Un député péquiste propose une nouvelle façon de faire de la politique

Québec — Un élu, tels Camil Bouchard ou Monique Jérôme-Forget, qui démissionne avant d’avoir complété la moitié de son mandat, «devrait être privé de ses indemnisations de départ», estime Sylvain Pagé, député péquiste de Labelle.

C’est ce qu’il écrit dans un manifeste de quelque 50 pages présenté à 11 heures ce matin et intitulé «Pour une nouvelle culture politique». M. Pagé est l’un trois députés péquistes, avec Bernard Drainville (Marie-Victorin) et Pascal Bérubé (Matane), qui avaient lancé une réflexion sur les manières de faire de la politique autrement.
 
À ses yeux, les députés qui démissionnent avant la mi-mandat sans raison valable, comme des problèmes de santé, «se comportent de façon irrespectueuse envers leurs concitoyens». Selon lui, cette pratique «doit prendre fin». «De plus, il est choquant pour les électeurs d’apprendre que le député à qui ils viennent d’accorder leur confiance ne leur a pas fait part de ses véritables intentions. Ce comportement contribue également au cynisme des citoyens», affirme M. Pagé. Le député croit aussi qu’un élu qui a quitté son poste, «que ce soit par démission ou défaite électorale» et qui revient à la politique — comme c’est le cas de Pauline Marois, Jean-Marc Fournier ou Nicole Léger —, «ne devrait pas avoir accès une seconde fois à son allocation de transition». M. Pagé propose un compromis: «Il pourrait par contre toucher la différence entre ce qu’il a déjà obtenu et le maximum admissible.»
 
Consultation non «citoyenne»

À la différence de MM Drainville et Bérubé qui ont consulté des «citoyens», M. Pagé s’est entretenu avec des «acteurs et penseurs politiques» dont deux qui ont quitté le giron péquiste en juin, Louise Beaudoin et Lisette Lapointe. Sans condamner ces députés qui délaissent en cours de mandat la bannière sous laquelle ils ont été élus mais qui restent député, M. Pagé souligne toutefois que ce comportement reste discutable compte tenu de l’importance des partis dans le choix des électeurs.
 
Exécrant la partisanerie, reconnu pour refuser d’applaudir ses collègues péquistes lors de la période de questions à l’Assemblée nationale, M. Pagé n’a pas hésité, pour préparer son manifeste, à consulter des figures de proue d’autres formations politiques que la sienne tels Amir Khadir de Québec solidaire, Pierre Paradis et Benoît Pelletier du Parti libéral ainsi que le chef de l’Action démocratique du Québec Gérard Deltell.
 
Au Devoir récemment, il révélait qu’il allait tenir des assemblées publiques dans son comté pour présenter son manifeste. Contrairement à M. Drainville, qui a dévoilé son rapport aux médias avant de le présenter à ses collègues du caucus péquiste — au grand déplaisir de ces derniers —, M. Pagé a présenté une partie de son rapport lors de la réunion du caucus péquiste de la semaine dernière à Saguenay. Malgré cela, il soutient que son manifeste n’est pas passé par le «filtre du parti» dont il est membre.
 
Avant la mode de la «politique autrement»

C’est à l’été 2010, donc un an avant que cela ne devienne «à la mode» de réfléchir à la faire de la politique autrement, que M. Pagé a entrepris sa réflexion.
 
M. Pagé estime que l'état de la démocratie québécoise «se détériore peu à peu». Comme M. Drainville, il remarque que les citoyens ont de moins en moins confiance en leurs élus. «La communication ne passe plus. Il est temps et nécessaire de rétablir ce contact, de rebâtir cette confiance, de tout mettre en place pour briser ce cynisme.»
 
Parmi les sources récentes de ce cynisme: la crise de ce printemps entourant le projet de loi 204 concernant l’entente entre Quebecor et la ville de Québec dans lequel il voit  «l’exemple patent que la ligne de parti étouffe les députés de toutes les formations politiques». Autre fait récent délétère pour la démocratie: «L’indifférence gouvernementale envers les demandes incessantes pour une enquête publique dans l’industrie de la construction».
 
Libérez les caméras!

Il reste que les racines du cynisme sont plus profondes encore. M. Pagé pointe principalement la «politicaillerie» à la période de questions, laquelle mérite selon lui d’être «objet de risée, voire de mépris». Un des remèdes qu’il propose est de permettre aux caméras de filmer autre chose que le député qui parle: «Sans faire la chasse aux images déplaisantes, il faudrait donc laisser les caméras avoir des plans plus larges, pour ainsi saisir les attitudes des parlementaires. Cela calmerait les ardeurs de certains députés.»
 
Font aussi objet de l’analyse de M. Pagé: la pratique du filibuster et «les difficultés pour le député de jouir pleinement de sa liberté d’expression». Selon M. Pagé, les élus devraient se donner comme règle éthique de pouvoir féliciter l’adversaire quand il fait un bon coup. Actuellement, «il n’y a pas une journée où les partis d’opposition n’emploient pas un ton dénonciateur, voire accusateur». Résultat: «À force de déchirer sa chemise, l’opposition perd toute la crédibilité.» Que faire pour «départisaner» le jeu politique? «Aucune adoption de loi ou de règlement ne pourra se substituer à l’éthique personnelle et à la noblesse du député», note M. Pagé.
 
