Québec - Climat vicié pour la rentrée

Ils sont plusieurs à évoquer le paradoxe entre un gouvernement qui, d'une part, est accusé de gaspiller des millions en raison de la corruption et qui, d'autre part, procède à des coupes dans les budgets de tous ses ministères.
Photo: Clément Allard - Le Devoir Ils sont plusieurs à évoquer le paradoxe entre un gouvernement qui, d'une part, est accusé de gaspiller des millions en raison de la corruption et qui, d'autre part, procède à des coupes dans les budgets de tous ses ministères.

Après les conclusions du rapport Duchesneau, les nouvelles compressions de 800 millions, dont près des deux tiers en éducation et en santé, sont la goutte d'eau qui fait déborder le vase, estiment les syndicats et les partis politiques. Au cours de la fin de semaine, ils ont dénoncé le climat malsain dans lequel s'effectuera demain la rentrée parlementaire et se sont inquiétés du cynisme de la population à l'égard des récentes décisions du gouvernement Charest.

Ils sont plusieurs à évoquer le paradoxe entre un gouvernement qui, d'une part, est accusé de gaspiller des millions en raison de la corruption et qui, d'autre part, procède à des coupes dans les budgets de tous ses ministères. «C'est honteux de dire que ça coûte plus cher dans le transport et donc qu'il faut couper en éducation et en santé alors qu'au même moment, on a le rapport Duchesneau qui dit que les extras sont dus à de la corruption et à de la malversation», a déclaré Sylvain Gaudreault, député de Jonquière pour le Parti québécois.

«La population voit une contradiction flagrante d'un gouvernement qui dit qu'il va devoir couper, et ce même gouvernement gaspille des milliards en entretenant des rapports avec des grandes entreprises de construction et de génie-conseil», a renchéri pour sa part la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David.

Selon le président de la CSN, Louis Roy, le lien de confiance entre le gouvernement et le reste de la population est désormais très ténu. «Le niveau de confiance est très faible. Mais c'est le taux de cynisme qui m'inquiète. On se fie à la capacité du gouvernement de travailler pour nous, et non pas de travailler pour une poignée de personnes qui mettent de l'argent dans leur poche», a-t-il indiqué.

M. Roy s'attend à ce que le premier ministre annonce qui sera celui ou celle qui présidera la commission d'enquête sur la construction à l'ouverture de la nouvelle session parlementaire. «On demande au premier ministre de sortir du carcan dans lequel il s'enferme en disant que la police va faire ce travail [d'enquête]. C'est à l'État d'agir, à défaut de quoi les gens vont finir par ne plus avoir confiance en rien.»

Crainte pour les services

Pour la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), retrancher 350 millions dans l'administration de la santé sans toucher aux services est une utopie. «Si c'est le cas, le ministère de la Santé sera complètement paralysé», a fait savoir Régine Laurent, présidente de la FIQ, en rappelant qu'une réduction de 116 millions dans les dépenses administratives est déjà prévue au budget.

Même son de cloche à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), où l'on craint le pire devant ces compressions budgétaires en éducation et en santé. «J'ai un fort doute [sur le fait] que les services ne seront pas touchés, étant donné que nous constatons déjà les effets de la première vague de coupes dans plusieurs commissions scolaires et collèges», a soutenu le président de la CSQ, Réjean Parent. Comme d'autres, il remet en question l'acharnement du gouvernement Charest à atteindre le déficit zéro.

Le député péquiste Sylvain Gaudreault, aussi porte-parole de l'opposition en matière d'éducation au primaire et au secondaire, s'inquiète pour sa part des impacts sur la réussite des élèves que peuvent avoir ces nouvelles ponctions de 65 millions. Le ministère de l'Éducation a déclaré que celles-ci se feraient à même les surplus.

La Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) est perplexe. «Ça fait deux fois que le ministère nous dit que ça va être des coupures uniquement administratives, mais on sait que c'est parfois un technicien en travail social ou un agent de sécurité qu'on n'embauche pas. Ce sont des services aux étudiants», a dit Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ. Il ne s'étonne pas que le gouvernement n'ait pas annoncé des compressions dans les universités, un choix purement politique, selon lui.

Toujours en pourparlers avec le ministère de l'Éducation, la Fédération des cégeps a toujours espoir de faire diminuer le montant à retrancher de ses coffres et de minimiser l'impact de ces réductions sur les services aux étudiants. Citant les compressions de 31 millions que s'était vu infliger le réseau collégial plus tôt cette année, le président-directeur général de la Fédération, Jean Beauchesne, admet néanmoins que ces nouvelles coupes de 30 millions dans les cégeps sont un autre «gros morceau à avaler».

Appel à la révolte

Appelant à la révolte populaire version pacifique, Françoise David continue de réclamer des élections générales pour sonner le départ de Jean Charest. «L'opposition va se déchaîner sur lui à la période de questions, mais là, je me tourne vers mes concitoyens et concitoyennes pour dire qu'il est temps qu'on se fâche tous ensemble avec sérénité, fermeté et détermination. Il est temps qu'on dise non [...] et qu'on exige des changements en profondeur dans la culture politique», a-t-elle insisté. «Il y a eu un printemps arabe. Va-t-on avoir un automne québécois? J'aimerais bien voir ça.»

Le chef de l'Action démocratique du Québec (ADQ), Gérard Deltell, invite pour sa part les députés libéraux à aller frapper à la porte de leur chef, Jean Charest, pour «lui faire entendre raison». «C'est pas du mauvais monde, ils sont malheureusement pris en otage des décisions de leur chef. Mais ils peuvent lui dire qu'il est encore temps de changer d'idée pour une commission d'enquête», a noté M. Deltell. Au sujet des compressions dans l'administration de tous les ministères, il souligne toutefois qu'elles sont «un pas dans la bonne direction», pour autant que les réductions soient effectuées dans les services administratifs.

Le Conseil du Trésor a indiqué que cet «effort budgétaire» de 800 millions relevait d'une procédure normale d'ajustement qui survient en cours d'année financière. Cette fois, il est dû à des débordements de coûts notamment causés par les inondations en Montérégie et de moins grands revenus que ce qui avait été prévu.

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