Curzi songe à diriger le PQ

Le député de Borduas soutient qu'il ne plongerait que s'il acquérait «la conviction que le parti, la culture du parti et le climat du parti sont prêts à accueillir des propositions pour un renouvellement sérieux des institutions démocratiques».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le député de Borduas soutient qu'il ne plongerait que s'il acquérait «la conviction que le parti, la culture du parti et le climat du parti sont prêts à accueillir des propositions pour un renouvellement sérieux des institutions démocratiques».

Québec — Pierre Curzi aimerait devenir chef du Parti québécois. Il l'a répété hier sur plusieurs tribunes après avoir lâché le morceau à midi au micro du 98,5 FM. Pour retourner au PQ, avait-il ajouté, «il faudrait que Pauline Marois quitte» la direction. «Sans ça, je ne vois pas pourquoi et comment j'y retournerais.»

Joint par Le Devoir plus tard, il a précisé ses propos: «Si jamais il y a une course à la chefferie au Parti québécois, je vais songer à être candidat.» Le député de Borduas soutient qu'il ne plongerait que s'il acquérait «la conviction que le parti, la culture du parti et le climat du parti sont prêts à accueillir des propositions pour un renouvellement sérieux des institutions démocratiques». Ainsi, beaucoup dépendra du sort qui sera réservé par le caucus au rapport de Bernard Drainville déposé jeudi et qui comprend 10 «solutions» pour le Québec, dont le changement du mode de scrutin et le référendum d'initiative populaire (RIP).

Jean-Martin Aussant, autre élu qui a quitté le caucus péquiste, s'est dit peu surpris par la déclaration de son collègue indépendant. «Ce ne sont pas des nouvelles pour moi», a réagi celui qui représente Nicolet-Yamaska. «Il me semble que c'était assez clair depuis longtemps que c'était dans les cartes pour Pierre [Curzi].» Déjà, le 21 juin, jour où l'ancien président de l'Union des artistes a tenu une assemblée citoyenne dans Borduas, Le Devoir écrivait que «selon plusieurs sources, M. Curzi n'a jamais caché que la direction du parti l'intéressait». Il en aurait même parlé ouvertement au caucus.

Dimanche passé, en marge de la réunion du Nouveau Mouvement pour le Québec, M. Curzi, dans un point de presse, alors qu'il était questionné sur l'avenir de l'ex-chef du Bloc Gilles Duceppe, avait soudainement évoqué sa participation à une éventuelle course à la chefferie du PQ.

«Un sacré bon outil»

Depuis juin, Pierre Curzi a toujours rejeté l'hypothèse de la création d'un autre parti souverainiste. Il souligne aussi qu'il n'a jamais déchiré sa «carte de membre» du PQ. Hier, il décrivait la formation politique comme «un sacré bon outil». En matinée, questionné par La Presse à savoir s'il rentrerait au bercail si Pauline Marois entérinait les propositions de réformes de Bernard Drainville, M. Curzi a d'abord répondu que cela pourrait être possible. L'entrevue au 98,5 a suivi et M. Curzi a alors fait évoluer sa version en disant que Mme Marois devait d'abord partir pour qu'il considère un retour.

Et si une autre personne — disons Bernard Drainville — devenait chef du PQ et prônait les idées de réforme des institutions démocratiques? Devant la question, M. Curzi prend une pause. «Je n'ai pas examiné ça», laisse-t-il alors tomber avant d'évoquer une course entre lui et M. Drainville: «Ce qui serait intéressant, c'est de pouvoir confronter ces idées-là. Parce que je ne suis pas d'accord avec toutes les idées [du rapport Drainville]. Et ça, c'est vrai de plusieurs personnes... Il y aurait d'autres candidats. Une confrontation d'idées, ce serait intéressant.» Puis il évoque des dénouements possibles: «Si les meilleures idées gagnent... oui..., je serais prêt à me rallier à celui qui a les meilleures idées et qui aurait un appui manifeste de la part des membres. Pourquoi pas? Et vice-versa. C'est toujours comme ça que les choses se passent, non?»

La députée indépendante de Rosemont, Louise Beaudoin, qui avait jeudi encensé le rapport Drainville, a soutenu hier que si le PQ avait le «courage» de l'appliquer, elle considérerait un retour à la formation pour laquelle elle a milité de 1970 à 2011. Pour Jean-Martin Aussant, ce n'est pas là une condition suffisante. À ses yeux, «n'importe quel parti fédéraliste pourrait mettre en avant» un rapport comme celui de M. Drainville. «C'est pas sur la souveraineté, cette affaire-là! Et moi, je n'ai pas quitté le PQ sur la question des institutions démocratiques, mais à cause d'un manque de conviction souverainiste.» Parmi les cinq députés qui ont quitté le PQ, seul M. Aussant, jusqu'ici, avait réclamé le départ de Pauline Marois. Il évoque un éventuel retour en ces termes: «Si Pauline s'en va et qu'il y a un nouveau chef qui est souverainiste. Après une course à la chefferie, on va voir ce qui va arriver. J'ai pas fermé la porte éternellement.»

