Deuxième journée de perturbations sur les chantiers

Des travailleurs syndiqués ont fait le tour des chantiers de construction ce matin pour persuader les autres ouvriers de quitter les lieux. Le Conseil provincial et la FTQ-Construction formulent plusieurs reproches au projet de loi 33, particulièrement en ce qui a trait à leur pouvoir de référer de la main-d’œuvre sur les chantiers.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des travailleurs syndiqués ont fait le tour des chantiers de construction ce matin pour persuader les autres ouvriers de quitter les lieux. Le Conseil provincial et la FTQ-Construction formulent plusieurs reproches au projet de loi 33, particulièrement en ce qui a trait à leur pouvoir de référer de la main-d’œuvre sur les chantiers.

Plusieurs chantiers de construction au Québec ont été fermés pour une deuxième journée, aujourd'hui, alors que les employeurs ont commencé à riposter à leur façon. De leur côté, et d’une seule voix, les élus de l’Assemblée nationale ont quant à eux condamné les troubles qui agitent l’industrie.

Les parlementaires ont adopté à l’unanimité — 108 pour, 0 contre, 0 abstention — la motion présentée en ce sens par la ministre du Travail, Lise Thériault, responsable du projet de loi 33 à l’origine de la grogne syndicale.

En vertu de cette motion, l’Assemblée nationale «condamne sévèrement les arrêts de travaux, le vandalisme et l’intimidation sur les chantiers de construction au Québec et [...] réitère le droit de tous les travailleurs et les entrepreneurs de pouvoir œuvrer en toute liberté et en toute sécurité sur les chantiers» du Québec.

«L’essence même du projet de loi 33, c’est de dénoncer l’intimidation, la discrimination et la violence sur les chantiers», a fait valoir Mme Thériault, en Chambre, tout juste après le dépôt de la motion.

Les entrepreneurs de plaignent


D’abord, plusieurs dizaines de plaintes d’entrepreneurs ont été déposées à la Commission de la construction du Québec, qui a confirmé aujourd'hui qu’elle en avait déjà reçu une quarantaine hier soir et de nombreuses autres aujourd'hui.

L’Association de la construction (ACQ), un regroupement patronal, affirmait de son côté que ses membres, à eux seuls, avaient déposé 70 plaintes. Et il y a quatre associations patronales dans la construction.

De plus, l’Association de la construction a fait savoir qu’une quarantaine de mises en demeure avaient été adressées à autant d’«agents d’affaires» de la FTQ-Construction et du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction. L’association a cette fois visé un niveau de hiérarchie syndicale plus bas, puisque les dirigeants syndicaux assurent que le mouvement de fermeture des chantiers n’est pas orchestré par la haute direction, a expliqué en entrevue Gisèle Bélanger, responsable des communications à l’ACQ.

Une autre matinée mouvementée

Sur les chantiers, la matinée a eu des airs semblables à celle d'hier: les ouvriers ont déserté plusieurs chantiers, et pas toujours volontairement.

Dans certains cas, ce sont des escouades d’ouvriers plus militants que les autres qui ont fait la tournée de quelques chantiers, au centre-ville de Montréal par exemple, pour persuader les autres ouvriers de quitter les lieux.

Les policiers étaient cependant souvent présents sur les lieux.

Le chantier du Quartier des spectacles, au centre-ville de Montréal, par exemple, a été ainsi vidé en quelques minutes. À quelques pas de là, même les quelques ouvriers du tout petit chantier devant le Complexe Desjardins se sont faits fortement suggérer de fermer boutique.

«On ne ferme pas; ils nous ont fermé», a confié un ouvrier d’expérience qui ne voulait ni être nommé ni être enregistré. «Un père de famille a le droit de travailler, mais ils nous ont fermé», a-t-il lancé, avec un signe de dépit.

Interrogé à savoir si ceux qui lui ont dit de fermer provenaient du Conseil provincial ou de la FTQ-Construction, l’ouvrier a répondu avec un haussement d’épaules: «je ne le sais pas, mais j’aime mieux fermer, pour mon équipement».

Un autre ouvrier plus jeune s’est résigné à quitter son chantier, en déposant bruyamment ses outils dans sa camionnette et en lançant des jurons. Les policiers, présents sur le chantier du Quartier des spectacles, ont quitté peu après.

Au Service de police de la Ville de Montréal, en fin d’avant-midi, on ne signalait aucune arrestation. Le service des relations publiques indiquait toutefois qu’une personne s’est plainte d’avoir été intimidée. Les enquêteurs se sont penchés sur la plainte et une personne a été interpellée.

De même, un «méfait» a été signalé par le service de police sur le chantier du Quartier des spectacles, à savoir une porte brisée.

