Duceppe charge Charest et Legault

Gilles Duceppe<br />
Photo: Jacques Nadeau – Le Devoir Gilles Duceppe

Drummondville — Libéré d'un «devoir de réserve» qu'il s'imposait depuis 14 ans, Gilles Duceppe a lancé ce matin une vibrante charge contre le gouvernement Charest, qu'il accuse de «répandre le cynisme dans toute la société». Dans son premier discours depuis son retrait de la politique, M. Duceppe a aussi affirmé que le mouvement souverainiste «n'arrivera à rien» sans unité.

De passage au conseil général du Bloc québécois à Drummondville, M. Duceppe a indiqué qu'il «n'aime pas ce [qu'il] voit» sur la scène provinciale. «Le gouvernement Charest est usé, en bout de route, en train de répandre le cynisme dans toute la société, a-t-il dit. Il est incapable de gérer des infrastructures, de faire aboutir des projets, de faire face au gouvernement fédéral, de se tenir debout pour le français, incapable de poser le seul geste attendu de tous les Québécois: déclencher une commission d'enquête sur la construction.»

Paraissant en bien meilleure forme qu'au lendemain de l'élection, M. Duceppe a ainsi soutenu qu'il «est temps de changer ce gouvernement». La solution? Un gouvernement Marois, estime l'ancien chef bloquiste, qui a esquivé les questions concernant son intérêt à faire le saut sur la scène politique provinciale. Car de l'ex-péquiste François Legault, M. Duceppe dit qu'il a renié ses «convictions» et qu'il fait fausse route. «Ce n'est pas vrai qu'en laissant de côté la question nationale pendant 10 ans, elle va se régler toute seule.»

Cette réunion de quelque 200 militants et ex-candidats survient alors que le mouvement souverainiste traverse une crise sans précédent, embrasée par la débandade du Bloc le 2 mai. Gilles Duceppe y voit un danger réel. «Tant qu'on se chicane, tant qu'on se divise et qu'on se déchire, on n'arrivera à rien en allant au combat en ordre dispersé», a-t-il soutenu. «Nous devons nous unir [derrière le Bloc et le PQ]. Tous les souverainistes, de toutes les tendances, les pressés et les moins pressés. Il est temps de repartir au combat uni.»

Il a autrement lancé quelques pointes au NPD, dont il n'a toujours visiblement pas digéré la montée soudaine au Québec. «Ils nous parlent de faire de la politiquement autrement. Je leur accorde que de ne pas parler français, c'est différent. Et je leur accorde que de publier un communiqué de presse pour dire que les députés de la région de Québec n'ont pas de position sur l'avenir du chantier de la Davie, c'est assez nouveau.»

Fortin se présente

Un premier candidat a profité du conseil général pour se lancer dans la course à la succession de Gilles Duceppe: Jean-François Fortin, député-recrue de Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia, que M. Duceppe qualifie de «branché, compétent et énergique».

Âgé de 38 ans, père de trois enfants, M. Fortin a mené cet été une consultation qui l'a convaincu qu'il pourrait être «la meilleure personne pour relever le défi colossal» de rebâtir le parti. Son manque d'expérience serait même «un atout», parce qu'il «permet de prendre du recul et d'aborder la politique d'une nouvelle façon». M. Fortin a reçu l'appui d'une dizaine d'ex-députés du Bloc, dont Monique Guay, Richard Nadeau, Marc Lemay, Nicole Demers et Yves Lessard.

En conférence de presse, M. Fortin s'est présenté comme le «candidat du rassemblement, qui veut unir les bloquistes et les Québécois». Il a indiqué que les résultats du 2 mai «doivent servir de catalyseur et pousser [les bloquistes] à faire les choses d'une manière renouvelée». Il a parlé de «trouver des façons différentes de faire» de la politique, notamment en «rebranchant le parti de façon plus étroite sur la réalité quotidienne des communautés».

