Changement de donne à Québec

Jean Charest<br />
Photo: Clément Allard - Le Devoir Jean Charest

Québec — Jean Charest a toujours fait ses choux gras de la souveraineté. «Pauline Marois a les mains attachées par la souveraineté», clamait-il en novembre 2008 lors de la campagne électorale. «Sur la planète péquiste, on a une autre priorité que l'économie, soit la souveraineté», lançait-il à l'ouverture du Conseil général du Parti libéral du Québec en novembre dernier. Mais voilà que le chef libéral a perdu son hochet: non seulement le PQ se décompose sous nos yeux dans les miasmes des dissensions et des contradictions, mais la souveraineté apparaît de plus en plus comme un enjeu irréel, une chimère à mille lieues des «vraies affaires».

Au dernier congrès des jeunes libéraux il y a deux semaines, Jean Charest n'a fait aucune remarque sur Pauline Marois, le PQ ou la souveraineté. Mais il ne s'est pas privé de s'en prendre aux adéquistes qui songeraient à se rallier à François Legault et qu'il accuse de renier leurs convictions. Une union contre nature, selon le chef libéral. «Impossible et irréconciliable», a-t-il soutenu.

On le voit: Jean Charest doit maintenant composer avec un nouvel adversaire qui n'a cure de la souveraineté et qui ne s'intéresse qu'à ce qu'il considère comme les «vraies affaires». L'épouvantail de la souveraineté n'est plus d'aucune utilité.

Fin des attaques


Quand on cesse d'être la cible de ses adversaires en politique, c'est qu'on est devenu une quantité négligeable. Pauline Marois pourra peut-être se réjouir d'un changement de ton qu'elle appelait de ses voeux de la part du premier ministre, mais elle devrait plutôt s'inquiéter de ne plus faire l'objet de ses attaques. À 18 % dans le dernier coup de sonde de CROP cette semaine, alors que le Parti libéral conserve sa base avec 27 % des intentions de vote et que le futur parti de François Legault en recueille 38 %, le PQ est en mode survie. Et ce n'est pas la tentative de «faire peuple» de Bernard Drainville qui va changer les choses: ses propositions semblent tirées des ruminations de férus de science po — ou inspirées par Pierre Curzi. On est loin des préoccupations actuelles des simples citoyens.

On peut certes constater que le mouvement souverainiste est en panne et on a du mal à imaginer Pauline Marois être en mesure de relancer l'option dans un avenir prévisible. Mais c'est toute la question nationale qui est dans l'impasse: ceux qui souhaitent, à l'instar des jeunes libéraux, renouveler le fédéralisme pour que la reconnaissance de la nation québécoise soit inscrite dans la Constitution canadienne apparaissent tout aussi déconnectés que les tenants d'une élection référendaire. «Il n'y a personne qui veut se lancer dans une ronde constitutionnelle nulle part. Dans ce sens-là, c'est illusoire», fait observer le sénateur Jean-Claude Rivest.

Des vues similaires

Jean Charest n'a aucune intention de prendre le bâton du pèlerin pour convaincre ses homologues des autres provinces du mérite d'entreprendre des négociations constitutionnelles ou promouvoir un «Sénat des provinces», a-t-il affirmé en réponse aux jeunes libéraux. Il s'est dit persuadé que Stephen Harper voyait «sur son écran radar» la même chose que lui, c'est-à-dire le néant.

Sur cette question, les vues de François Legault rejoignent celles du chef libéral. Le cofondateur de la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ) n'a aucune intention de réclamer la tenue d'une ronde de négociations constitutionnelles. Les revendications du Québec seront reléguées aux oubliettes pendant dix ans. Il ne défendra même pas la timide revendication, présentée par le gouvernement Charest, d'une entente administrative visant la culture et les communications, une demande qui est restée lettre morte.

François Legault vient d'ailleurs d'engager deux conseillers du Parti libéral du Canada. Gageons que, quand il présentera sa brochette de candidats, des fédéralistes notoires y figureront en bonne place.

