L'Ordre des ingénieurs dénonce un manque d'entretien des infrastructures

Au cours de la nuit de dimanche à hier, une deuxième poutre instable a été retirée. Cette nuit, une troisième poutre devait être solidifiée, permettant aux ingénieurs de circuler plus loin dans le tunnel ce matin.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Au cours de la nuit de dimanche à hier, une deuxième poutre instable a été retirée. Cette nuit, une troisième poutre devait être solidifiée, permettant aux ingénieurs de circuler plus loin dans le tunnel ce matin.

Les grandes infrastructures routières du Québec ont beau avoir souvent été construites dans les années 1960, il est «inhabituel» qu'elles soient déjà affectées de problèmes sérieux, soutient la présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec, Maud Cohen. Elle montre du doigt les lacunes dans l'entretien.

En entrevue au sujet de l'effondrement d'une structure de plusieurs tonnes à l'entrée du tunnel Viger, à Montréal, Mme Cohen s'est dite préoccupée par le manque de régularité dans l'entretien des infrastructures en général.

Selon elle, ces infrastructures devraient durer beaucoup plus que 40 ou 50 ans, mais à condition d'être régulièrement inspectées et entretenues.

«C'est plutôt inhabituel ce qu'on voit là. Au contraire! Des ponts, des infrastructures, ça a des durées de vie qui sont bien plus longues que 40, 50, 60 ans comme on peut le voir à l'heure actuelle. Ce qui se produit à l'heure actuelle, ça a un lien direct avec le fait qu'on a investi très, très peu d'argent, sinon pas d'argent, dans l'entretien et la maintenance des infrastructures au fil des années», a opiné Mme Cohen.

Or, pendant les années 1990, les autorités gouvernementales ont réduit leurs budgets d'entretien, aux prises avec d'importants déficits.

«Les problèmes que l'on décèle aujourd'hui sont rendus à un point si avancé qu'on n'a pas le choix, par exemple dans le cas du pont Champlain ou de l'échangeur Turcot, de remplacer les infrastructures qu'on aurait pu peut-être garder 10, 15, 20 ans, 30 ans de plus, si on les avait entretenues de façon plus adéquate. Et le coût est beaucoup plus grand pour les contribuables qu'il ne l'aurait été si on les avait entretenues de façon adéquate», a déploré Mme Cohen.

La présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec ne prône pas nécessairement le recours à l'acier plutôt qu'au béton. Selon elle, il faut d'abord bien entretenir l'infrastructure, qu'elle soit en acier ou en béton, sinon des problèmes peuvent se présenter.

Elle trace un parallèle avec une voiture. «Une automobile, on va l'amener au garage à chaque 5000 kilomètres, selon les instructions du garagiste. On ne va pas attendre 20 000 kilomètres avant d'aller faire un changement d'huile. C'est exactement la même chose avec une infrastructure. Lorsqu'un pont va être construit, il va avoir des entretiens à effectuer au fil des années, des inspections, et ça, ça n'a pas été fait de façon appropriée depuis les années 1960, 1970. Ça a été fait davantage ces dernières années à cause des événements que l'on connaît», a déploré Mme Cohen.

De même, la présidente de l'Ordre des ingénieurs du Québec confirme les dires de l'Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec voulant qu'il y ait eu une perte d'expertise au ministère des Transports, au profit du secteur privé qui offre une rémunération plus avantageuse.

Elle note également une pénurie d'ingénieurs civils.

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