Pauline Marois aux militants péquistes: «Je ne vous ai jamais lâchés»

Pauline Marois s'adressant aux militants du Parti québécois.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pauline Marois s'adressant aux militants du Parti québécois.

Drummondville — Alors que son son parti est soumis au «supplice de la goutte» des démissions en cascade de membres d’exécutif, Pauline Marois a lancé ce matin à ses militants qu’elle, elle ne les a «jamais lâchés».

Elle prenait la parole ce matin au Conseil national de son parti à Drummondville dont le thème principal était les ressources naturelles. «Depuis plus de trois mois, je suis sur le terrain, dans les médias, je suis au front. J’ai encaissé toutes les critiques, tous les commentaires, toutes les caricatures. J’ai défendu notre parti, nos députés et vous, les militants. Heure après heure, jour après jour, je n’ai jamais lâché, je ne vous ai jamais lâchés», a déclaré la chef péquiste. 
 
Avec une émotion contenue, la chef péquiste s’est confiée :«Des fois, je me demande pourquoi je fais tout ça.» Elle a répondu à sa propre question en soutenant qu’en ces moments de remises en question, elle pensait aux Québécois et plus spécifiquement «à ceux qui ont de la misère avec leurs fins de mois», à celles qui «élèvent seules deux ou trois enfants», aux «aînés qui voudraient pouvoir vieillir chez eux» et aux militants péquistes. À ses yeux, ces derniers forment encore «le plus grand mouvement politique du Québec». En somme selon elle, «ceux qui ont voulu détruire le Parti québécois ont échoué».
 
Legault, pantin de Quebecor?

La chef péquiste a réservé plusieurs de ses flèches à son ancien collègue François Legault et ce qu’elle a qualifié de «parti fantôme», sa Coalition pour l’avenir du Québec. 
 
À ses yeux, le co-fondateur de la CAQ a dans un premier temps omis de faire d’une enquête publique sur l’industrie de la construction une priorité. Ensuite, vint le rapport Duchesneau. À ce moment, M.  Legault s’est mis à «louvoyer: Enquête publique, enquête à huis clos, enquête semi-publique / semi-privée…» 
 
Mme Marois a rappelé qu’elle rejette l’hypothèse d’une enquête qui ne serait pas publique. Dans une autre attaque contre M. Legault, la chef péquiste a rappelé une déclaration fortement souverainiste de ce dernier datant de 2007 : «À partir du moment où on a fait la démonstration que le Québec, comme province, est ingouvernable, il faut être cohérent. Il ne faut pas s’engager à gouverner l’ingouvernable.» Mme Marois s’est dite parfaitement en accord avec cette affirmation avant de lancer: «Faut être cohérent. Ce n’est jamais une bonne idée en politique de mettre nos conviction de côté, de virevolter au gré du vent.»
 
D'Ottawa

Concernant la coalition Legault-Sirois, le secrétaire du SPQ-libre et militant du PQ de Marguerite-D’Youville, Pierre Dubuc, a soutenu qu’elle était «télégraphiée d'Ottawa par l'intermédiaire de Péladeau». Dans une déclaration surprenante à l’entrée du Conseil national, le rédacteur en chef de l’Aut’journal a soutenu que «l’empire Québécor» a fait mousser la CAQ «depuis le début». 
 
D’autre part, selon lui, «Québécor marche main dans la main avec Harper avec Sun Media au Canada anglais. On l'a vu dans la dernière campagne électorale fédérale. C'est sûr que l'objectif de Legault c'est de torpiller le Parti québécois. Il est avec les gens d'affaires de Bay Street qui appuient sa démarche. Je pense que c'est très clair, on a vu des articles dans la revue The Economist qui étaient très clairs sur l'objectif de Legault avec son ami [Charles] Sirois des milieux bancaires. Ce qui les intéresse surtout, c'est qu'ils mettent de côté la question de l'indépendance».
 
Dans  son discours de présentation de ce conseil national — d’une durée exceptionnel d’un jour seulement — de Mme Marois devant les militants, le président du parti Raymond Archambault a salué le travail du SPQ-libre, de M. Dubuc et du président Marc Laviolette. Même si ce club politique avait perdu «son statut» — en mars 2010 —, il n’a pas pour autant perdu «sa stature», a lancé M. Archambault.
 
Tremblement de terre et répliques

Plus tôt, Raymond Archambault avait commenté la dernière démission au PQ, celle de Philippe — dit «Citoyen» — Leclerc, le président de l’assemblée péquiste de Mercier et ancien candidat dans Saint-Laurent. Aux yeux de M. Archambault, il y a eu un «tremblement de terre» au PQ en juin dernier lorsque les Beaudoin, Curzi, Lapointe et Aussant ont démissionné. Les départs plus ou moins bruyants de plusieurs présidents d’association — dont Philippe Leclerc et François Lemay, de Saint-Henri-Sainte-Anne — et de région —d ont celle de Montréal-Centre, Atim Léon —, sont selon M. Archambault des «répliques» de ce tremblement de terre.
 
Au sujet des démissions en cascades, le député de Drummond Yves-François Blanchet a lancé :«J'ai l'impression que ça achève!» Selon lui, celles-ci étaient prévisibles et préméditées: «L'avantage qu'il y a à le faire un par semaine, c'est que tu as ton nom dans le journal quatre fois au lieu d'une. À un moment donné, ça va arrêter. Nous on va faire ce qu'on a à faire, et on va avancer vers nos objectifs», a-t-il tranché. 
 