Il faudra «faire plus avec moins», dit-il, «utiliser une approche décentralisée valorisant la démocratie participative» et permettre aux citoyens de se «réapproprier le pouvoir de changement». Mais il faudra attendre la présentation de son programme dans les prochains jours pour comprendre comment ces intentions vont s'incarner.

L'autre candidate pressentie, Maria Mourani, annoncera ses intentions mercredi. Vendredi, elle indiquait au Devoir qu'elle était «certaine à 98 %» d'y aller.

Course automnale

En fin de journée, les militants ont approuvé le calendrier de la course à la chefferie proposé par l'exécutif. Le prochain chef sera donc nommé le 11 décembre, au terme d'un scrutin par la poste (chaque membre du Bloc devra faire trois choix — s'il y a trois candidats). Le coût de l'inscription a été fixé à 15 000 $, donc le tiers ira au parti.

La décision relative au calendrier en a toutefois déçu quelques-uns. Députée de Québec pendant 18 ans, Christiane Gagnon s'est présenté au conseil pour dénoncer cette proposition. «C'est trop précipité, a-t-elle indiqué. On aurait pu se donner du temps. C'est ce que veulent nos militants. Jean-François Fortin est un bon candidat, le problème n'est pas là: nous aurions pu et dû nous donner quelques mois pour revenir du choc électoral, pour comprendre ce qui s'est passé, pour discuter de l'avenir du Bloc à Ottawa. C'est dommage.»

L'ex-leader parlementaire du parti, Pierre Paquette, était lui aussi de cet avis. «La priorité devrait être de réfléchir sur les causes de la défaite et trouver de nouvelles façons de faire de la politique», pense-t-il. Mais M. Fortin affirme de son côté que les militants qu'il a rencontrés demandaient tous une course rapide. «Se choisir un chef n'est pas la fin, mais le début» de la réflexion, a-t-il soutenu. Gilles Duceppe était aussi en faveur d'un calendrier désignant un successeur avant Noël.

Selon la présidente par intérim du parti, Vivian Barbot, il y a eu quelques bons échanges autour de cette question, mais rien qui s'apparente à une «dissension».

43 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 17 septembre 2011 14 h 01

    Monsieur Duceppe a raison mais il a tord...

    Monsieur Duceppe a selon moi raison, "le mouvement souverainiste «n'arrivera à rien» sans unité".
    Mais Monsieur Duceppe a aussi tord selon moi, l'unité ne pourra plus se faire autour du PQ. La confiance des Québécois de 2011 dans ses représentants et sa capacité réelle de changement n'a plus rien à voir avec celle des Québécois des années 70-80.
    S'entêter à ne pas l'admettre, même par des amitié aussi compréhensibles que non-condamnables, ne fera qu'éloigner les électeurs de ces politiciens indépendantistes là qui disposent encore pourtant d'une respectable réserve de confiance. Chose qui n'aide en rien à construire l'unité tant voulue, bien au contraire.
    Le temps est à la remise à plat des concepts. Même de la part des gens qui méritent en tout notre respect et notre reconnaissance, tel Monsieur Duceppe à mon avis. Il faut accepter de faire table rase des institutions existantes qui ont vieillies et développées une "aristocratie" tenant son pouvoir d'un certain conservatisme de revendication qui tourne en rond depuis trop longtemps.
    Un temps de remise en question est toujours un temps d'angoisse pour qui tient les manettes, j'en conviens. Mais un temps de remise en question issu d'un peuple qui a besoin de changements politiques majeurs n'est non-seulement jamais perdu, mais toujours salutaire.
    (suite ci-dessous)

  • Yves Côté - Abonné 17 septembre 2011 14 h 02

    Monsieur Diceppe a raison mais... (suite)