Comparution

Par ailleurs, l’une des deux principales organisations syndicales à qui les ouvriers reprochent de fermer les chantiers, le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction, souvent appelé «l’International», comparaîtra justement aujourd'hui, en fin d’après-midi, devant la commission parlementaire qui étudie le projet de loi.

Le Conseil provincial et la FTQ-Construction formulent plusieurs reproches au projet de loi, particulièrement en ce qui a trait à leur pouvoir de référer de la main-d’œuvre sur les chantiers, qui sera désormais placé sous l’égide de la Commission de la construction.

Ils lui reprochent également de remettre la gestion du fonds de formation entre les mains de la Commission de la construction, alors que ce fonds est alimenté par les cotisations des ouvriers.

Ils le critiquent aussi parce qu’il enlève des sièges au Conseil provincial et à la FTQ-Construction, qui représentent ensemble 110 000 des 155 000 ouvriers, pour les donner aux plus petits syndicats.

Ils dénoncent également le fait qu’une convention collective, pour être adoptée, ne devra plus seulement être entérinée par une majorité de 50 % plus un, mais aussi par au moins trois des cinq organisations syndicales.
19 commentaires
  • C. Louis - Inscrit 25 octobre 2011 12 h 03

    C'est comme ça

    La FTQ sont peut-être des bandits, mais au moins ils rendent riches quelques bons pères de familles, heureux leurs femmes et leurs enfants. Alors qu'avec le gouvernement tout va dans la poche des hauts fonctionnaires dont la prospérité va de paire avec la misère des autres. Ce n'est pas autant le cas de la FTQ, serte il y a des choses à changer, mais penser que c'est au gouvernement de s'en charger, c'est de la naïveté ou de la stupidité. Et vous n'avez pas le droit d'être ni naïf ni stupide, si vous portez la responsabilité d'un adulte. Comprenez-le bien.

  • Pascal Laflamme - Inscrit 25 octobre 2011 12 h 20

    Quand on parle de se tirer dans le pied...

    Certains représentants des travailleurs de la construction font honte à l'ensemble des travailleurs et n'aident certainement pas leurs causes à faire des conneries du genre....une autre façon de dire '' vous allez nous respecter, sinon on vous casse les jambes'' c'est ridicule. Trois syllabes pour décrire cela : cromagnons

  • jocelync - Inscrit 25 octobre 2011 12 h 21

    Devant l'attitude de Charest, ne devrait-on pas avoir la possibilité de s'adresser directement aux fonctionnaires ?

    Quel québécois ne connaît pas depuis longtemps les effets pervers du placement syndical ainsi que le niveau de corruption qui y règne et ayant pour effet d'engraisser un paquet de monde notamment ces gens que l'on a placé à l'assemblée nationale ?
    Il y a 2 mois, cette corruption s'appelait simplement allégations, il y a 1 mois, elle commençait à prendre forme dans l'esprit de Charest mais n'était ni mieux ni pire qu'ailleurs puisque l'industrie de la construction était semble-t-il une industrie corrompue à travers la planète. Aujourd'hui, son combat organisé par nos vierges soudainement offensées est en train de prendre des allures de révolte inquiétante.
    On peut difficilement prétendre que la gestion de cette corruption brille par sa compétence.
    Considérant que Charest et sa gang font preuve à notre égard d'une considération à peu près similaire à celle que celui-ci accordait à son ex-ministre de la justice lors de la commission bastarache, il me semble qu'il serait temps de mettre ces gens un peu de côté et de se donner l'opportunité de s'adresser directement aux fonctionnaires responsables des dossiers.
    Obtenir la version et pouvoir s'adresser directement à Jocelin Dumas sous-ministre du travail par exemple nous éclairerait probablement plus que les faux-fuyants de Charest sur la gestion de cette crise. C'est beau la liberté de parole mais toujours faut-il pouvoir avoir l'heure juste de temps à autre.

  • cjt - Inscrit 25 octobre 2011 12 h 23

    Un cadeau de la FTQ à Jean Charest


    La dictature de la FTQ sur les travailleurs de la construction au Québec doit cesser. La population en a assez. Il y a trop de mafias et de mafiosos au Québec.

    Le gouvernement Charest a une bonne occasion de remonter dans l'opinion publique. Il n'a qu'à mettre le syndicat de la construction de la FTQ en tutelle, porter des accusations au criminel à l'endroit des “rambos” de la FTQ qui font usage de violence et, le cas échéant, les mettre en prison, et pour longtemps.
    C. Jean, Montréal

  • Daniel Theroux - Inscrit 25 octobre 2011 12 h 24

    Ben hâte ...

    .... de voir la police affronté les gars de la construction avec leur matraques,... ils vont s'apercevoir que ce ne sont pas des enfants d'école qui manifestent hahahaha