Point chaud - «Très déçue» du NPD

Françoise David s’est retirée pendant quatre mois de son poste à Québec solidaire afin d’écrire le livre De colère et d’espoir.
Photo: - Le Devoir Françoise David s’est retirée pendant quatre mois de son poste à Québec solidaire afin d’écrire le livre De colère et d’espoir.
Cette critique, l'adresse-t-elle à un parti pour lequel elle a voté aux dernières élections fédérales? Devant cette question, la politicienne se ferme comme une huître: «Ah ça, c'est comme le secret de la Cadbury! Ça me regarde.» Pourtant, l'autre tête de QS, Amir Khadir, n'a pas hésité à révéler avoir donné sa voix à Hélène Laverdière du NPD et non à Gilles Duceppe. «Amir, c'est Amir, et moi, c'est moi», rétorque Mme David presque sèchement. «On a des personnalités différentes. On a des façons différentes de s'exprimer. Moi, je n'ai jamais dit publiquement pour qui je votais dans aucune élection.» En avril, dans la circonscription fédérale où elle habite, Rosemont-Petite-Patrie, Mme David avait choisi de demeurer neutre. Alexandre Boulerice, du NPD — mais aussi membre de QS —, a été élu avec 17 000 voix de majorité. Il a défait le bloquiste Bernard Bigras, «un député fort apprécié et que personnellement j'appréciais», souligne Françoise David, comme pour donner un indice supplémentaire sur le choix qu'elle a fait le 2 mai.

Prudente

Mme David multiplie les interviews à l'occasion de la sortie de son livre, De colère et d'espoir — signe des temps, c'est exactement le même titre que le dernier album de Richard Séguin! —, qui arrivera en librairie mercredi (publié chez Écosociété; voir les extraits en page Idées). Un «carnet» en fait, surtout essai, à quelques moments biographie; elle s'est retirée de son poste à QS pendant quatre mois pour se consacrer à l'écriture. Décrocher complètement fut parfois difficile, raconte-t-elle, surtout avec un séisme comme celui du 2 mai, dont elle parle très peu (trop peu) dans son essai.

Ses colères? «Contre ceux qui bradent les richesses du Québec, qui les vendent à n'importe quel prix, qui vont tracer des balafres monstrueuses dans nos forêts, nos montagnes, nos paysages.» On y lira un chapitre sur le voile islamique où elle s'inquiète du discours de mouvements européens de droite sur les immigrants. Elle dit prôner une laïcité la plus tolérante possible. Oui, certains voiles lui rappellent de mauvais souvenirs de son «enfance à l'eau bénite». «Pourtant, écrit-elle, je crois que nous devons nous calmer un peu. Voir la femme sous le voile. C'est d'abord un être humain. Elle a des aspirations, des rêves, des projets. Elle veut travailler, gagner sa vie, être autonome à sa manière.»

Son chapitre sur l'économie lui a donné le plus de fil à retordre. «C'est moins mon domaine. Je m'obligeais à la rigueur, particulièrement dans ce domaine-là. Je ne peux pas me permettre de me tromper sur les faits, les chiffres, etc.»

Et les espoirs?


L'appui des Québécois au NPD lors du dernier scrutin, conjugué aux malheurs du Parti québécois sur la scène québécoise, ne remplit-il pas la «co-porte-parole» d'espoir quant à une prochaine progression de QS? Elle reste prudente. Elle ne le dit pas, mais l'aiguille des sondages ne bouge pas pour QS. Aussi, le comportement électoral récent des Québécois a de quoi dérouter: 2007, vogue adéquiste. 2008, Charest redevient majoritaire. «2011, on vote NPD, mais dans les sondages, on dit qu'au Québec, on veut voter Legault.» L'appui au NPD serait-il une résurgence de ce vieux réflexe conduisant les Québécois à appuyer Trudeau à Ottawa pendant qu'ils réélisaient Lévesque à Québec? Peut-être, s'inquiète-t-elle. Ce qui la rassure: «Depuis quelques années, ils n'ont plus peur de changer des habitudes.»

Avec le vote Québécois pour le NPD, la gauche du Rest of Canada montre de l'intérêt pour le Québec. Samedi, Françoise David participait à Montréal au colloque «Indignez-Vous! / Hope in Resistance» du Conseil des Canadiens. C'est souvent en anglais que les courriels de l'organisation parviennent à Mme David, qui n'apprécie pas. «Je salue [...] le désir très grand de créer des ponts. Mais il faut évidemment que, dans nos communications, on respecte ma langue. C'est essentiel. Je suis prête à me battre avec n'importe qui, mais pas à n'importe quelle condition!»

Alliance

Serait-elle prête à «se battre» de concert avec le PQ? La question n'est pas incongrue alors que le député péquiste Stéphane Bergeron réclame ouvertement, comme Le Devoir le rapportait vendredi, une alliance des souverainistes pour barrer la route à Jean Charest et à François Legault aux prochaines élections. «Depuis la fondation de QS, nous avons toujours dit et répété que nous étions ouverts au dialogue avec le PQ tout en demeurant critiques de ses politiques lorsqu'il était au pouvoir. Mais un dialogue, eh bien, ça se fait à deux!»

Elle aura son assemblée d'investiture dans Gouin le 13 novembre. Or, Gouin, c'est le péquiste Nicolas Girard. Celui qui a fait tomber la «maison Tomassi». Au PQ, plusieurs auraient souhaité qu'elle brigue les suffrages dans Rosemont, actuellement détenue par l'indépendante Louise Beaudoin, qui ne compte pas se représenter.

Signe de la nervosité chez les souverainistes, M. Girard a fait une colère monstre à Stéphane Bergeron la semaine dernière. Ce dernier a donné l'impression d'appuyer Mme David lorsqu'il a participé, mercredi soir, à une assemblée citoyenne de QS à Québec. Le lendemain, M. Bergeron déplorait d'ailleurs que Françoise David «s'entête à se présenter dans Gouin». Elle réplique: «Gouin, c'est mon comté et mon quartier depuis 32 ans. Un noyau solide vote déjà pour moi, 32 %. Et depuis que je m'y présente, les votes de monsieur Girard diminuent en chiffres absolus. [...] Pourquoi irais-je ailleurs?»

Elle dit reconnaître la valeur du député. «Je ne fais pas campagne contre Nicolas, mais pour une vision différente de la souveraineté, de la société», insiste-t-elle. Et cette vision colle de plus en plus au «nouveau Gouin», qui, selon elle, prend graduellement les caractéristiques de Mercier. «Les gens sont tannés du Parti québécois», dit-elle. «Ils ont envie d'autre chose. [...] La loi 204 [sur l'amphithéâtre de Québec], dans mon comté, ça ne passe pas! D'ailleurs, Nicolas Girard l'a bien compris. Il a voté contre. Il a eu beau faire ça, son parti a voté pour!»

Elle critique la «gouvernance souverainiste», une façon «ancienne» de faire la souveraineté, «de l'époque du lac Meech». À quoi elle oppose sa vision: «Une démarche vers la souveraineté, c'est bien autre chose que ça, c'est redonner à l'idée même de pays tout son sens. [...] C'est dire aux gens: [...] il y a un objectif: on veut vivre mieux, on veut plus de solidarité sociale, on veut un développement économique vert, plus d'égalité, on veut vraiment une politique culturelle [...]. On veut la préservation et le développement de la langue française. Ça commence dans les milieux de travail. Moi, je n'entends jamais le PQ parler comme ça.»

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