Les demandes d'enquête publique sont relancées

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Québec — Les révélations au sujet du rapport Duchesneau ont eu l'effet d'une bombe dans le milieu politique québécois hier, ramenant à l'avant-plan les demandes pour la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction.

Le ministre des Transports, Pierre Moreau, a beau dire que certains dossiers plus détaillés ont été transférés par M. Duchesneau à l'UPAC, c'est d'une enquête publique que le Québec a besoin, a insisté Pauline Marois. «M. Moreau, M. Hamad,

M. Charest ont promis toutes sortes de choses et ça n'a donné aucun résultat, ou des résultats très secondaires par rapport à l'ampleur du problème qui semble actuellement identifié dans ce rapport», a dit la chef péquiste, en marge d'une visite à l'Université de Montréal. «Il y a trop d'éléments pour nous permettre d'accepter que nos institutions soient littéralement infiltrées par le crime organisé.» Aux yeux du critique péquiste en matière de sécurité publique, Stéphane Bergeron, Jean Charest, en refusant une enquête publique que «tout le monde» souhaite, se conduit comme s'il était à la tête d'une «monarchie». Les citoyens n'acceptent plus cela et le PQ fera des propositions prochainement qui empêcheraient les gouvernements futurs de faire fi ainsi de la volonté publique: référendum d'initiative populaire, rappel des élus, etc.

«Pommes pourries»

L'initiateur de la Coalition pour l'avenir du Québec, François Legault, en tournée en Abitibi, a lui aussi réitéré sa demande pour une enquête publique sur la construction. Mais avant de procéder ainsi, le gouvernement devrait poser un geste immédiat, soit de tout faire pour se débarrasser des «pommes pourries» au sein du ministère des Transports, ces fonctionnaires qui ont été «complaisants» à l'égard des firmes. Pour ce faire, selon lui, il faut que le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier, «accélère le traitement des plaintes», mette en place des voies rapides juridiques pour «pénaliser au plus vite les gestes illégaux».

Pour le chef de l'Action démocratique du Québec, Gérard Deltell, «les pires craintes» ont été confirmées avec ce rapport dans lequel on découvre l'existence d'un «système où on gonfle les factures pour blanchir de l'argent» au profit des partis politiques. «Là c'est écrit noir sur blanc, par un enquêteur au-dessus de tout soupçon», a souligné M. Deltell. Le chef adéquiste a rappelé qu'il y a 30 mois, sa collègue députée Sylvie Roy a été la première à réclamer la tenue d'une enquête publique. «Si on l'avait fait, tout ça serait derrière nous. On aurait déjà eu l'heure juste», a-t-il déploré. Or, actuellement, a souligné M. Deltell, le gouvernement continue de dépenser massivement dans les infrastructures et «amorce à peine le Plan Nord». «Il faut absolument purifier l'air avant d'aller plus loin», a-t-il martelé.

Pour Québec solidaire, il n'y a que trois options possibles: une commission d'enquête, la démission de Jean Charest, ou «encore mieux, une élection». «Aujourd'hui, le premier responsable de tout ça, ce n'est pas le fonctionnaire, ce n'est même pas M. Moreau, c'est M. Charest, a déclaré le député Amir Khadir lors d'un point de presse au centre-ville de Montréal. C'est lui qui doit répondre. Ce rapport est le clou sur la légitimité du gouvernement Charest.» Amir Khadir réclamera au début de la semaine prochaine la tenue d'un débat d'urgence en Chambre.

Partis d'opposition visés?

Le rapport Duchesneau parle du financement «des partis politiques». L'ADQ se sent-elle visée, elle dont l'ancien chef Gilles Taillon est parti en réclamant que la Sûreté du Québec enquête sur les finances de sa propre formation politique? M. Deltell a rejeté du revers de main la question, soutenant que jamais cette affaire n'avait eu de suite et que «l'Action démocratique n'a jamais été au pouvoir, n'a jamais octroyé de contrats».

Pour le député péquiste Pascal Bérubé, responsable de la campagne de financement au Parti québécois, quand le rapport Duchesneau parle «des partis» de manière indéterminée, il entend dans les faits le Parti libéral. Le PQ, a-t-il insisté, n'est plus à l'époque où Ginette Boivin, une de ses employées, donnait des cours de «contournement» de la Loi électorale, comme l'a révélé le rapport Moisan. M. Bérubé a dit pouvoir «certifier» que tout cela était fini. «Nous, on valorise les petits dons, par les clubs des 400. 400 $ et moins, parce qu'on ne veut pas se rendre vulnérable», a insisté le député.

Droit à l'information

La CSN s'inquiète particulièrement à l'idée que des fonds publics puissent être mal utilisés et que la Loi électorale puisse être bafouée, comme le rapportent les extraits du rapport Duchesneau. Le président de la centrale syndicale, Louis Roy, demande à nouveau une commission d'enquête publique dans les plus brefs délais. «La population est en droit d'avoir toute l'information entourant ce qui ressemble de plus en plus à un système de fraude et de corruption qui touche aussi l'institution politique», a dit M. Roy.

