Stratégie de la «gouvernance souverainiste» - Le débat est clos, selon Pauline Marois

Pauline Marois était de passage hier à Sainte-Anne-de-Sabrevois, en Montérégie, où elle rendait visite à des sinistrés des inondations du printemps.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pauline Marois était de passage hier à Sainte-Anne-de-Sabrevois, en Montérégie, où elle rendait visite à des sinistrés des inondations du printemps.

La chef du Parti québécois (PQ), Pauline Marois, a défendu vigoureusement, hier après-midi, sa stratégie de gouvernance souverainiste, tout en soulignant que les signataires du manifeste du Nouveau Mouvement pour le Québec (NMQ) font preuve de «mépris» à l'égard des indépendantistes.

Pauline Marois reproche aux instigateurs de ce regroupement né à la suite du départ de cinq députés du caucus péquiste de semer le désordre dans les rangs des souverainistes, notamment en attaquant frontalement le PQ.

«Diviser pour régner, je ne crois pas que c'est une très bonne attitude à avoir», a lancé la chef de l'opposition, en marge d'une rencontre avec des sinistrés des inondations de mai à Sainte-Anne-de-Sabrevois, en Montérégie. «Ce qui se passe actuellement, c'est assez méprisant à l'égard de milliers de militantes et de militants qui croient à la souveraineté. C'est absolument inutile de se diviser actuellement. Nous voulons nous donner un pays.»

Mme Marois réagissait au premier manifeste du NMQ, qui accuse notamment le PQ d'être «usé», «confus» et «banalisé par le public et les médias».

Les auteurs du document titré «Brisons l'impasse» dénoncent aussi la stratégie adoptée par le PQ pour faire du Québec un pays. Ils proposent plutôt de mettre sur pied des «assemblées constituantes» où les Québécois choisiraient leur régime politique, leur citoyenneté, leurs valeurs, leurs droits et obligations, leurs rapports entre eux et les institutions du Québec ainsi que leur rapport comme citoyen avec le Canada et le monde, etc.

Le débat est clos

Pauline Marois refuse catégoriquement de rouvrir ce débat, arguant que le projet de «gouvernance souverainiste», axé sur le rapatriement progressif de pouvoirs d'Ottawa à Québec, mérite d'être mis en oeuvre.

Les gouvernements du PQ qui se sont succédé à partir de 1976 à la tête de l'État québécois ont «fait des efforts», ont «proposé des stratégies» pour accéder à la souveraineté, mais ont un après l'autre mordu la poussière, a-t-elle souligné. «Jusqu'à maintenant, ça n'a pas donné les résultats escomptés. Est-ce qu'on peut choisir un autre chemin? Le chemin que nous proposons, c'est un chemin qui mène à la souveraineté du Québec.»

Pour elle, le congrès du PQ, en avril, a scellé définitivement la victoire des sympathisants de la thèse de la «gouvernance souverainiste». «Les propositions qui venaient de certains comtés qui s'opposaient ont été soumises dans les débats et ont été rejetées, a-t-elle rappelé tout en montrant du doigt la circonscription de Crémazie. À partir de là, je crois que je dois respecter la volonté des militantes et des militants. J'ai surtout le goût de le faire, le pays, plutôt que de continuer de discuter de la stratégie.»

D'autre part, la chef du PQ a accepté d'assouplir la discipline de parti au sein de sa formation politique, se montrant aujourd'hui disposée à ce qu'il y ait «de plus en plus [de] votes libres à l'Assemblée nationale». Rappelons que tous les députés péquistes devaient appuyer le projet de loi 204 visant à mettre à l'abri de toute contestation judiciaire l'entente Québec-Quebecor sur l'amphithéâtre.

Plus tôt, le député de Jonquière, Sylvain Gadreault, était monté au front pour prendre la défense de sa formation politique et de sa chef, Pauline Marois. «Je ne comprends pas qu'on veuille diviser les forces alors que c'est extrêmement important de s'unir», a-t-il déclaré. «J'ai l'impression d'être tout le contraire d'être "usé" et "confus" et exposer de nouvelles idées collées à la réalité», a ajouté M. Gaudreault, qui a été élu à l'Assemblée nationale il y a moins de cinq ans.

S'éloignant du NMQ, le député de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, a refusé hier de cautionner l'attaque en règle portée contre les partis politiques par le regroupement fondé par le militant indépendantiste de longue date Jocelyn Desjardins. «Quant à l'aspect des attaques sur les partis existants ou à venir, moi je pense qu'un projet constructif devrait plus parler de ce que lui a à offrir que d'attaquer les autres et de dire pourquoi ils ont échoué», a-t-il indiqué.

M. Aussant, qui a claqué la porte du PQ le 7 juin, soit au lendemain du départ du caucus péquiste de Pierre Curzi, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin, a toutefois accueilli avec enthousiasme la mise à «l'avant-plan» de la souveraineté dans le premier manifeste du NMQ.

«Le vote souverainiste est déjà divisé parce qu'il n'y a pas d'option claire. S'il y avait un parti qui disait clairement: "voter pour la souveraineté", je pense que ça pourrait fédérer le vote souverainiste», a affirmé l'homme politique, qui a par ailleurs demandé au Directeur général des élections du Québec (DGEQ) de mettre de côté le nom «Option Québec» au cas où il formerait un nouveau parti politique.

