Immigration - Une sélection «sexiste»

Dans le processus de sélection des immigrants, le dossier qui compte, avant tout, c'est celui du requérant principal, le plus souvent un homme, alors que seulement 13 % des points peuvent provenir des caractéristiques socio-économiques et linguistiques de la conjointe.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Dans le processus de sélection des immigrants, le dossier qui compte, avant tout, c'est celui du requérant principal, le plus souvent un homme, alors que seulement 13 % des points peuvent provenir des caractéristiques socio-économiques et linguistiques de la conjointe.

Québec — Le Conseil du statut de la femme (CSF) juge que la sélection des immigrants au Québec est sexiste et souhaite que le gouvernement Charest corrige la situation, du moins en partie.

«Le poids accordé à la candidature du conjoint est vraiment beaucoup plus faible que le poids accordé à la candidature du requérant principal. Et dans les faits, le conjoint est en général une conjointe, donc une femme», a signalé la nouvelle présidente du CSF, Julie Miville-Dechêne, dans un entretien accordé au Devoir avant sa comparution devant la commission parlementaire qui se penche sur la planification de l'immigration pour la période 2012-2015.

Dans le processus de sélection des immigrants, le dossier qui compte, avant tout, c'est celui du requérant principal, le plus souvent un homme, alors que seulement 13 % des points peuvent provenir des caractéristiques socio-économiques et linguistiques de la conjointe. «C'est assez minime», estime Julie Miville-Dechêne. Conciliante, elle propose un rééquilibrage de la grille de sélection, mais sans aller au bout de cette logique d'égalité et faire en sorte que les qualités de la conjointe comptent autant que ceux du requérant. «Ce n'est pas facile dans la réalité d'appliquer des principes», a-t-elle fait valoir. Le Conseil se dit prêt à collaborer avec le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles (MICC) pour l'élaboration d'une nouvelle grille.

«Le pointage, c'est quelque chose qui peut nuire à ces couples dans l'intimité», a souligné la présidente du CSF, qui a dit reprendre une observation de la chercheuse Marie-Thérèse Chicha. «Quand l'homme dit: "C'est moi qu'ils sont venus chercher, moi qu'on a choisi. Donc, moi, je vais essayer de m'intégrer, c'est moi qui vais suivre des cours, c'est moi, moi, moi." À ce moment-là, la femme doit tout faire pour lui, a expliqué Julie Miville-Dechêne. Il faut s'assurer que les femmes aient les moyens de dire: moi aussi, j'existe.»

Dans son mémoire, le CSF cite le Lobby européen des femmes, qui juge que les droits et les besoins des femmes immigrantes sont ignorés dans le débat politique sur l'immigration. «Ceci ne fait que renforcer les rôles femmes-hommes et le schéma patriarcal qui confinent les femmes dans leurs rôles familiaux traditionnels», signale l'organisme européen.

Julie Miville-Dechêne craint d'ailleurs que des immigrantes et immigrants admis au Québec ne partagent pas les valeurs d'égalité entre les sexes même s'ils ont signé une déclaration par laquelle ils s'engagent à adhérer à certaines valeurs, dont le fait que les hommes et les femmes ont les mêmes droits. La présidente du CSF reconnaît que certaines cultures sont antiféministes. «On peut le dire», a-t-elle convenu.

«Il y a des écarts, des fossés qui peuvent parfois être énormes entre la façon dont une femme se voit au Québec et une immigrante qui arrive, qui ne parle pas la langue, qui peut-être a une autre religion, qui rentre chez elle, qui n'arrive pas à communiquer. C'est des problèmes assez criants.»

Certains immigrants peuvent toutefois se démarquer de la culture de leur pays d'origine. «Quelle que soit la culture dominante d'un pays, certains hommes et certaines femmes peuvent ou non la partager. Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on cherche des requérants qui partagent ces valeurs-là, quelle que soit leur origine parce que ça commence à être beaucoup trop dangereux de dire: plutôt tel pays, plutôt tel pays.»

«Dans ces sociétés, il y a des dissidents», a ajouté Julie Miville-Dechêne en commission parlementaire.

Divergence sur la question du «féminisme inclusif»


Le CSF écrit dans son mémoire que «l'interculturalisme est d'ailleurs un modèle qui invite les femmes immigrantes à s'engager dans ce que le mouvement des femmes appelle le "féminisme inclusif", c'est-à-dire la promotion des droits de toutes les femmes du Québec par l'ensemble d'entre elles». Nommée il y a deux mois à peine à la tête de l'organisme, Julie Miville-Dechêne a précisé que cette notion d'interculturalisme vient de sa prédécesseure, Christiane Pelchat. Ce féminisme inclusif, la nouvelle présidente ne veut pas «rentrer là-dedans». C'est «une valeur beaucoup trop particulière, précise» pour l'imposer aux immigrants. «On en reste à l'égalité hommes-femmes, a-t-elle affirmé. Ce n'est pas non plus la réalité au Québec en ce moment: on ne peut prétendre que toutes les Québécoises adhèrent au féminisme inclusif.»

La grille de sélection employée par le MICC est discriminatoire envers les femmes sous un autre rapport: elle accorde beaucoup d'importance aux travailleurs qualifiés pour des emplois qui, en majorité, sont traditionnellement masculins. «On reproduit avec une grille de sélection sexiste les mêmes inégalités pour les nouvelles arrivantes que celles que vivent les Québécoises», écrit le Conseil.

