Nouvelle frayeur, nouvelles questions

D’énormes pièces de béton obstruent l’entrée de l’autoroute Ville-Marie à la hauteur de la sortie Saint-Laurent, à la suite de l’effondrement d’hier.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir D’énormes pièces de béton obstruent l’entrée de l’autoroute Ville-Marie à la hauteur de la sortie Saint-Laurent, à la suite de l’effondrement d’hier.

Les pièces de béton qui se sont effondrées sur la chaussée de l'autoroute Ville-Marie n'ont fait aucun blessé, mais l'incident ravive l'inquiétude touchant la sécurité des infrastructures à Montréal.

Vers 9h10, hier matin, une poutre s'est affaissée sur la 720-Est à la hauteur de la sortie Saint-Laurent, entraînant dans sa chute les paralumes qu'elle soutenait, ces pièces de béton quadrillées qui servent à atténuer la lumière. Le pire a été évité: aucune voiture ne circulait sous le pont d'étagement Hôtel-de-Ville au moment où les quatre voies ont reçu la charge. En moyenne, 100 000 automobilistes empruntent l'autoroute Ville-Marie les jours de semaine.

Des travailleurs de la construction qui s'affairaient à la réfection des murs de cette section de l'autoroute ont alerté la Sûreté du Québec (SQ) après l'affaissement. Rapidement, Montréalais et touristes, ébahis, ont pu constater les dégâts, puisque la portion de l'autoroute Ville-Marie juste avant le lieu de l'effondrement est à ciel ouvert, à deux pas du Vieux-Montréal.

Certains ont avancé l'hypothèse que les vibrations des travaux ont pu causer la chute des paralumes. «Il est trop tôt pour avancer cette hypothèse-là, c'est pour ça qu'on a des ingénieurs en structure sur les lieux en ce moment», a répondu la porte-parole du ministère des Transports du Québec (MTQ), Caroline Larose. Trois experts ont été spécialement mandatés par le ministère pour aider la SQ à cerner les causes de l'incident.

Cette partie de l'autoroute a été inspectée par le MTQ de façon approfondie en 2008 et une inspection visuelle a été réalisée l'an dernier.

L'incident sur l'autoroute Ville-Marie survient alors que des failles ont été détectées sur plusieurs grands axes routiers de la région montréalaise. Le pont Champlain a grand besoin d'être remplacé et le pont Mercier subit d'importants travaux de réfection, tout comme une bretelle de l'échangeur Turcot, où sont effectués des travaux d'urgence avant le début de la construction du nouvel échangeur, l'an prochain.

Le ministre des Transports du Québec, Sam Hamad, s'est rendu en fin de journée sur le site de l'incident pour constater les dégâts. Le ministre tenait à rassurer la population. «Toutes les routes qui sont ouvertes sont sécuritaires [selon les critères du] ministère des Transports. Il n'y a aucun compromis avec la sécurité au Québec. [...] On fait des inspections régulières de toutes les infrastructures et ces inspections nous permettent d'effectuer des travaux rapidement.»

C'est d'ailleurs l'inspection de 2010 qui a mené au lancement de travaux de réfection des murs de cette section de l'autoroute Ville-Marie il y a quelques semaines. Si les gouvernements ont sous-financé les infrastructures depuis une vingtaine d'années, Québec met désormais les bouchées doubles, estime Sam Hamad.

Les oppositions à Montréal et à Québec ne sont pas d'accord. Oui, «on paie le prix du sous-investissement depuis 30-40 ans, déplore aussi le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, mais on continue toujours à développer de nouvelles infrastructures plutôt que d'entretenir celles qu'on a. L'entretien, ce n'est pas sexy».

Le porte-parole de l'opposition officielle en matière de transport et député de Gouin, Nicolas Girard, souhaite que les rapports d'inspection de 2008 et 2010 sur l'autoroute Ville-Marie soient rendus publics. «On croyait que le gouvernement avait tiré des leçons à la suite du rapport de la commission Johnson, après l'effondrement du viaduc de la Concorde [en 2007]. Dans ce cas-ci, les circonstances ne sont pas les mêmes, mais des questions se posent.» En premier lieu, est-ce que les ressources sont suffisantes au ministère pour inspecter les routes, les ponts, les tunnels? demande-t-il.

Le maire de l'arrondissement du Sud-Ouest, Benoit Dorais, qui siège par ailleurs à la Commission sur l'environnement, le transport et les infrastructures, donne sa pleine confiance aux inspections des ingénieurs du ministère. Cet élu de Vision Montréal dénonce toutefois une «culture du silence». «Le MTQ n'est pas toujours transparent», dit M. Dorais, qui s'est toujours vivement opposé au dernier plan de l'échangeur Turcot du ministère. «Je ne crois pas qu'il mette la vie de quiconque en danger, mais il faut toujours leur soutirer les informations.»

Rappelons que ces derniers mois, Transports Québec n'a pas donné tout le détail des raisons de la fermeture d'une bretelle de l'échangeur Turcot où deux voies ont été fermées pour réfection. De plus, le ministre Sam Hamad a dernièrement accepté qu'Ottawa ne rende pas public un rapport sur l'état du pont Champlain.