Menaces de démission chez les présidents

Par ailleurs, selon Philippe Leclerc, président de l'association péquiste de Mercier et ancien candidat dans Saint-Laurent en 2010, plusieurs de ses homologues de l'île de Montréal — il en a compté six — et lui se préparaient à claquer la porte du parti avant la publication du rapport Drainville. «On était une gang qui s'en allait. On n'était plus inspiré.» C'est le document du député de Marie-Victorin qui leur redonne le goût de rester au PQ «pour l'instant», a-t-il expliqué. Ainsi, ils somment la chef «d'agir comme une leader doit agir» et d'entériner au moins deux des dix solutions du député de Marie-Victorin: le RIP et la proportionnelle. Sinon? Ils vont quitter le parti. «Ce serait une très dure épreuve. Mais si on n'a pas d'outils pour reconquérir le coeur des électeurs, il ne nous restera plus que ce choix.» Et si un jour Pierre Curzi devenait le chef du PQ avec ce projet de réforme démocratique? «On ne changerait pas encore de génération à la tête du PQ», a répondu M. Leclerc.

Malgré la démission du caucus de Lisette Lapointe, l'exécutif péquiste de Crémazie a gardé ses liens avec le PQ. Joint hier, son président, Hadrien Parizeau, a soutenu que son équipe, «orpheline de député», préfère changer les choses de l'intérieur: «Tant qu'à quitter le parti et ne rien faire, on aime mieux continuer à faire de la politique; par exemple avec Bernard Drainville.»

Notons enfin que sur son blogue, le dirigeant du Réseau de résistance du Québécois a pris position hier pour la création d'un nouveau parti indépendantiste. «Il y a deux personnalités fortes qui pourraient donner un grand coup de barre dans le petit monde politique québécois: Pierre Curzi et Jean-Martin Aussant. Si ces deux-là décident de brasser la cage, on pourrait être surpris des résultats qu'ils pourraient obtenir.»

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112 commentaires
  • camelot - Inscrit 27 août 2011 00 h 30

    Sganarelle veut être Poquelin

    Beaucoup d'ombres planent sur l'aura de Curzi. Il n'a pas été "choisi" par les Québécois comme chef. Sa volonté de remplacer Pauline Marois nous laisse pantois.

    Aurait-il donc des atouts cachés ?

    Vaudrait mieux nous en faire part maintenant.

  • Bernard Gervais - Inscrit 27 août 2011 01 h 01

    Le silence est d'or

    Avec des propos comme ceux qu'il a tenus hier lors d'entrevues, Pierre Curzi n'a fait qu'accentuer l'image voulant qu'il appartienne à une famille politique dont les membres passent leur temps à se quereller, chose que les électeurs sont loin d'apprécier.

    Ce que M. Curzi a dit aux médias hier, bien des souverainistes (ceux qui veulent un PQ uni) auraient, j'en suis convaincu, préféré s'en passer.

  • Jean-François Trottier - Inscrit 27 août 2011 01 h 10

    Ça va pas, la tête?

    Après avoir porté un coup tellement dur au PQ qu'il risque de disparaître, voilà que Curzi songe à le diriger! Ah non! Il a assez fait de dommages!
    Qu'il retourne jouer dans des téléromans. C'est sa place.

  • Seven Nomena - Inscrit 27 août 2011 01 h 48

    M. Curzi doit communiquer mieux



    Bonjour,

    Depuis une semaine, M. Curzi multiplie les sorties mediatiques.
    Bien sur, il a de bonne intention mais...
    Je pense que ses declarations sont mal percus par plusieurs. Je pense donc qu'il a un travail a faire pour ameliorer sa communication.
    Devant le public, la raison prime sur le coeur.
    Ne pas se laisser emporter trop par l'emotion. Une bonne idee bien pensee et bien structuree et bien prononcee finira toujours par interesser l'esprit des gens.
    Avis donc pour son entourage.
    Il ne faut pas oublier que les medias n'hesitent pas a critiquer certaines idee car il faut partie de la societee aussi.
    Merci

  • Yves Côté - Abonné 27 août 2011 03 h 15

    L'exemple du PS français...

    Pour décider d'un(e) chef indépendantiste, pourquoi ne pas suivre l'idée du PS en France ? Mais à la québécoise...
    Sous l'organisation d'une autorité non partisane mais indépendantiste, après que tous ceux qui se pressentent l'âme d'un chef pour aller vers l'indépendance du Québec se soient fait connaître, votons tous ceux qui veulent pour la personne qui nous convienne.
    Cela fait, apportons lui l'aide nécessaire pour constituer le parti qui pourra rassembler politiquement toutes les bonnes volontés, de droite comme de gauche, et de celle-ci, dressons un programme d'action consensuel. Celui-ci devenant ensuite le programme électoral du parti en question, les Québécois auront ainsi tous l'occasion de se regrouper autour d'un projet clair d'accession au pays tout en appuyant solidairement cette personne en laquelle notre confiance sera mise.
    L'idée est de commencer par régler le problème prioritaire auquel les Québécois font face, celui de la confiance en un(e) chef digne de notre objectif autant que de notre besoin d'intégrité, avant même de choisir l'outil ou les outils qui conviennent pour prendre en mains notre destinée.
    Ne vaut-il pas mieux choisir ensemble le charpentier plutôt que le coffre à outils ?
    C'est du moins mon petit point de vue...
    Et encore une fois, Vive le Québec libre !