Menacés, les revendeurs de billets engagent un lobbyiste

Québec — Les revendeurs de billets de spectacles n'ont pas l'intention de se laisser étouffer par le gouvernement.

Ils ont embauché un lobbyiste pour faire obstacle au projet de loi qui vise à interdire la revente de billets à un prix supérieur à celui annoncé par le vendeur autorisé. Ils se défendent d'escroquer les consommateurs ou de contrôler le marché.

Le projet de loi 25 est appuyé par les représentants de l'industrie du spectacle tels que l'ADISQ. Il vise à mettre fin aux activités des nombreux sites Web spécialisés dans l'achat massif et souvent automatisé de billets, revendus par la suite aux consommateurs à des prix parfois deux ou trois fois plus élevés. Parmi ces sites, on retrouve Billets.ca et 514-Billets.

Or on apprend en consultant le registre des lobbyistes que 514-Billets et Billets.ca font appel à un lobbyiste, Samuel Murray, du Groupe GVM. Il fait des démarches auprès de différents ministères, du cabinet du premier ministre et de l'Assemblée nationale. Selon le mandat inscrit au registre, il entend ainsi faire amender le projet de loi, afin de «concilier l'intérêt collectif des consommateurs québécois avec la liberté d'entreprise des revendeurs institutionnels».

Le porte-parole du groupe GVM a fait valoir que les entreprises qu'il représente sont tout à fait «légales» et sont «utiles» parce qu'elles répondent à un besoin. «On n'extorque personne», a déclaré le vice-président aux communications et à l'environnement de GVM, Stéphane Perrault. «Les gens qui viennent sur les sites de revente [sont au courant]: c'est écrit comme quoi vous acceptez d'acheter des billets de revente.»

De même, il assure que ses clients n'utilisent pas de logiciels d'achat automatisé pour faire main basse sur un grand nombre de billets.

«Pas du tout! À notre connaissance, on n'a jamais vu ce type d'appareils. La plus grande partie du chiffre d'affaires [des revendeurs] vient des événements à caractère international et sportif, et ils suivent le même processus [d'achat de billets] que vous et moi.»

Les revendeurs sont donc «loin de contrôler le marché», a-t-il poursuivi, contrairement aux «prétentions démesurées» de l'ADISQ. La grande majorité des transactions sur les sites sont effectuées par des consommateurs qui revendent leurs billets pour toutes sortes de raisons, a-t-il plaidé.

M. Perrault met en garde le législateur contre le bannissement de l'industrie, qui passera alors «au noir», au profit d'organisations étrangères. Ses clients sont prêts à accepter un meilleur encadrement.

Une source du bureau du ministre de la Justice a indiqué, hier, que M. Fournier n'a pas rencontré le lobbyiste des revendeurs de billets. Selon ce porte-parole, il n'y a rien de nouveau dans le dossier et les prochaines étapes seront les consultations en commission parlementaire.

En effet, une commission parlementaire se penchera sur le projet de loi les 12 et 13 septembre. Elle entendra entre autres l'ADISQ et Juste pour rire, de même que Billets.ca et 514-Billets.

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