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est fait pour sa part rassurant. «On est en mode solution», a indiqué le maire, à proximité des lieux de l'effondrement. Selon lui, la Ville fait déjà tout ce qui est en son pouvoir pour la sécurité des automobilistes et continuera à le faire. «Ça fait depuis 10 ans qu'on investit des sommes dans nos infrastructures. Je sais que les incidents s'additionnent de plus en plus. On va continuer à faire les représentations nécessaires» auprès de Québec et d'Ottawa. Il n'y a pas lieu de «paniquer».

Les voies de la 720 vers l'ouest ont été fermées en matinée hier, puis rouvertes après une inspection du mur central. La 720-Est, où les dalles quadrillées sont tombées, demeure quant à elle fermée. Le stationnement sera interdit sur la rue Ontario et le boulevard René-Lévesque, ainsi que du côté sud de Saint-Antoine jusqu'à ce que l'autoroute soit rouverte en entier.

LE COURRIER DE LA COLLINE

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

44 commentaires
  • Pierre Blain - Abonné 1 août 2011 04 h 49

    La langue de bois probicycle

    Nous les avons tous entendus hier. Et vous avez de qui je veux parler. La solution à l'effondrement des structures, c'est les transports en commun. Comme si un autobus rempli de passagers ne pouvait pas lui aussi être écrasé par des tonnes de béton.

    Nos villes ont été conçues autour de la voiture. Notre économie est encore basée sur le transport par route. Le vrai problème, c'est que Montréal,est devenu une ville pauvre. Le Québec aussi. Trop de chefs et pas assez de bras. Des querelles fultiles de structurite et de mots.

    Alors, cessons de blamer et regardons les problèmes en face. Peut-être pourrons-nous les régler.

  • Henry Fleury - Inscrit 1 août 2011 05 h 51

    Inspection visuelle ?

    Le public est à faire une inspection visuelle du MTQ et à première vue tout s'effouare. Des milles clochers aux mille nids-de-poule, Montréal est en passe de devenir la ville où il fait bon rester chez soi. Voir avec les yeux, c'est rassurant que l'diable votre affaire...

  • Hermil LeBel - Inscrit 1 août 2011 06 h 45

    La tiers-mondialisation de la métropole

    Nous assistons impuissant à la tiers-mondialisation de la métropole. Ce gouvernement corrompu n'a plus le lien essentiel de confiance de la part des citoyens et doit partir. Ce dernier accident nous démontre l'urgence de faire le ménage au sein de l'appareil de l'état gangrené par la corruption, la collusion et la gabegie. Seule une commission d'enquête, indépendante et souveraine, portant sur les liens présumés entre le crime organisé et la classe politique nous permettra de faire la lumière sur les forces de l'ombre à l’œuvre derrière les officines du pouvoir. Entre temps, prions pour que le béton ne nous tombe dessus que les fins de semaine...

  • alen - Inscrit 1 août 2011 07 h 46

    Mea culpa, mea culpa... mea maxima culpa

    Voila ce que vous devriez tous dire en ce moment. Ça fait des décennies que vous vous plaignez des impôts et des taxes trop élevés tout en demandant toujours plus de services... On en est même redu à vous payer pour <faire> des enfants, baptême!

    Évidemment, on n'a pas de $ pour entretenir nos routes et structures... On n'a pas les moyens de payer avec nos 3 autos à la porte de la maison. Et la p'tite dernière en plus qui va avoir besoin de la sienne, pour aller au CEGEP l'an prochain!..

    Que Gérald Tremblay cesse donc d'inventer des taxes pour le transport en commun et fasse payer aux profiteurs de la route ce que ça coûte réellement!

  • Ramlah - Abonnée 1 août 2011 08 h 13

    Combien pour les services de communication?

    Si le ministre n’a rien de mieux à répondre que «les inspections sont faites régulièrement sur les infrastructures routières» alors que le béton craque et se détache à un rythme affolant sur plusieurs ponts et viaducs puis-je offrir mon répertoire d’autres réponses intelligentes que le ministre pourrait faire. Au rythme où vont les choses, l’écroulement du viaduc du Souvenir va ressembler bientôt à un incident de jeu de mécano anodin.

    «Nos inspections sont faites régulièrement, les rapports sont dûment examinés et classés avec soin aux archives du Ministère des transports. »

    «Voyez ce n’est pas dangereux pour le public, le béton est fabriqué pour laisser tomber quelques morceaux en avertissement avant que les 40 tonnes décrochent. »

    «Le public est dûment protégé : les rapports d’inspection produits par le Ministère sont soigneusement gardés hors de la vue du public pour ne pas inquiété les gens inutilement. »

    «Les compagnies qui fabriquent les infrastructures demeurent les plus compétentes pour évaluer l’état, la qualité et la fiabilité de leurs installations. »

    Puis-je réclamé le tarif des spécialistes de la communication qui alimentent le ministre en réponses pertinentes?