Rendre les firmes de génie-conseil imputables

Jacques Duchesneau estime que les firmes de génie-conseil devraient être imputables de leurs décisions professionnelles.

Lors de son témoignage hier en commission parlementaire, le directeur de l'Unité anticollusion a répété l'importance qu'il fallait accorder à cette question. L'omniprésence des firmes de génie-conseil dans toutes les décisions liées aux projets menés par le ministère des Transports a d'abord fait dire à M. Duchesneau qu'il «n'est pas normal d'avoir autant de responsabilités». «Est-ce prudent et efficace?», a-t-il lancé.

Il a notamment souligné que l'estimation des coûts de travaux était à 100 % entre les mains des firmes de génie-conseil sur le territoire de Montréal, et à 95 % dans les autres régions administratives.

Puis, en soirée, M. Duchesneau est revenu à la charge avec cette idée après avoir raconté un problème concret qui a été soumis à l'analyse de son équipe. Une firme avait évalué le travail d'abattage à 10 arbres. Une fois le contrat obtenu, le nombre d'arbres est passé à 300. «Les firmes devraient être imputables d'erreurs grossières», a affirmé Jacques Duchesneau.

À l'heure actuelle, seuls les ingénieurs sont assujettis au code de déontologie de l'Ordre des ingénieurs. Les personnes morales n'ont pas d'obligations. En Alberta, les firmes de génie sont redevables devant l'ordre professionnel.

Jacques Duchesneau a mis en garde les parlementaires contre la dépendance du ministère des Transports (MTQ) envers les firmes privées. La perte d'expertise est majeure, tant et tellement que la plupart des ingénieurs savent de moins en moins ce qui se passe sur les chantiers et que le ministère s'est accommodé du départ de ses dirigeants vers le secteur privé, a-t-il indiqué.

Pour lui, il est clair que le ministère doit réembaucher du personnel. Il a toutefois estimé qu'il faudrait de cinq à dix ans pour récupérer 25 % de l'expertise.

Si Jacques Duchesneau a pointé des lacunes dans la gestion du MTQ, il a aussi souligné que les failles peuvent être corrigées. «Le moment de vérité est d'abord politique», a soutenu le directeur de l'Unité anticollusion.

Ce dernier a également mentionné que le problème se situe également dans le monde municipal, surtout dans les municipalités qui n'ont pas de service d'ingénierie développé. Or, c'est la quasi-totalité des municipalités qui dépendent presque entièrement des firmes de génie-conseil. C'est notamment le cas de Laval, la troisième ville du Québec.

Contrôle des chantiers

Du côté de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec, on se réjouit du témoignage de M. Duchesneau. «Il a très bien circonscrit le problème. Le contrôle des chantiers, c'est le nerf de la guerre. M. Duchesneau vient de renforcer ce que l'on dit depuis des années», a commenté hier soir le leader syndical Michel Gagnon.

Ce dernier a rappelé que les 400 ingénieurs du MTQ représentent une dépense annuelle globale de 35 millions. «En comparaison, les services privés de génie ont coûté 360 millions. Est-ce qu'il y a 4000 ingénieurs sur le terrain? Bien sûr que non!», a laissé tomber M. Gagnon pour qui cela illustre à quel point les firmes empochent de gros sous.

D'ailleurs, une importante rencontre a lieu aujourd'hui réunissant le Secrétariat du Conseil du trésor, la sous-ministre des Transports, des représentants du ministère des Services gouvernementaux ainsi que trois syndicats du gouvernement (ingénieurs, fonctionnaires et professionnels) affectés par la sous-traitance. «On ne parlera pas seulement de coûts de main-d'oeuvre, a assuré Michel Gagnon. Le rapport et la comparution de Jacques Duchesneau seront au coeur de nos discussions.»

Pour ce qui est de la proposition de M. Duchesneau de mettre en place une commission d'enquête à huis clos, sans pourtant nier une éventuelle étape publique, M. Gagnon maintient que l'analyse doit être faite afin de corriger le tir.

L'éthicien Yves Boisvert, professeur à l'École nationale d'administration publique (ENAP), estime que M. Duchesneau vient d'offrir une occasion de compromis au gouvernement libéral de premier ordre alors qu'en politique, il est très difficile de changer d'idée.

