Hamad perd les Transports

Sam Hamad<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Sam Hamad

Québec — Sam Hamad perd le portefeuille des Transports dans un remaniement du cabinet de Jean Charest annoncé hier après-midi et forcé par le départ de Nathalie Normandeau, mardi.

Le premier ministre a pris soin de dire qu'il ne s'agissait pas d'un désaveu à l'égard de la gestion de M. Hamad. Ce dernier, qui était ministre responsable de la Capitale-nationale (et le reste), a essuyé des critiques récemment dans plus d'un dossier de la région de Montréal: la chute d'un paralume de béton dans l'autoroute Ville-Marie, la congestion dans la métropole et la réfection de l'échangeur Turcot. M. Charest a insisté pour dire qu'à ses yeux, M. Hamad avait fait un «travail impeccable» aux Transports et qu'il n'avait rien à lui reprocher, ajoutant que dans un gouvernement de type britannique, la responsabilité est collective. Quant à la chute du paralume dans l'autoroute 720, M. Charest a soutenu que cela n'aurait «pas été facile pour quiconque, un bris de cette nature-là».

Le premier ministre a du reste mis en relief que celui qui le remplace, Pierre Moreau, provient de la région de Montréal, plus précisément de la Rive-Sud, de Châteauguay. M. Moreau a aussi représenté la circonscription de Marguerite-D'Youville aussi sur la Rive-Sud, de 2003 à 2007. «C'est une région qu'il connaît très bien», a souligné M. Charest en soutenant que M. Moreau gérerait le «rattrapage» en matière de transports. «Montréal reçoit l'attention qu'il mérite», a-t-il déclaré. Quant à M. Hamad, il obtiendrait ce qu'il a toujours réclamé, soit le portefeuille du Développement économique. Ingénieur anciennement à l'emploi de la société Roche, M. Hamad a notamment été, dans le passé, président de la Chambre de commerce de Québec. Étant donné l'accent qu'il dit vouloir mettre sur «l'économie», le premier ministre a soutenu que M. Hamad était «au bon endroit».

Gignac et Vallières promus

Aux Ressources naturelles et au Plan Nord, c'est Clément Gignac qui remplace Nathalie Normandeau. M. Gignac aura par conséquent à gérer le délicat dossier des mines et des gaz de schiste, lesquels avaient donné du fil à retordre à sa prédécesseure. Québec solidaire, par la voix de son député Amir Khadir, a dit espérer que M. Gignac résiste aux «puissants intérêts qui voudraient que le Québec continue de brader ses ressources naturelles», mais a ajouté ne se faire «aucune illusion» en cette matière.

Le remaniement ramène un des doyens de l'Assemblée nationale, Yvon Vallières, au cabinet. Élu pour la première fois en 1973 dans Richmond (et battu depuis seulement en 1976), il était redevenu simple député cet hiver après avoir été contraint de quitter son poste de président de l'Assemblée nationale. À l'époque, une de ses décisions avait été contestée par l'opposition dont le leader parlementaire, Stéphane Bédard, avait été très critique à l'égard de M. Vallières et avait menacé de lui retirer sa confiance. Il remplacera Pierre Moreau aux Affaires intergouvernementales canadiennes et à la Francophonie canadienne. M. Vallières pilotera de plus la réforme des institutions démocratiques, ce qui comprend la délicate refonte de la carte électorale, toujours dans l'impasse. Sylvie Roy, de l'Action démocratique, s'est réjouie que Pierre Moreau, «beaucoup trop partisan» à ses yeux, se soit vu retirer ce dossier. M. Charest a loué la «sagesse» de M. Vallières en notant qu'elle lui avait manqué en certaines occasions au Conseil des ministres.

Gaspésie froissée

Pour remplacer Mme Normandeau comme ministre responsable des régions du Bas-Saint-Laurent et de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, le premier ministre a choisi le ministre gérant le plus gros budget, Yves Bolduc, ministre de la Santé. En point de presse, M. Charest a invoqué le fait que M. Bolduc — originaire d'Alma et qui est député de Jean-Talon dans la haute-ville de Québec — «adore le terrain» et a beaucoup d'énergie. Sur Twitter, le péquiste Pascal Bérubé, député de Matane, a pris un malin plaisir à souligner que «trois députés ont été ignorés», soit Germain Chevarie, des Îles-de-la-Madeleine, Georges Mamelonet, de Gaspé (et ancien maire de Percé), et Jean D'Amour, de Rivière-du-Loup.

