Enquête sur la construction - Charest refuse la demande des élus municipaux

Québec — Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, a exhorté Jean Charest à assumer ses responsabilités de chef d'État en lançant sans plus attendre une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction. Mais il s'est montré fort déçu de la réponse du premier ministre, qui a refusé de s'engager dans cette voie.

«Dans ce contexte où la collusion, l'intimidation et la loi du silence sont érigées en système — un système dans le système, comme le dit M. Duchesneau —, il est de votre devoir, comme chef d'État, de mettre fin à cette dérive de nos valeurs, d'éradiquer cette gangrène qui menace nos institutions et qui finit par dévaloriser nos fonctions d'élus», a livré, hier, Bernard Généreux devant quelque 3000 représentants du monde municipal, dont 2000 élus qui l'ont chaudement applaudi lors des assises annuelles de la FQM.

«Je n'accepterai jamais que les membres de la FQM soient traités de pourris et de mafieux! Comment faut-il vous le dire, Monsieur le Premier Ministre? Ça prend une enquête publique», a-t-il imploré avant que Jean Charest adresse la parole à l'auditoire.

Le premier ministre s'est contenté de s'engager à donner suite au rapport de l'Unité anticollusion (UAC) de Jacques Duchesneau, mais en respectant «trois critères»: protéger la preuve recueillie par les policiers et continuer à l'alimenter, faire en sorte que des accusations puissent être portées et, enfin, protéger les victimes. En aucun temps le premier ministre n'a mentionné la nécessité d'informer la population.

«Je vous donne l'assurance aujourd'hui que tous les efforts seront faits, que toutes les pistes seront explorées», a affirmé Jean Charest dans son discours.

Parmi ces pistes ne figure pas la nomination d'un procureur spécial, comme l'a avancé un chroniqueur de Quebecor; cette avenue n'a jamais été envisagée par le gouvernement, a-t-on confirmé au Devoir. Pour ce qui est d'informer le public, on compte sur l'obligation faite à l'Unité permanente anticorruption (UPAC) de livrer publiquement, deux fois l'an, un aperçu de la situation.

«Je vous invite à marcher la tête très haute, a lancé Jean Charest aux élus municipaux. Il n'y a pas un métier plus noble, il n'y a pas un métier plus passionnant que celui d'être un élu.» Malgré le contexte actuel, «il ne faut surtout pas tomber dans le piège de peinturer le monde municipal comme si les gens étaient autre chose que des gens passionnés, nobles et honnêtes».

Mais pour Bernard Généreux, la situation dans laquelle se retrouvent les élus municipaux — particulièrement visés d'ailleurs par le rapport Duchesneau — est «intenable».

«Bien sûr qu'on est déçu qu'il [le premier ministre] nous ait dit non, a reconnu le président de la FQM dans un point de presse. Il me semble que la situation est claire, que la question est claire et il faut que la réponse soit claire. Tant que cette réponse ne sera pas claire, on va continuer de vivre le traumatisme politique et le traumatisme social dans lequel on est.»

L'inertie du gouvernement Charest est «dommageable», selon Bernard Généreux. «On n'a plus de temps à gaspiller», juge-t-il. C'est «le supplice de la goutte»: chaque semaine qui passe apporte son lot de révélations sur des irrégularités ou de la malversation. «Quand on est rendu à faire des élections à contrat, je pense qu'on est rendu loin», s'est indigné M. Généreux, qui faisait référence aux révélations de Jacques Duchesneau sur le phénomène des élections clé en main.

«M. Duchesneau a été très clair: lui, il ne continuera pas [dans ses fonctions actuelles] s'il n'y a pas de commission d'enquête. C'est la police qui le dit», a poursuivi le président de la FQM.

Après Jean Charest, ce fut au tour de la chef du Parti québécois, Pauline Marois, et du chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, de s'adresser aux membres de la FQM.

«Je sais que vous êtes tannés d'entendre parler de corruption, de collusion, de commission», a dit Pauline Marois. «Depuis deux ans, ce sont tous les élus du Québec qui sont dans le collimateur, dans une atmosphère de soupçon généralisé, a déploré la chef péquiste. Tant que nous n'aurons pas nettoyé cette atmosphère en faisant toute la lumière, ça va continuer.»

Gérard Deltell a rappelé que l'ADQ fut la première formation politique à réclamer une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction. La tenue de cette commission est «urgente» et ne nuira en rien aux enquêtes policières, a-t-il soutenu.

Carte électorale


Bernard Généreux a déploré le fait que les députés ne soient pas arrivés à s'entendre sur la nouvelle carte électorale. Il a qualifié la disparition prochaine de trois circonscriptions en région de «sacrifice innommable sur l'autel de la partisanerie».

Or, Jean Charest a soutenu qu'il existait une solution, critiquant les partis oppositions de l'avoir reportée au printemps dernier. Présent aux assises de la FQM, le ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Yvon Vallières, a confirmé, hier, qu'il revenait à la charge avec le projet de loi 19 qui protège les trois circonscriptions menacées et porte à 128 le nombre d'élus à l'Assemblée nationale.

