Construction - Charest sous pression

Jean Charest
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Jean Charest

Québec — Lancée il y a près de deux ans, la demande d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction risque de monopoliser les premières semaines de rentrée politique, qui s'effectue aujourd'hui à Québec.

Jean Charest a accepté l'idée, proposée par les partis d'opposition, que le directeur de l'Unité anticollusion, Jacques Duchesneau, vienne expliquer son rapport explosif devant les parlementaires à Québec. D'autre part, Pauline Marois a mis au défi le premier ministre d'affranchir les députés libéraux de la discipline de parti lorsqu'ils auront à se prononcer sur une motion réclamant la tenue d'une commission d'enquête. «Au Parti québécois, le vote sera libre. Je demande à M. Charest d'en faire autant, d'agir en démocrate, de libérer les députés libéraux de la loi du silence qu'il leur impose», a déclaré la chef du Parti québécois lors d'un point de presse hier après-midi à Montréal.

Pauline Marois a cru bon de lancer un message aux députés libéraux: «Vous devez agir en toute liberté. Votre vrai patron, ce n'est pas Jean Charest, c'est la population québécoise. [...] Nous avons tous été élus par les Québécoises et les Québécois. En dernière instance, notre ultime loyauté, qui transcende les partis, c'est notre loyauté envers la population québécoise», a-t-elle affirmé solennellement, les yeux rivés sur une caméra braquée sur elle. Selon la chef péquiste, plusieurs députés libéraux, «dans leur for intérieur», «n'en peuvent plus de se taire et de voter contre la population».

Paradis comme Lapierre?


Sans vouloir dire comment il voterait sur une éventuelle motion réclamant une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, le libéral Pierre Paradis, joint hier soir, a réitéré que si la pratique du vote libre «était bien balisée, ce serait bon pour la démocratie». C'est ce qu'il avait répondu au Journal de Québec récemment lorsque celui-ci lui avait demandé son avis sur le projet de loi 204 (sur l'entente Labeaume-Québécor concernant le nouvel amphithéâtre de la Capitale). M. Paradis soutient qu'il a la prétention d'avoir toujours voté librement. Il rappelle n'avoir osé voter différemment de son caucus qu'une seule fois en 30 ans, sur un enjeu local: le mont Orford. «Je regarde ça dans le rétroviseur et ça a pris deux ou trois lois pour revenir à ce que je voulais. En plus, au net, j'ai un Parc national agrandi!», note-t-il. Le vote libre bien balisé? «Cela signifie que ça ne doit pas faire tomber le gouvernement.» Il évoque un scénario: «Les péquistes pourraient bien transformer une motion sur l'enquête publique en motion de censure», auquel cas tout vote d'un libéral avec l'opposition deviendrait risqué. Mais il n'exclut rien. Avec le rapport Duchesneau, plusieurs ont changé d'idée: le commentateur politique et ancien ministre fédéral Jean Lapierre, par exemple, s'est déclaré la semaine dernière favorable à une commission d'enquête sur l'industrie de la construction, après avoir rejetée cette avenue pendant des années: «M. Lapierre est un de mes électeurs. Et je suis toujours à l'écoute de mon électorat», répond Pierre Paradis, un sourire dans la voix. À la fin de chaque vote, M. Paradis soutient qu'il s'interroge en ce sens: «Est-ce que je suis la courroie de transmission des volontés de Québec envers mon comté ou est-ce que je suis la courroie des volontés de mon comté envers Québec? Ça, c'est le Rubicon!»

Duchesneau au Parlement

Au reste, Jean Charest a dit hier voir d'un bon oeil une éventuelle comparution de Jacques Duchesneau au Parlement, devant la Commission de l'administration publique. Il a toutefois nuancé en soutenant qu'il fallait «baliser une affaire comme ça parce qu'on ne veut pas nuire aux enquêtes de police». À ses yeux, ce sera «aux parlementaires du comité de décider s'ils souhaitent l'entendre», a-t-il précisé lors d'un point de presse en marge de la rencontre environnementale Climate Week, à New York. M. Charest en a profité pour indiquer qu'il avait lu le rapport de M. Duchesneau.

Pauline Marois a pour sa part fait valoir que la comparution de Jacques Duchesneau «ne remplacera pas la tenue d'une commission d'enquête publique». «J'imagine que Jean Charest va venir l'écouter, cette fois-là. Il n'avait pas lu son rapport. Peut-être prendra-t-il le temps de l'écouter», a-t-elle lancé. Dans une déclaration lue, Pauline Marois avait auparavant expliqué que l'heure était grave: «Dans un moment semblable, les élus de la population doivent dépasser les lignes de parti et agir ensemble. Toutes les forces de la nation québécoise doivent être mises dans la balance pour combattre la corruption. Nous savons que le premier ministre du Québec s'obstinera jusqu'au bout s'il n'est pas acculé au pied du mur.»