Sur les autres questions, il n'y a pas non plus un grand écart idéologique. Jean Charest se pose en pragmatique qui fait de la prospérité du Québec sa priorité et qui entend régler les problèmes concrets des Québécois. Avec sa démarche «business», François Legault incarne le pragmatisme le plus terre à terre. Son programme, qui est avant tout une liste de «solutions» à des problèmes «urgents», flaire le redressement d'entreprises. Pour Jean Charest, c'est un adversaire beaucoup plus coriace que Pauline Marois qui, elle, est forcée de se parer d'un idéal qui ne lève plus.

Un nouveau radical!


Du Japon où il mène une mission économique, Jean Charest a déjà commencé à lancer des salves à son nouveau rival. François Legault a «un agenda caché» puisqu'il promet de diriger le Québec pour un seul mandat. «Un politicien qui se lance dans la mêlée pour un seul mandat a des raisons: des décisions tellement brutales, radicales et contraires à ce que les gens veulent qu'il ne peut même pas imaginer faire un deuxième mandat», a lancé le chef libéral. Bref, François Legault est un dangereux radical de droite. On le voit: les hostilités sont bel et bien amorcées.

Pour Jean Charest, dans l'éventualité où il reste à la tête du Parti libéral pour les prochaines élections, le défi est immense. Certains diront: insurmontable. «S'il y a une volonté de changement dans la population, ce qui est possible après huit ou neuf ans d'un gouvernement, c'est Legault qui va tirer les marrons du feu», croit Jean-Claude Rivest. La règle de l'alternance jouera pour le nouveau venu. Quant à Pauline Marois, les focus groups menés par le parti lui ont déjà signifié que la population ne l'associait aucunement au changement; cette perception n'a certainement pas changé.

Certes, quelques pelures de banane se présenteront sur le chemin de François Legault. Ainsi, son parti devra se définir une position constitutionnelle, a-t-il affirmé. Pour cette coalition de souverainistes qui ont lâché prise et de fédéralistes sans complexe, faire preuve de cohérence relativement à cet enjeu peut s'avérer difficile. De même, dans quelques semaines, la CAQ présentera ses propositions en matière de langue et de culture. En la matière, le terrain est toujours glissant. La CAQ devra dire si elle considère que le français est menacé à Montréal et s'il faut renforcer ou non l'application de la Charte de la langue française.

Il se peut bien que le PQ reprenne du poil de la bête lors de la reprise de la session parlementaire; après tout, l'opposition officielle peut se faire valoir à l'Assemblée nationale. C'est ce que Jean Charest doit secrètement espérer: une division du vote plus égale entre le parti de François Legault et le PQ reste son meilleur atout pour permettre au parti qu'il dirige de se faufiler. Le mandat de son gouvernement est encore jeune; des bouleversements peuvent survenir.

On n'a qu'à penser à ce qui est arrivé à Pauline Marois depuis juin.
5 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 27 août 2011 07 h 16

    Un "autre Charest" serait une catastrophe pour le pays!

    S'il fallait que le peuple quebecois se donne un nouveau Charest pour les années à venir, le Québec s'en irait à la dérive pour de nombreuses années.

  • Jacques Morissette - Abonné 27 août 2011 10 h 24

    Monsieur le journaliste.

    Votre chronique est intéressante. J'ai l'impression de lire un cours de machiavel 101. Votre opinion politique, même si vous ne la dites pas ouvertement, semble pencher pour Jean Charest. Dites-moi que je me trompe!

    Je vous cite: «C'est ce que Jean Charest doit secrètement espérer: une division du vote plus égale entre le parti de François Legault et le PQ reste son meilleur atout pour permettre au parti qu'il dirige de se faufiler. Le mandat de son gouvernement est encore jeune; des bouleversements peuvent survenir.»

    Vous ai-je bien compris? Vous semblez dire que le mandat du gouvernement Charest en encore jeune? Moi, je ne trouve pas! Du moins tant qu'il prend les territoires du Québec pour un magasin à escompte au service des entreprises.