Or, le premier ministre aurait voulu ne pas augmenter la taille de son cabinet qui compte maintenant 11 femmes et 14 hommes. En attendant l'élection partielle qui doit avoir lieu dans Bonaventure pour remplacer Mme Normandeau, Jean Charest cherchait à nommer un ministre responsable de cette région qui fasse déjà partie du cabinet. L'explication ne satisfait pas M. Bérubé qui rétorque que «depuis au moins la Révolution tranquille» la Gaspésie a toujours eu un ministre responsable élu en son sein. Avant le remaniement hier, M. Bérubé avait publié un communiqué réclamant que le premier ministre se nomme ministre responsable de la région.

La ministre de l'Éducation Line Beauchamp prend du galon en accédant au poste de vice-première ministre, soit le numéro 2 du gouvernement. Le premier ministre a souligné que Mme Beauchamp a une «belle expérience» et est «beaucoup appréciée de ses collègues».

Pour une nouvelle fois, Jean Charest a catégoriquement nié tout scénario d'élections automnales et a refusé de s'avancer sur la date de l'élection complémentaire dans Bonaventure, en soutenant qu'il la déclencherait au moment qu'il jugera «approprié».

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19 commentaires
  • alen - Inscrit 8 septembre 2011 06 h 33

    Des élections, non mais...

    ... au plus tard dans 6 mois, le délai qu'a le Premier ministre pour déclancher une partielle. Motif: trop de députés ont changé d'allégeance depuis le dernier scrutin... Il faut donner à la population la chance de se prononcer sur la pertinence de sièger au parlement des Curzi, Lapointe, Beaudoin, Aussant... Caire, Picard.

  • Roland Berger - Inscrit 8 septembre 2011 06 h 51

    « Tasse-toé ! »

    Charest au sujet de Hamad : « Je n'ai rien à te reprocher, mais tasse-toé ! »
    Roland Berger

  • Bernard Gadoua - Inscrit 8 septembre 2011 07 h 16

    Un homme de banlieue pour Montréal

    En nommant un homme de banlieu à la tête du Ministère des Transports, Charest montre à quel point il ne connaît rien aux Montréalais. Un homme de banlieue est indissociable de son «char», il ne voit la ville qu'à travers la circulation sur les ponts et les voies rapides qui le mènent à sa destination. Le Montréalais lui, est beaucoup plus polyvalent et emprunte tous les modes de transports selon les distances et les activités planifiées. Montréal, ce n'est pas des autoroutes, c'est un vivre-en-commun que les autoroutes rendent difficiles, qui rendent le passage d'un quartier à un autre souvent presque impossible à pied ou à vélo, sinon dangereux, qui enclave et condamne certains autres quartiers au déclin... Le sacro-saint «char» restera et demeurera au cœur des préoccupations du gouvernement, c'est aussi la poursuite du cauchemar pour les Montréalais.

  • Louka Paradis - Inscrit 8 septembre 2011 07 h 27

    MINE DE RIEN...


    Oh la la ! Clément Gignac, repêché au cabinet de Harper il n'y a pas si longtemps, nommé ministre des Ressources naturelles...Par ici les pétrolières et les minières ! Beau, bon pas cher, avec des routes et des infrastructures payées par les contribuables québécois qui eux, ne recevront que des pinottes... Les conservateurs à la barre du PLQ : c'est Lesage et Bourrassa qui doivent se retourner dans leurs tombes. En tout cas, c'est loin d'être rassurant pour l'avenir du Québec ! Je me demande si le Plan Nard ne deviendra pas Titanic 2. Par ailleurs, en observant la promptitude du remaniement, j'en conclus que les cartes étaient brassées depuis un certain temps. Nous ne sommes pas des valises. Pour le moment, les journalistes restent sur leur qui-vive... et nous, sur notre appétit.

  • Fabien Nadeau - Abonné 8 septembre 2011 07 h 38

    Boulechitte

    Il fallait voir M. Charest serrer le masque en disant que M. Hamad avait fait un travail "impeccable"... Il voulait sans doute s'empêcher de rire...