Libre circulation des données informatiques - Les gouvernements pris de vitesse

Plus vite que l'administration. Les défenseurs de la libre circulation des données informatiques détenues par les organismes publics ont fait un pied de nez hier au gouvernement Charest et à la Ville de Montréal en dévoilant, avant eux, un site Internet qui permet aux automobilistes de suivre en temps réel l'évolution des chantiers de construction partout au Québec et d'établir son itinéraire afin de mieux les contourner. La semaine dernière, les deux paliers de gouvernement avaient évoqué en chœur la possibilité de créer un tel site.

Baptisé ZoneCone.ca, le projet veut faciliter la vie des automobilistes tout en incitant les organismes publics à adopter rapidement des politiques concrètes de mise en liberté des données informatiques non confidentielles, afin de laisser les citoyens programmeurs chercher des solutions technologiques à des problèmes sociaux, a indiqué hier le regroupement Montréal Ouvert qui est à l'origine de cette démarche.

«J'espère que les responsables du ministère des Transports (MTQ) et de la Ville vont voir ça comme un point de départ plutôt que comme un affront», a indiqué hier au Devoir Stéphane Guidoin, informaticien qui, à temps perdu, a mis en place ce site d'informations. L'homme est chargé de projet à la Bourse de Montréal. Il est aussi membre de Montréal Ouvert. «Avec ce genre de projet, nous voulons faire la promotion des données ouvertes et surtout de l'usage que les communautés de programmeurs pourraient en faire pour aider les citoyens.»

En substance, ZoneCone.ca, accessible gratuitement, articule au même endroit sur le Web plusieurs données recueillies par M. Guidoin sur les sites Internet du MTQ et de la Ville de Montréal. «Dans une prochaine version du site, il serait aussi possible d'inclure une fonction sociale par laquelle les citoyens pourront indiquer la présence de travaux non répertoriés ou de travaux suspendus», ajoute le créateur qui estime toutefois qu'avec «une plus grande ouverture» des données détenues par la Ville et le ministère, l'information diffusée pourrait alors «devenir encore plus fiable».

ZoneCone.ca est la dernière création du groupe Montréal Ouvert qui, par le passé, a mis en place des sites d'informations pratiques fondées sur le recoupement de données publiques relativement faciles à dénicher sur la Toile. Patinermontreal.com, sur l'état des patinoires à Montréal, et Resto-net.ca, qui recense et localise les inspections des restaurants de la ville, sont au nombre de ces créations. À terme, les défenseurs des données libres espèrent que tous les paliers de gouvernement faciliteront à court terme l'accès aux données publiques, comme l'ont fait plusieurs villes d'Europe et des États-Unis, pour permettre la mise à profit de l'intelligence collective et de la technologie pour la recherche de solutions innovantes à des problèmes récurrents, estiment-ils.
2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 23 août 2011 08 h 41

    Liberté bien illusoire

    À quoi peut bien servir un site comme Resto-net.ca ?

    Voyons un peu... On met une carte en ligne, avec dessus des restaurants qui ont reçu la visite des inspecteurs, en quête d'infractions pour remplir les coffres de la Ville. Un resto où un serveur un peu débordé aura laissé un verre d'eau à la température de la pièce plus de 14 minutes 33 secondes se fera servir une amende de 1250 $ pour insalubrité et Resto-net.ca, sans le moindre esprit critique ou sens des nuances, épinglera ce resto sur sa carte. Les consommateurs qui cherchent des restos purs et vertueux visiteront ce site, de crainte de bouffer des bactéries, et dès que l'achalandage du site aura atteint un niveau satisfaisant, les promoteurs du site pourront vendre de la pub aux restos vertueux et ainsi récupérer largement les ressources investies.

    Voilà ce qui s'appelle détourner de l'information publique en marchandises commerciales. L'information se vend bien, très bien même, et plusieurs le savent. Sous cette façade de liberté et de moralité se cachent de purs motifs de commerce lucratif. Il ne faut pas se laisser berner.

  • Khayman - Inscrit 23 août 2011 11 h 30

    Pente glissante et généralisation hâtive

    @Jean Richard : Ne voir que cette application possible est de mauvaise foi.

    Wikipédia, un autre produit de la culture libre, permet l'exploitation de son contenu par des organismes à buts lucratifs. Cependant, c'est loin d'être l'utilisation principale de ce projet d'encyclopédie en ligne gratuite.

    Rejeter en bloc une telle initiative puisqu'elle permet une utilisation commerciale est à la fois une pente glissante et une généralisation hâtive.