  • Jean Lapointe - Abonné 28 août 2011 10 h 09

    Un peu exagéré non ?

    Monsieur Dutrisac vous avez écrit:

    "non seulement le PQ se décompose sous nos yeux dans les miasmes des dissensions et des contradictions"

    Ne trouvez-vous pas que c'est un peu exagéré que de dire que le Parti québécois serait en train de se décomposer?

    Bien sûr qu'il s'y passe bien des choses, mais à ce que je sache, le Parti québécois continue de fonctionner.?

    A ce que je sache, la majorité des députés appuyent leur chef et continuent à travailler comme d'habitude.

    Et, puis qu'est-ce qu'on en sait ? Le Parti québécois pourrait très bien sortir renforcé de cet épisode de tensions, de discussions et de débats.

    N'est-ce pas le signe qu' une certaine démocratie existe au sein de ce parti même si on pourrait souhaiter parfois que les choses se déroulent autrement.

    Il y a des gens qui semblent déplorer qu'il y ait des crises au sein des partis politiques. C'est comme si pour eux ce serait très mauvais signe et ils condamnent tout ça comme si c'était la faute des gens qui y sont impliqués. Ce serait de mauvaises gens, des pas bons.

    ILs ont l'air d'oublier que les crises font partie de la vie et pas seulement dans les partis politiques. Ils ont l'air de rêver à un monde sans crise, ce qui serait complètement illusoire.

    Ce serait très inquiétant s'il n'y avait pas de crises. Cela voudrait dire qu'il existerait un ordre très probablement imposé d'autorité et par la force.

    Je trouve que bien des gens devraient revoir les critères qu'ils utilisent quand ils se permettent de juger les évènements et les personnes.

    Très souvent ce sont des critêres moraux qu'ils utilisent ,des critères moraux qui n'ont plus leur place aujourd'hui si on veut faire progresser la démocratie.

  • Seven Nomena - Inscrit 28 août 2011 21 h 04

    Charest reste favori


    Bonsoir,

    Si je comprends bien les adversaires du PM Charest, ils veulent tous aller en elections au plus vite. M. Legault est deja en campagne, les militants souverainistes sont pressees a tel point qu'ils veulent donner au peuple le pouvoir de s'exprimer sur les affaires nationals.
    Minute...
    D'abord, M. Charest: Ne le sous-estimez surtout pas.
    Rappellez-vous qu'il avait gagnee le vote populaire face a Bouchard, avait battu Landry, surclassait Boisclair et Dumont. Des poids lourd de la politique quebecoise.
    Jean Charest est un homme politique tres brillant, un debateur redoutable. Maintenant, son atout c'est le plan nord. Qui en theorie contribuera a la prosperitee future du Quebec.

    Le seul adversaire capable de le confronter est ... Pauline Marois. Celle-ci a les qualitees, les experiences et les competances requises pour occuper la fonction de premiere ministre. Sauf que ... elle aura un grand defi de taille avant de pouvoir se presenter a l'election.

    M. Legault est populaire maintenant, mais c'est Charest qui va donner le ton (la date de l'election). Comme Mario Dumont en 2003, M. Legault est favori dans les sondages mais il commence a commettre des erreurs de ...debutant (il n'est pas encore chef d'un parti politique). En plus, il ne peut pas compter sur les votes DES souverainistes. Quebec solidaire deja sur place, veut sa part aussi.
    Devant Charest, il va lui manquer un peu de mordant.

    RESULTATS:... Charest reste le grand favori au prochain election au Quebec.

  • Marie-France Legault - Inscrit 29 août 2011 09 h 17

    Mme Marois est

    tombée dans la politicaillerie: accusations, insultes, bêtises, menaces: "on est assez nombreux pour leur faire manger....."

    L'Opposition consiste à critiquer les projets de loi,
    à présenter des amendements, des solutions, à montrer
    ce qui est inacceptable dans un projet...
    ce que Mme Marois ne fait pas...