    Pourquoi ?
    Mais tout simplement parce qu'après de nombreuses années de lutte, un temps de réflexion et de discussion arrive à être nécessaire pour recentrer sur lui-même le projet collectif de celui-ci. N'oublions pas qu'il est ici question d'un projet de société et que dans celui-ci une constante est si essentielle que sans elle tout s'évanouit, même si tous les autres ingrédients y sont : le partage d'un même rêve par les principaux concernés.
    Motivation obligée des électeurs qui m'apparaît dorénavant impossible à sortir du PQ par trop de certitudes de celui-ci à détenir ce projet commun d'indépendance qui nous lie, mais qu'il perçoit sans nuance comme sa propriété et sa chasse-gardée...
    La base de l'indépendance du Québec n'est plus ni les militants et encore moins les chefs du PQ, tel c'était avant 1995, mais le peuple francophone du Québec lui-même tout entier.
    C'est lui qui a presque réussi à se donner un pays cette années-là et qui mérite plus qu'une simple figuration dans son histoire.
    Ce que les membres du PQ et leurs représentants et idéologues ont fait en si peu d'années est peut-être unique dans le monde démocratique, ne l'oublions pas. Mais le temps est venu pour eux d'ouvrir les mains, de lâcher prise pour que le peuple tout entier s'empare du projet autant que du rêve.
    Il choisira ses chefs lui-même ensuite et surtout, selon ses propres prérogatives pour atteindre le but.
    Le PQ a vécu.
    Vive le Québec des Québécois libres !
    Vive le Québec des Québécois unis dans l'affranchissement de tout prêt à penser !

  • Normand Carrier - Inscrit 17 septembre 2011 14 h 55

    Toujours d'attaque .....

    Aussi très pertinent monsieur Duceppe et il vous faut parler librement et sans devoir de réserve ..... N'oubliez pas que des hommes comme vous sont toujours bienvenus dans le seul parti souverainiste véritablement en position pour prendre le pouvoir et faire l'indépendance .... Beaucoup souhaitent que vous joignez le PQ .....

  • Claude Kamps - Inscrit 17 septembre 2011 14 h 58

    Il est temps qu'on change le 45 tours...

    Depuis 1970 les souverainistes ont eu le temps de prendre en mains la destiné du Québec deux fois, sans résultats, que de l'amertume. Ce choix je l'ai fait deux fois, mais la il est temps de changer de disque...
    La souveraineté passe après la remise en ordre de l'états, sans avoir comme arrière pensée l'indépendance, mais exiger l'efficacité.

    Les deux vieux partis qui nous amènes dans des chemins en cul de sac on en a assez !! l'un se braque sur l'indépendance et l'autre contre, les deux sont devenus inopérants, leur utilité est dépassée !!

    Un autre parti, qui se tient debout est nécessaire et j’espère que bien des élus actuels en feront partie...

    Et que la mafia soi chassée du pouvoir pour un bon bout de temps...

  • Hyperbolique - Inscrit 17 septembre 2011 15 h 32

    Le navire souverainiste est une épave au fond de l'océan

    Peu importe ce que les péquistes feront pour se racheter de leurs bourdes, la déroute du mouvement souverainiste est irréfutable à long terme puisqu'il n'aura plus aucune emprise sur les générations à venir. Certes, il ne faudra pas oublier l'héritage positif qu'il nous aura légué au terme de deux générations de lutte, mais il est clair que la lutte pour la reconnaissance du Québec se poursuivra uniquement dans le cadre du régime canadien, tout en sachant que rien ne sera parfait dans ce monde. L'indépendance demeurera tout au plus un épouvantail que l'on agitera en face du reste du Canada. Pour l'instant, observons ce qui se passe du côté du Proche et Moyen Orient : nous avons des leçons à tirer du printemps arabe. Les luttes qui se déroulent là-bas nous montreront peut être des voies nouvelles pour poursuivre la démocratisation du Québec et dynamiser notre culture politique sclérosée par la mauvaise gouvernance des gouvernements de Bouchard à Charest et l'emprise pervers de la question nationale sur nos moeurs politiques.