Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Le rapport Duchesneau a fait chuter la popularité du PLQ

Le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir donne la mesure de l’impact qu’a eu pour les libéraux de Jean Charest le rapport de Jacques Duchesneau sur l’industrie de la construction. Seule la tenue d’une commission d’enquête publique semble maintenant pouvoir améliorer l’image de Jean Charest.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir donne la mesure de l’impact qu’a eu pour les libéraux de Jean Charest le rapport de Jacques Duchesneau sur l’industrie de la construction. Seule la tenue d’une commission d’enquête publique semble maintenant pouvoir améliorer l’image de Jean Charest.

Jean Charest paie directement — et fortement — le prix des révélations du rapport de Jacques Duchesneau. La mise en lumière par l'ancien policier d'un système organisé de collusion à grande échelle dans le monde de la construction a ainsi fait fondre les intentions de vote des Québécois en faveur des libéraux. Seule porte de sortie pour le premier ministre: la tenue d'une commission d'enquête, qui pourrait avoir un certain impact positif pour lui.

C'est ce qu'indique un sondage Léger Marketing réalisé pour Le Devoir et The Gazette les 11 et 12 octobre. Le précédent coup de sonde de la firme, en septembre, avait été mené juste avant que le rapport Duchesneau ne soit divulgué dans les médias, et ne tenait donc pas compte de son impact. Or, celui-ci se révèle très important.

En excluant le futur parti de François Legault, les libéraux de Jean Charest auraient récolté 26 % des appuis si des élections avaient eu lieu il y a une semaine. Jamais les libéraux ne sont descendus aussi bas dans les pointages de la firme depuis qu'elle propose un baromètre mensuel des intentions de vote — soit depuis les élections de 2007.

Les libéraux perdent cinq points par rapport au sondage de septembre. «C'est l'impact direct des révélations de Jacques Duchesneau», dit Christian Bourque, vice-président chez Léger Marketing. Le Parti québécois (PQ) est quant à lui incapable de profiter des circonstances. À 25 %, il perd même un point par rapport à septembre. L'ADQ gagne deux points (18 %), Québec solidaire aussi (11 %). Les verts montent de 1 %.

«Cela démontre que l'ancien modèle des vases communicants n'existe plus, pense M. Bourque. Une baisse des libéraux ne veut plus dire une hausse pour le PQ, et vice versa. Dans le cas présent, tout le monde en profite, sauf les péquistes.» La chute de cinq points des libéraux est jugée «très significative» par M. Bourque. «C'est la première fois depuis mars que le parti passe sous la barre des 30 %», rappelle-t-il.

L'impact du rapport Duchesneau se fait aussi sentir dans la mesure du taux de satisfaction à l'égard du gouvernement Charest. Les libéraux ont perdu en trois semaines tous les points grappillés depuis le mois d'avril, et retrouvent aujourd'hui les seuils du printemps: 21 % de satisfaction, contre 73 % d'insatisfaction. «Ils viennent d'effacer six mois de travail», dit M. Bourque. Ce dernier explique le recul autant par «le contenu du rapport que par l'absence d'une réponse de M. Charest».

Les nouvelles sont encore plus mauvaises pour Jean Charest quand on ajoute dans l'équation François Legault et la Coalition pour l'avenir du Québec, dont la mutation en parti politique devrait se faire d'ici trois semaines. M. Legault a toujours le vent dans les voiles et monte à 36 %, en hausse de deux points depuis septembre. Il s'agit de son meilleur résultat enregistré par Léger. Les libéraux suivent loin derrière à 22 %, le PQ est à 18 % et l'ADQ à 9 %. M. Legault est donné gagnant dans toutes les régions, et c'est aux adéquistes (-9 %) et aux péquistes (-7 %) qu'il fait le plus mal.

Sans surprise, François Legault est aussi la personnalité qui ferait le meilleur premier ministre, selon 39 % des répondants. Jean Charest arrive deuxième avec 24 %, alors que Pauline Marois se situe à 16 %. Avant répartition, 38 % des gens disaient toutefois ne pas savoir quoi répondre à cette question.

Vivement une commission

Dans le contexte, la demande pour une commission d'enquête sur la corruption dans le monde de la construction demeure toujours aussi forte. Plus des trois quarts (77 %) de la population se dit favorable à une telle proposition, un taux qui était sensiblement le même en février 2010. L'appui avoisine les 90 % chez les électeurs péquistes, adéquistes et solidaires. Données importantes: les libéraux sont eux-mêmes majoritairement favorables, à 57 %.

Lors de son témoignage en commission parlementaire à Québec le 27 septembre, Jacques Duchesneau avait suggéré au gouvernement Charest de lancer une commission d'enquête publique qui serait précédée d'une première phase à huis clos. Or, les Québécois préféreraient largement une commission ouverte au public dès le départ (72 %).

Si un tel exercice se tient, les Québécois estiment que c'est le Parti libéral qui aurait le plus à perdre (31 %), devant les entreprises de construction (20 %), la FTQ-Construction (15 %) et les firmes de génie-conseil (7 %).

Toutefois, 25 % des répondants soulignent aussi que le simple geste de déclencher une commission d'enquête pourrait avoir un impact positif sur leur opinion au sujet de Jean Charest. Pour la moitié des gens, cela n'aurait aucun impact, et 12 % disent que l'impact serait négatif.

Cela veut dire «que la joute n'est pas perdue pour Jean Charest, pour autant qu'il prenne une décision ferme sur la commission, pense Christian Bourque. S'il agit dans le sens de la volonté de la population, tout n'est pas perdu.»

Le sondage a été réalisé auprès de 1005 personnes interrogées les 11 et 12 octobre. Un échantillon probabiliste de cette taille aurait une marge d'erreur de 3,1 points, 19 fois sur 20.

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