Les médias auraient une «partie de responsabilité» dans les démissions en cascade, a aussi soutenu le député de Roberval, Denis Trottier. D’ailleurs, au moment d’écrire ces lignes, Pauline Marois n’avait prévu aucune conférence de presse, contrairement à l’usage lors de conseils nationaux.
 
Au sujet des dernières démissions, le président du SPQ-libre Marc Laviolette, qui a connu plusieurs revers au PQ, mais en est demeuré membre, a soutenu qu’il y avait une sorte de syndrome de la démission au PQ, qu’il a qualifié de «défaut»: «Il y a des choses qui se passent, ils ne sont pas contents et ils s’en vont. Je trouve ça absolument triste. Mais il ne faut pas traiter ça avec désinvolture», a-t-il nuancé.
 
Colonie française

En assemblée plénière consacrée aux Ressources naturelles, l’ancien président des scientifiques d’Hydro Québec, Jean-Marc Pelletier, a pourfendu ce qu’il a qualifié de «stagnation» de la société d’État. Selon lui, depuis une quinzaine d’année, Hydro-Québec a raté plusieurs occasions d’embrasser des innovations importantes comme celle du moteur-roue. La seule stratégie d’Hydro est de construire plus de barrage afin d’exporter l’énergie aux États-Unis, mais selon lui, l’ère de l’exportation rentable tire à sa fin. 
 
Le président de l’organisme écologiste Maître chez Nous XXIe siècle, Daniel Breton a pour sa part repris son discours selon lequel «sans indépendance énergétique, pas d'indépendance économique; et sans indépendance économique, pas d’indépendance politique». À la veille d’un autre départ de Jean Charest pour l’hexagone, M. Breton a soutenu que les stratégies libérales en matière d’énergie profitaient énormément aux multinationales étrangères comme Gaz de France, Aréva, EDF, Véolia, Bolloré, Total. «J'ai l'impression qu'on est en train de redevenir une colonie française», a-t-il pesté.
 
Lors d’une présentation de députés au sujet de la question des ressources naturelles, plusieurs péquistes ont été surpris de constater l’absence sur la tribune de Bernard Drainville, pourtant porte-parole du Parti québécois en matière de «développement et d'indépendance énergétique». À son entrée au Conseil national en matinée, M. Drainville avait dit comprendre que l’étude du thème des réformes démocratiques — objet de son rapport rendu public à la mi-août — ait été repoussé au prochain conseil national, en novembre.
 
Enfin, le conseil national s’est terminé par un hommage aux 35 années de vie parlementaire de François Gendron, élu sans interruption depuis 1976 dans Abitibi-Ouest. M. Gendron est troisième vice-président de l'Assemblée nationale.
 
Le Devoir
41 commentaires
  • Marc Bineault - Inscrit 1 octobre 2011 18 h 32

    Débarrassons-nous des mutins !

    Il est préférable de voir partir des membres qui ne pensent qu'à eux. Qui se croient les porteurs de la vérité. Qu'ils aillent dans les autres partis et grand bien leur fasse. Le PQ avec Pauline Marois est plus rationnel et démocratique que bien d'autres même les partis-fantômes à la Legault. Opportuniste et démagogue s'il n'en est un ! Toute cette chicane ne fait que l'affaire des autres partis. C'est d'une tristesse ! Un retour du néo-libéralisme est dorénavant prévisible avec la bénédiction de certains anciens péquistes !

  • tohi1938 - Inscrit 1 octobre 2011 18 h 42

    Je ne vous ai jamais lâchés!

    Comme c'est dommage, nous n'en serions pas là!

  • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 1 octobre 2011 18 h 44

    Une ouverture

    Pourquoi Mme Marois tient-elle tant à n’avoir qu’une seule option : la gouvernance souverainiste?

    Il est possible en même temps de viser la gouvernance souverainiste et de préparer la souveraineté par des mesures comme celles de la proposition Crémazie. Ce ne sont pas des notions contradictoires bien au contraire.

    Beaucoup de souverainistes déçus n’attendent qu’une ouverture en ce sens.

  • Nestor Turcotte - Inscrit 1 octobre 2011 19 h 18

    LÂCHÉ(S) ....QUI A LÂCHÉ ?

    Si Pauline n'a jamais lâché le PQ (avec sa gouvernance souverainiste dans le fédéralisme CANADIEN) il y a toute une gang de militants qui l'ont lâchée.

    Il restE 17 % au PQ selon les sondages.

    Ces gens ne peuvent pas tous avoir tort...

  • Michel Richard - Inscrit 1 octobre 2011 19 h 53

    message de perdant


    Je vous ai pas lâché . . .

    Et c'est, comme toujours, la faute des autres: le fédéral, The Economist, Péladeau, Gaz de France, Legault etc . . .

    On est rendu loin ! Que de mégalomanie ! Est-il vraiment possible que les déboires du Parti Québecois soient dus, même en toute petite partie, à la revue The Economist, ou à Gaz de France ?

    Non.

    On voit des naufragés qui essaient de se sauver en s'agrippant à des bouts de paille.