Manifestations

Des manifestations se préparent dans plus d'une ville pour dénoncer le refus du premier ministre de tenir une commission d'enquête. Un travailleur autonome, Patrick Poirier, a lancé le «Mouvement du 24 septembre», par lequel il invite la population à aller manifester devant le bureau de Jean Charest à Montréal samedi. Joint hier, il a dit vouloir «faire une première manifestation qui créera une escalade, un effet boule de neige qui se terminerait à Québec, devant le parlement», dans quelques semaines. Dans un communiqué hier, M. Poirier a écrit que le Mouvement du 24 septembre était un collectif «citoyen non partisan» qui «ne possède pas de chef, ni de hiérarchie spécifique». Son modèle, soutient-il, est celui des Indignés en Espagne. D'ailleurs, «les membres de ce mouvement se sont trouvés par hasard à travers le réseau Twitter», spécifie-t-il. M. Poirier, historien de formation travaillant dans l'édition scolaire, a confié avoir déjà milité au Parti québécois, mais à la fin des années 80. Luc Lefebvre, une des autres personnes à l'origine de ce mouvement, est l'instigateur de Québec Leaks et milite au sein du Nouveau Mouvement pour le Québec, lancé cet été par des dissidents du Parti québécois, entre autres. D'autres manifestations sont en préparation à Québec et à Sherbrooke.

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Avec la collaboration de Marco Bélair-Cirino
Avec La Presse canadienne
46 commentaires
  • pilelo - Inscrite 20 septembre 2011 00 h 38

    le Mont Orford, un enjeu "local"?

    Décidément, nos élus ont de la vision! Les beaux parcs naturels de la province appartiennent à une région et non à tout le monde maintenant!

  • Jean Francois - Inscrit 20 septembre 2011 00 h 40

    Ras le bol du citoyen.

    M Charest s'en va a New-York, j'espere que les manifestants qui campent sur Wall Street vont lui donne un avant gout de ce se qui se prépare au Québec.

    Les politiques du néo-libéralisme qui ne passent juste plus.

    Que ce soit en Europe, en Afrique, en Amérique ou en Asie les politiques pros entité économique font descendre les gens dans les rue car on a compris que tout le pouvoir est transferer dans les mains des compagnie et que les compagnies ce qu'elles veulent c'est le profit. Tout le reste est pas important.

    Si une formule prouve qu'il est rentable de glisser une envelope brune pour décrocher un contrat alors la pratique est rentable.

    Si une formule prouve qu'en utilisant tel matériel au lieu d'un autre va permettre de plus gros contrat d'entrtien alors cette pratique deviens rentable pour les actionaires de la compagnie.

    Une compagnie privé na jamais pour but de rendre le meilleur service au plus bas prix !! Une compagnie privé

  • Jean Francois - Inscrit 20 septembre 2011 00 h 50

    La mission d'une compagnie.

    Une compagnie privé a comme objectif de faire le plus grands profit possible pour ces actionaires non d'offrir le meillleurs service au plus bas prix aux citoyens.

    Alors en réalité les compagnies de construction on seulement fait ce qu'ils croyaient le plus rentable pour leurs actionaires.

    Peut etre qu'on pourrais partir des cooperatives de construction qui auraient comme mission le meilleur service au meilleur prix ;)

    p.s. Si je parle des entreprises comme je le ferais d'un Homme c'est qu'ils ont les meme droit legal, sauf qu'ils on un impots maximum de 30%

  • Marcel Bernier - Inscrit 20 septembre 2011 02 h 43

    Tout a été dit...

    On se retrouve donc avec un gouvernement qui n’écoute pas la population du fait qu’il ne veut pas rendre compte de la provenance de sa caisse électorale. Eh bien, en attendant une commission d’enquête, on peut quand même commencer à retracer tous ces millions et faire les liens qui s’imposent.
    Il faudra, un jour, passer à autre chose, c’est-à-dire aux vraies affaires qui préoccupent la population québécoise plutôt que de se fier au gouvernement en place, grand maître ès diversion (gaz de schiste, plan pour développer le système minier, corruption, collusion et trafic d’influence dans l’octroi des travaux publics) pour camoufler son incurie dans le domaine de la santé, de l’éducation, des services sociaux, de l’économie. En fait, ce gouvernement est d’une nullité abyssale quand vient le temps de formuler des réponses adéquates aux problèmes auxquels nous faisons face en tant que société.

  • Annabella Durocher - Inscrite 20 septembre 2011 05 h 11

    La vaste corruption

    Moi, je travaille pour des PME et Hydro Qc. ainsi que Revenu Qc sont les pires en matière de pénalités, intérêts et frais de gestion. Rien pour aider les Entreprises du Québec qu'ils traitent comme de la merde au bout du fil téléphonique. Hydro Québec camoufle les intérêts en frais de toutes sortes, alors le tout devient une dépense pour Hydro Qc. et non un revenu. Hydro Qc. appartient à l'État alors, je crois qu'il serait aussi de mise que leurs livres comptables soit inspectés. En réalité, Charest n'a aucun pourvoir réel sur la corruption fait avec notre argent au niveau de l'État du Québec, il est juste l'homme a la tête de ce réseau de corruption. L'administration de sa grosse État, de ses gros projets bidons pour développer la corruption lui coûte cher alors sa lui prend du fric. Le projet de la Romaine va nous coûter combien ? C'est nous qui la payons la Romaine. Combien à coûté le nouveau système informatique de facturation à Hydro Québec, c'est nous qui le payons ce système.