Le Parti québécois est disposé à appuyer cette solution temporaire si le gouvernement s'engage à appliquer une formule permanente. Mais Gérard Deltell, dont la formation avait refusé d'appuyer ce projet de loi, a répété, hier, devant les membres de la FQM, que la position de l'ADQ n'avait pas changé: il n'est pas question d'accepter une hausse du nombre de députés.
62 commentaires
  • P. Boutet - Inscrit 30 septembre 2011 01 h 26

    Un métier noble fait par des gens honnêtes

    "Il n'y a pas un métier plus noble, il n'y a pas un métier plus passionnant que celui d'être un élu.» Malgré le contexte actuel, «il ne faut surtout pas tomber dans le piège de peinturer le monde municipal comme si les gens étaient autre chose que des gens passionnés, nobles et honnêtes»."

    Monsieur Charest, allez-vous déclencher une élection avant qu'une commission d'enquête ne soit déjà en marche depuis quelques mois?

  • Donald Bordeleau - Abonné 30 septembre 2011 01 h 26

    Notre noble PM, marche la tête haute en regardant son petit peuple disait Monsieur Jean Charest.

    Maintenant il semble que Monsieur Jean Charest est rendu au bout du rouleau.

    Ce sont maintenant les maires des municipalités qui se lèvent debout, qui d'autre aura le courage d'aller à l'assemblée Nationale demain pour rencontrer Monsieur Jean Charest et Harper et réclamer une enquête sur la collusion et la corruption.

    Monsieur Généreux vous allez probablement rendre un grand service au Québéçois si vous allez à l'Assemblée Nationale demain.

    Merci de parler d'une même voix.



    C'est simple lui écrire.

    https://www.premier-ministre.gouv.qc.ca/premier-ministre/joindre-pm/courriel.asp


    Maintenant il semble que Monsieur Jean Charest est rendu au bout du rouleau.

    Ce sont maintenant les maires des municipalités qui se lèvent debout, qui d'autre aura le courage d'aller à l'assemblée Nationale demain pour rencontrer Monsieur Jean Charest et Harper et réclamer une enquête sur la collusion et la corruption.

    Monsieur Généreux vous allez probablement rendre un grand service au Québéçois si vous allez à l'Assemblée Nationale demain.

    Merci de parler d'une même voix.

    Il semble que l'arme de guerre pour faire avancer les choses au Québec sera la DÉLATION.

    Bravo Madame Chantal Rouleau pour votre courage et votre cri du coeur, en espérant que d'autres maires vont suivre votre exemple.


    Cela m'écoeure ce qui se passe au Québec, et cela va continuer.

    Le bordel du MTQ et à la RBQ, et à l'ACQ et à la CCQ ont encore beaucoup de travail à faire pour obtenir un peu de crédibilité maintenant.On semble bouger rapidement à l'CCQ, le pire reste à faire.

    Les Entreprises de T. Accurso continue a en mené large malgré les multiples infractions de ces entreprises pour ne pas payer des impôts avec de fausses factures et travail au noir. Il s’occupe présentement des fondations du CSUM en toute impunité. Il est encore gagnant pour les contrats de la Romaine et autres.

    Un messi fera probablement un jour le ménage de l'

  • Yves Côté - Abonné 30 septembre 2011 02 h 16

    Les assurances de Jean Charest...

    "Je vous donne l'assurance que..."
    Que vaut une assurance donnée lorsqu'elle vient de quelqu'un qui ne sait faire autre chose que de la mascarade ?
    Les assurances de Jean Charest ne valent rien. Pas plus que les promesses qui suivent ses assurances...
    La seule chose de lui qui pourrait avoir une valeur pour les démocrates, c'est une une enquête policière sur le sujet et ensuite, une enquête publique.
    Mais de cela, il ne veut à aucun prix.
    Sa stratégie est de gagner du temps et d'attendre la fin de son mandat électif pour jouer, encore une fois, la rengaine habituelle. Celle du chèque en blanc des électeurs pour contrer le "danger imminent que représente le séparatisme"...
    Faisons donc en sorte que son idée ne marche pas cette prochaine fois.

  • Pierre Gadoury - Inscrit 30 septembre 2011 03 h 25

    NOS ÉLUS MUNICIPAUX

    Nos élus municipaux...
    Je les ai vu, solidairement, reformuler leur demande au Premier Ministre Charest : " Son Auguste Lui-Même daignerait-il leur accorder enfin cette fameuse enquête publique que chacun réclame ?

    Presque à genoux, ils attendaient...

    Suite à sa réponse habituelle, il se sont poliment tus.

    Comme j'aurais aimé les voir se lever !
    Comme j'aurais aimé les entendre scander sans fin: "Une enquête publique" !
    Comme j'aurais aimé sentir chez eux toute la puanteur que Charest inspire !
    Comme j'aurais voulu les voir prendre fermement position au point de le reconduire jusqu'à la porte (la porte de sa limousine) !

    Si nous élus y ont pensé, en tous cas ils n'ont pas bronché.

    Que de décorum pour ce dernier Premier Ministre qui méprise tant les québécois ! Que de politesse pour ce délinquant notoire qui a perdu toute crédibilité et toute dignité en tant que chef d'état !

  • JAFA43 - Inscrit 30 septembre 2011 04 h 53

    commission enquête publique sur la construction?..

    *M.CHAREST ne veut peut-être pas avoir une enquête publique sur la construction?...
    parce que peut-être certaineS personneS de son entourage baigne dans la corruption?...
    *PS:*je,Pense que M.JEAN CHAREST est Honête...
    JAFA43...