«Si l'objectif est vraiment de fermer le robinet aux abus, trouvons un compromis. Pour dénouer l'impasse, M. Duchesneau fait une offre qui permet au gouvernement d'avancer sans perdre la face», a dit M. Boisvert.
20 commentaires
  • François Gagnon - Inscrit 28 septembre 2011 05 h 02

    Imputabilité des firmes de génie conseil

    Une très bonne idée mais si je ne me trompe l'Ordre des Ingénieurs du Québec (OIQ) s'y est toujours opposé. Une opportunité pour Mme Cohen présidente de l'OIQ de s'expliquer sur ce manque de juridiction hirtorique de l'organisme qu'elle dirige.

  • Jacques Thibault - Inscrit 28 septembre 2011 06 h 30

    Fermer le robinet

    Le bain déborde depuis quand...

    Bravo M.Duchesneau

    En 1993, je me posais une question. Si on parvient a effectué du payer cash lors de la rénovation du siège social d'd'Hydro-Québec que fait-t-on dans la rue? Le gouvernement fédéral me posait alors la question. Si je savais qu'il s'effectuait du travail au noir lors des travaux d'infratructures de lui en donné l'ampleur... Je ne pouvais pas répondre, je ne connais pas ce secteur. Maintenant nous pouvons tous répondre et c'est maintenant qu'il faut fermer le robinet, le bain a assez débordé...

    Jacques Thibault tuyauteur membre non initié du local 144

    Il n'existe plus de loterie clandestine organisée par le local 144 sur les chantiers industriels lourd depuis mars 2010... c'est ma petite victoire sur le local 144, reste maintenant le placement syndical...

  • VITRILLOLA - Inscrite 28 septembre 2011 06 h 38

    IMPUTABILITÉ

    Qui on doit punir pour avoir réingéneriser ce fiasco ?

    "Duchesneau a toutefois estimé qu'il faudrait de cinq à dix ans pour récupérer que 25 % de l'expertise perdue."

    Imputabilité est une chose, mais les coupables du fiasco doivent payer la note !

    Cela dit, Mme. Cohen qui est présidente de l'Ordre des Ingénieurs du Québec (OIQ) n'a plus le choix d'appuyer l'idée d'imputabilité des firmes de génie conseil ! Je doute qu'une autre alternative soit supérieur pour une solution au problème actuellement.

  • Alain M. Bergeron - Inscrit 28 septembre 2011 06 h 50

    Cessons de niveler par le bas !!!

    Bien que je ne sois qu'un simple travailleur autonome, toutes les fois que j'ai eu à réaliser des contrats, jamais je n'aurais osé dire à mes clients, suite aux ententes que j'ai négociés avec eux... Voici, je me suis trompé, pourriez-vous me dédommager pour mon erreur?

    Dans quel monde vivons-nous, je vous le demande?

    Je me permets cette anecdote personnelle...

    À l'âge de 27 ans, mon entreprise effectuait des travaux en sous-traitance pour Le Groupe Vidéotron, alors propriété d'André Chagnon et de son fils Claude. Bien que je travaillais avec passion et intégrité personnellement, mes employés ont facturé des travaux qu'ils n'avaient pas réaliser selon les normes ou qu'ils n'avaient tout simplement pas accomplis. J'ai évidemment été foutu à la porte. Malgré cela, j'ai réparé à mes frais tout ce que j'ai pu sans que l'on m'y oblige...
    Il m'a pris presque 7 ans avant d'admettre que j'étais le seul responsable de cette répercussion causée par mon manque de responsabilité à m'assurer de l'exactitude des travaux. Aujourd'hui, je ne peux que remercier publiquement Claude Chagnon pour cette action.

    Vous savez quoi, cette expérience a fait de moi une personne plus responsable et plus mature.

    Comment se fait-il que des compagnies, aujourd'hui rémunérées par les fonds publiques puissent, sans aucune pudeur ou sens du devoir, réclamer des dépassements de coûts aux frais des contribuables?

    Totalement inacceptable et irresponsable !!!

    Assez, c'est assez !!! Place à "l'imputabilité" et ce, à tous les niveaux!

    Alain M. Bergeron
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  • Fabien Nadeau - Abonné 28 septembre 2011 07 h 11

    Imputabilité

    Tout le monde, toutes les compagnies devraient être responsables, donc imputables, voyons. Pourquoi y aurait-il des intouchables? Qui les protège? Et pourquoi?