait participé à Québec à un événement organisé par QS. Ce faisant, il avait raté le caucus des députés péquistes, ce qui avait indisposé la haute direction du parti et certains collègues péquistes, au premier chef Nicolas Girard, qui devra affronter Françoise David dans Gouin.

Cet été, Le Devoir révélait une lettre que M. Bergeron avait adressée à un militant du parti indépendantiste. Il soutenait que «le coup qui lui a été publiquement asséné par les cinq démissionnaires aura sérieusement miné son prestige et sa crédibilité pour mener à bien notre projet». En sortant du caucus hier soir, M. Bergeron a simplement affirmé: «Madame Marois a la confiance des membres du Parti québécois, dont je suis.»

En juin, cinq députés avaient claqué la porte du caucus péquiste pour diverses raisons, provoquant une remise en question du leadership de Mme Marois. L'équipe péquiste compte désormais 46 députés.

Duceppe chez Simard

L'invitation lancée à Gilles Duceppe par le député Sylvain Simard de participer à un brunch partisan, le 30 octobre, dans la circonscription de Richelieu, suscitait beaucoup de commentaires hier dans les rangs souverainistes. L'activité vise à souligner le 16e anniversaire du référendum de 1995. Si certains y voyaient une occasion pour le chef bloquiste de se remettre en selle, d'autres soulignaient que Pauline Marois a aussi été invitée à la fête. Dans le communiqué annonçant la tenue de l'événement et publié le 22 septembre, on pouvait lire cette déclaration de Sylvain Simard: «Pauline Marois et Gilles Duceppe sont tous les deux des exemples de résilience et de courage qui doivent nous inspirer à nous dépasser et à nous unir derrière l'excellent programme de gouvernement qui a été adopté au congrès de juin, un programme ancré dans la volonté citoyenne de changement. Faire avancer le Québec sans demander la permission à Ottawa. Pas juste parler de liberté. La prendre!»

***

Avec La Presse canadienne

À voir en vidéo