Ménage nécessaire

Le Réseau des ingénieurs du Québec souhaite que le gouvernement Charest mette sur pied une commission d'enquête publique pour faire «un ménage à la racine». «Aujourd'hui, il ne s'agit plus de simples allégations, mais de faits accablants qui discréditent les ingénieurs, a indiqué le président, Yves Lavoie. Nous exigeons que les responsables soient identifiés et que des sanctions soient imposées.» Le réseau juge qu'une enquête policière n'est pas suffisante et appelle à des mesures plus radicales.

«Cas particuliers»

L'Association des ingénieurs-conseils du Québec, dont de nombreux membres sont mis en cause dans le rapport Duchesneau en lien avec le financement des partis politiques, a refusé la demande d'entrevue du Devoir. La présidente-directrice générale, Johanne Desrochers, a répondu ne pas vouloir commenter «des cas particuliers».

Tache sur la profession d'ingénieur


L'Ordre des ingénieurs du Québec estime que le rapport de l'Unité anticollusion devrait être rendu public, car les révélations «laissent une tache sur la profession». «Je pense que dans une situation comme ça, le gouvernement n'a d'autre choix que d'agir avec transparence et de rendre les informations publiques», a déclaré la présidente, Maud Cohen, en conférence de presse. Elle a déploré à nouveau la baisse de l'expertise au sein du ministère des Transports, une faiblesse qui facilite les fraudes, d'après les extraits diffusés du rapport Duchesneau. Depuis un an et demi, le Bureau du syndic de l'Ordre des ingénieurs a doublé ses effectifs pour pouvoir mener plus d'enquêtes sur des membres.

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Avec la collaboration de Mélissa Guillemette
15 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 16 septembre 2011 01 h 24

    JE CROIS QUE JEAN-FRANCOIS VISE JUSTE...

    Jean Charest va attendre un peu. Puis au moment jugé opportun, il va donner à la population ce qu'elle demande: une commission d'enquête publique. Comme cette enquête ne démarrera pas vraiment avant 6 mois, il va en profiter pour déclencher des élections. Que va dire tous ces raisins de voteurs ( plusieurs raisins pour une tarte): " Il est correct ce Charest la`..." Et ainsi, une majorité de raisins québécois va lui refaire confiance. BAS BEAU COMME DÉNOUEMENT?

    Doit-on être fier d'être québécois? Une vrais honte!!!! Et je vois poindre à l'horizon Mario Dumont. Il doit rire dans sa barbe. Il sait bien que beaucoup de québécois sont de méchants raisins. Il le dit souvent. Il ne comprend pas le monde qui va revoter pour Charest et lui refaire confiance mais il sait qu'avec le genre d'individu que l'on a au Québec, son parti n'aurait aucune chance. Un moron restera toujours un moron.

  • VITRILLOLA - Inscrite 16 septembre 2011 05 h 20

    UN FINANCEMENT PUBLIQUE POUR LES PARTIS

    Pourquoi ne pas modifier le fameux mode de financement des partis politiques souvent pris en défaut ? Déjà que le bénévolat occupe une place importante quand l'État est en élections générales, alors pourquoi ça ne serait pas l'État qui financerait tous les partis en place à part égale ? Il suffirait qu'un groupe de gens désireux de créer un parti politique sérieux fasse une demande auprès du directeur général des élections, et si ce parti politique en devenir offre une aternative différente des autres partis déjà en place, s'il offre un réel désir de contribution pour la société jugé sérieux, en plus d'autres critères, il aurait l'octroi d'un financement publique. Un nombre restreint de partis politiques serait la règle, soit calculé au prorata de la population du pays. Par exemple, au Québec, 4 partis en luttes seraient le maximum permis. En plus, avec un tel système, un parti politique qui ne tiendrait pas ses promesses électorales une fois au pouvoir se verrait pénalisé, voire son budget réduit, etc. Et en cas de corruption généralisé prouvée, le parti en cause serait voué à être remplacé par un nouveau parti politique aux idées prometteuses, etc. Le directeur général des élections serait responsable de la gérance de ce mode de financement des partis, bien à l'abris du parti au pouvoir.

  • Nunu - Inscrite 16 septembre 2011 08 h 07

    Et le D'G.E?

    Pour le finacement du P.L.Q croyez vous sincèrement que le D.G.E va réprimender le gouvernement?Moi j'en doute il n'a jamais fait ça.Même qu'il a toujours couvert le gouvernement,c'est son patron alors on sait comment ça va finir.

  • Sanzalure - Inscrit 16 septembre 2011 08 h 12

    Faut que ça sorte !

    Il y a des limites à l'autorité. Par exemple, on ne devrait pas accorder aux gens qui abusent du pouvoir assez d'autorité pour qu'ils puissent empêcher qu'on enquête sur leurs abus de pouvoir.

    Serge Grenier

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 16 septembre 2011 08 h 19

    Financement public et autres

    J'endosse le propos de vitrillola. Le financement public des partis et un contrôle serré des budgets des différents partis.
    Je proposerais aussi l'adoption de deux autres mesures.
    Primo, une élection uninominale à deux tours afin que le candidat retenu représente véritablement la majorité de la population.
    Deuxio, un référendum d'initiative populaire qui, comme présentement, permettrait de destituer le gouvernement en place.