Pour le CSF, «l'absence quasi totale d'inscription des enjeux relatifs aux femmes immigrantes dans la planification 2012-2015 se reflète non seulement par le fait qu'il n'y a pas de données sexuées, mais aussi en occultant complètement les contraintes de l'immigration spécifiques aux femmes. Ce constat est d'autant plus confondant que leur situation est particulièrement inquiétante à maints égards». L'organisme propose de soumettre la sélection des immigrants à une analyse différenciée selon les sexes (ADS) et en fait sa principale recommandation.
29 commentaires
  • paumier1 - Inscrit 14 septembre 2011 02 h 01

    Super intéressant !

    Bravo à M. Dutrisac pour cet article ! Je suis tout à fait d'accord avec le CSF. Notre façon d'appliquer les critères de l'immigration parlent de nos orientations. Le Conseil a mis le doigt sur une question majeure !
    J'espère que le gouvernement adoptera ses recommandations !

  • Fr. Delplanque - Inscrit 14 septembre 2011 02 h 46

    Encore de l'idéologie et une immigration encore moins adaptée

    Par idéologie, le Conseil veut que les femmes immigrées (souvent peu enclines à travailler hors de la maison) soient des Québécoises libérées dès avant leur arrivée ici.

    On peut prévoir encore plus de chômage chez les immigrés si les femmes immigrantes traditionalistes devaient compter plus par idéologie.

  • June R. Massoud - Inscrite 14 septembre 2011 04 h 10

    Commentaires sur ce discours

    Finalement, quelqu'un met le point sur tout cela. Voila ce que l'on doit constater du present gouvernement Charest. En effet, il y a un grand nombre de chefs/dirigeants au gouvernement qui sont des hommes musulmans et c'est pour cette raison qu'on voit le statut de la femme deteriorer. Ne dites pas que ce n'est pas vrai, parce que meme si ces gars-la ne sont pas des politiciens, ils travaillent dans les ministeres du gouvernement, surtout dans le ministere de l'immigration. Ce que je propose c'est de mettre tous ces gars-la dehors et de les remplacer par des femmes quebecoises de souches ou par des femmes et hommes de vieilles generations immigrantes du Quebec, qui sont de cultures Judeo-Chretienne. Pourquoi? Parce que c'est la seule facon d'assurer que les vraies valeurs quebecoises soient implantees dans notre societe et que l'on attire des immigrants de partout dans le monde qui ne viennent pas de culture musulmane. De plus, je pense qu'on doit creer des eglises au Quebec qui sont dirigees seulement par des femmes, pour l'effet inverse des mosquees musulmanes controlees par des hommes. Et de ces eglises ou les femmes seront les dirigeantes, avoir des femmes de pouvoir dicter comment toutes les femmes au Quebec devraient etre respectees, avec toutes les lois canadiennes. Reveillez-vous les femmes quebecoises, car ce n'etait pas la Reine de l"Angleterre qui etait votre ennemie, elle vous a accordee bien des droits, les memes droits que ceux des femmes anglaises du Canada, et avant que M. Trudeau ait repatriee la Constitution, nous les femmes canadiennes etaient tres chanceuses d'etre assujetties aux lois britanniques, qui nous assuraient tous nos droits legaux en egalite. M. Trudeau a ete influence par les pretres arabes de cultures arabes, lorsqu'il a decide de casser les liens avec Angleterre, et pourquoi, pour que ces hommes-la controlent les femmes de leurs communautes en leurs imposant la culture arabe moyenne-orientale et cela, aux annees 70s au Quebec.

  • June R. Massoud - Inscrite 14 septembre 2011 04 h 14

    Commentaires Partie II

    Les femmes quebecoises devraient avoir une plus grande autonomie, quant au fait que si elles decident de se marier avec un etranger de culture moderne de l'ouest, qui est hors du Canada, l'homme devrait avoir une facilite d'etre accepter comme immigrant au Quebec, avec une priorite sur les autres qui font venir un conjoint ou conjointe, mais qui ne sont pas au Quebec depuis tres longtemps.

  • Claude Kamps - Inscrit 14 septembre 2011 05 h 20

    Avant de demander aux émigrants d'adopter notre féminisme

    demandons-nous si notre exemple fait en sorte que le couple reste plus souvent ensemble que de se séparer, laissant trop souvent la femme seule avec la marmaille...
    Nous les adoptons aussi, pour leur facilité à avoir une grande famille...

    Il est impératif de libérer la femme du couple, mais à voir les résultats dans notre société ou plus de 40% des couples se séparent et que c'est à 85% les femmes qui demande la séparation, il me semble que la recette actuelle n'est pas adéquate...
    Ou s'en vas t'on vers une société ou l'homme n'est plus nécessaire à la survie du couple, les femmes au travail et l'aide sociale remplaçant le rôle de pourvoyeur qu'il a depuis des millénaires ?

    Et là nous sommes en conflit ouvert avec la plupart des émigrants qui ont encore la famille comme principale moteur de notre civilisation.

    On ne change pas une mentalité encrée dans le sub-conscient en criant ciseau!!