Jean-Martin Aussant sera présent à l'assemblée publique du NMQ qui se tiendra dimanche à l'auditorium du cégep Saint-Laurent de Montréal, à l'instar des députés de Crémazie, Lisette Lapointe, et de Borduas, Pierre Curzi.

Les 46 députés restants du PQ doivent pour leur part se réunir le 31 août et le 1er septembre à Saguenay pour leur premier caucus en deux mois. La dernière rencontre des élus péquistes remonte au 22 juin.

Devant l'effritement des appuis du PQ, l'ex-député Jean-Pierre Charbonneau estime improbable l'élection d'un gouvernement souverainiste aux prochaines élections générales, à moins que les partis souverainistes forment une coalition ou qu'ils réussissent d'ici là à mettre la hache dans le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour au profit d'un mode de scrutin proportionnel. «S'il n'y a pas une réunification des forces autour du Parti québécois il va falloir, si les indépendantistes veulent avancer, qu'ils se réunissent au sein d'une quelconque organisation, coalition, et qu'ils fassent un pacte électoral parce qu'avec le mode de scrutin actuel, on n'en sort pas», a-t-il suggéré à l'occasion d'une entrevue à Radio-Canada.
 
70 commentaires
  • Turbine - Abonné 17 août 2011 00 h 41

    QS

    Je lis plusieurs commentaires qui ignorent tout de QS. J'ai déjà écouté Khadir dans une assemblée et il est fin pédagogue pour expliquer que le bien-être du peuple se trouve dans les politiques sociales justes et, conséquemment, l'indépendance du Québec. Ses leçons d'histoire sur Allende ou Mossadegh montre que la nationalisation des ressources profite à toute la société. Et on sait qu'il ne se fait pas acheter LUI. Les manières de faire à QS sont harmonieuses et respectueuses. Idem pour Françoise.

    Je suis la 3e génération d'indépendantiste dans ma famille et je ne suis plus capable, mais d'aplomb!!! d'entendre les chicanes du PQ.

    L'indépendance viendra du coeur des Québécois, pas d'une ritournelle de discours, de répliques... Je n'ai pas le goût de vivre dans ton pays Pauline. Merci pour tes efforts.

    Ultimement, je ne suis pour aucun parti. Je suis pour la justice sociale, pour l'éducation, pour l'aide aux plus démunis, pour la compassion, le dialogue... Et le reste suivra. Notre pays suivra, car on y sera bien. J'en suis certaine. Mais il faut s'occuper des gens avant. Pas essayez d'imposer son idée ad nauseam. Préoccupons-nous des gens. Le peuple est présentement trop souffrant pour aspirer à quoi que ce soit. On survit. Occupons-nous des gens et on aura la force de bâtir un pays bien à nous.

  • Marcel Bernier - Inscrit 17 août 2011 01 h 26

    Le débat, pour le peuple, lui, reste ouvert... (1)

    L’émancipation d’un peuple se fait dans la concertation du plus grand nombre de citoyens et de citoyennes. C’est le peuple qui revendique sa liberté face à la soumission et à la dépendance à un gouvernement étranger. Et là, on n’est pas dans l’à-peu-près : politiquement, socialement, culturellement, économiquement, nous n’avons plus de marge de manœuvre.
    Le Parti québécois, avec sa chef actuelle, agit de façon très monarchique : nous allons vous dire quand et comment vous, le peuple, vous allez accéder au pays qu’on vous a concocté. Et ce n’est pas tout de suite, je vous en passe un papier! Nous sommes en plein dans la fausse représentation!

  • Marcel Bernier - Inscrit 17 août 2011 01 h 27

    Suite (2)

    Depuis le dernier référendum de 1995, où ce parti a eu la chienne de sa vie (le oui a passé près de l’emporter), personne n’a entrepris de démarche pour faire invalider ce scrutin suite aux agissements des Chrétien, Charest et leurs sbires. Pas plus, il n’y eu une suite logique, c’est-à-dire une recrudescence des efforts pour dire à ceux et à celles qui y croyaient que ce n’était que partie remise et que nous allions nous retrousser les manches. Nenni!
    Nous avons plutôt assisté à la folklorisation de la démarche, à travers le Conseil de la souveraineté, sous l’égide de l’ineffable Larose.
    Aujourd’hui, maintenant, il nous faut un véhicule, un mouvement, pour que ces aspirations légitimes puissent être canalisées dans des voies politiques, et ce, sans aucune ambigüité. La soumission au conquérant a assez duré! Il est temps de prendre en main notre destin.

  • Jerry Paris - Inscrit 17 août 2011 01 h 48

    PQ.

    Lachez pas Mme. Marois ont vous appuie. Tous ceux qui ont renié le PQ. devraient remettre leurs salaires car ils ont été élu sous la bannière péquiste. Et donnez leur démission le plus rapidement possible. Je ne comprends pas qu'aucun journalistes en fait pas mention, D'habitude ils voient tout ou voit ce qu'ils veulent voir.

  • VITRILLOLA - Inscrite 17 août 2011 04 h 05

    RIP

    Oui, le débat est clos, madame Marois, mais le PQ aussi.