À ses yeux, la fondation d’une nouvelle culture politique passe par trois piliers: «Une plus grande implication des citoyens, un renforcement du rôle du député (par la réduction du pouvoir des chefs de parti) et la promotion d’une culture de collaboration».
 
Pour ce faire, les propositions de M. Pagé recoupent à plusieurs égards celles de M. Drainville comme les votes libres, des périodes de questions «citoyennes», les élections à date fixe et la réforme du mode de scrutin. Le référendum d’initiative populaire (RIP) devrait être permis bien que bien balisé. La révocation d’un député qui se serait montré «indigne de sa fonction». Parmi les situations qui pourraient mener à cette révocation, M. Pagé note «comprendre le verdict de culpabilité de tout crime ou fraude en lien avec son travail politique, l’absence répétée et injustifiée du député à l’Assemblée nationale et son adhésion à un parti autre que celui qu’il représentait lors de sa dernière élection».
 
Comme M. Drainville, M. Pagé suggère la tenue d’assemblée de comté auprès des électeurs. Tout député serait contraint d’en tenir au moins deux dans l’année, soit une par session parlementaire. Il les décrit comme «un exercice de consultations ainsi que de reddition de comptes des plus pertinents pour les électeurs».
 
Par ailleurs, M. Pagé propose de partager le conseil des ministres. Il fait remarquer que «l’élection se gagne souvent avec un score final entre 40 et 50% alors que le parti au pouvoir détient 100 % des postes au conseil des ministres».

Plus de détails après la conférence de presse du député.

21 commentaires
  • celljack - Inscrit 8 septembre 2011 11 h 18

    Avant de critiquer

    Avant les critiques, positives ou négatives, il faut au moins saluer les députés qui font l'effort de penser, de formuler des idées et qui ont le courage de les exposer.

    C'est dans le choc des idées, dans le débat et la confrontation non-violente, dans le combat des mèmes que toute société s'améliore. La résultante démocratique de nos volontés, opposés ou alliés, servira à définir quelle direction appeler "l'avant".

  • Yves Côté - Abonné 8 septembre 2011 11 h 23

    D'accord sauf que...

    Je suis assez d'accord avec l'idée générale de l'intervention de Monsieur Pagé.
    Sauf que des raisons de santé peuvent très bien, à mes yeux, être valables. Désolé mais en estimer autrement m'apparaît relever du jugement de quelqu'un qui de toute évidence, n'a jamais connu de près ce qu'est être malade... De quelqu'un qui n'a pas été touché lui-même par la maladie, ou de quelqu'un qui n'a jamais eu un(e) proche véritablement malade.
    Autrement, peut-être le sens véritable de cet exemple a-t-il tout simplement échappé à son auteur ? L'erreur d'appréciation est toujours possible chez quiconque prend la parole publiquement. Ce qui alors mérite la précision à sa suite...

  • Georges Hubert - Inscrit 8 septembre 2011 11 h 28

    Bordel !

    Est-ce que quelqu'un quelque part saura metre de l'ordre dans ce parti ? Je ne suis pas contre les discussions de salon, mais à un moment donné, dans un groupe parlementaire il faut savoir discipliner ses états d'âme.
    Le problème de la démocratie québécoise, ce n'est pas le système et les institutions, c'est le citoyen ... qui n'existe plus et ne veut pas exister, qui veut uniquement consommer.
    C'est pas en faisant voter n'importe qui sur n'importe quoi qu'on va donner une orientation politique à notre État.
    La démocratie directe, ça a du bon théoriquement, mais essayez-la et au mieux ce sont les groupes de pression qui contrôlent les médias qui auront le dessus ... au pire, ce sera le bordel. Hum, comme celà semble être le cas au PQ présentement!

  • Carole Dionne - Inscrite 8 septembre 2011 11 h 28

    UN BORDEL TOTALE, LE PQ

    Excusez le gros mot mais il est inscrit dans le petit Robert. Je n'ai jamais vu un parti se saborder d'une telle façon (j'ai 61 ans). Ou BEDON le problème , c' est Mde Marois, ou bedon, on fait comme à Montréal: des petits partis avec chacun un chef dans un grand parti. Comme Montréal, ce sera ingérable.

    Et dire que qu'ils se croient des intellos. Comme dirait feu Rufiange:
    " Sancho, va chercher le fusil". HIHI

    J'imagine Jean Charest rire dans sa barbe. Déjà un parti d'éliminer aux prochaines élections. Il ne rets que le parti de Legault.

  • Geoffroi - Inscrit 8 septembre 2011 11 h 53

    Vers une nouvelle culture politique ou un nouveau donquichottisme?/!*

    Le cynisme provient surtout du fait que ce ne sont pas les parlements et leurs chefs qui dirigent vraiment la nation. Ce sont surtout les rois de l'ombre capitaliste et leurs serviteurs en tout genre.