Projet souverainiste - Marois a perdu «crédibilité» et «prestige», selon un député péquiste

Par son courriel, le député de Verchères répondait à un militant de Pierrefonds proche du Parti indépendantiste (PI), Daniel Roy, qui a proposé, dans un communiqué récent, de créer une coalition formelle de tous les partis souverainistes.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Par son courriel, le député de Verchères répondait à un militant de Pierrefonds proche du Parti indépendantiste (PI), Daniel Roy, qui a proposé, dans un communiqué récent, de créer une coalition formelle de tous les partis souverainistes.

Québec — La crise qui a secoué le Parti québécois rend Pauline Marois inapte à «mener à bien» le projet de souveraineté, estime un député péquiste qui est toujours membre du caucus. «Le coup qui lui a été publiquement asséné par les cinq démissionnaires aura sérieusement miné son prestige et sa crédibilité pour mener à bien notre projet», écrit le député de Verchères, Stéphane Bergeron, dans un courriel récent obtenu par Le Devoir.

Dans ce même courriel, M. Bergeron admet qu'il «partage certaines des récriminations des quatre premiers démissionnaires» (les Pierre Curzi, Louise Beaudoin, Lisette Lapointe et Jean-Martin Aussant). Joint hier par Le Devoir, il a admis avoir eu des réticences au sujet du projet de loi d'intérêt privé sur l'amphithéâtre, mais il dit avoir préféré faire valoir ses idées «de l'intérieur», convaincu que «la division ne fait que favoriser Jean Charest».

«Nous sortons profondément affaiblis du nouvel épisode malheureux qui a vu le Parti québécois se diviser de nouveau sur la place publique», écrit-il dans son courriel. Même s'il y affirme que Mme Marois a l'étoffe nécessaire et la «volonté» pour faire la souveraineté, M. Bergeron évoque un changement à la direction du parti, tellement la crise a affecté la stature de la chef. L'ancien député du Bloc ajoute toutefois ceci: «Je ne puis m'imaginer, dans le contexte actuel, que le Parti québécois puisse survivre à une énième course au leadership en si peu de temps...»

Par son courriel, le député de Verchères répondait à un militant de Pierrefonds proche du Parti indépendantiste (PI), Daniel Roy, qui a proposé, dans un communiqué récent, de créer une coalition formelle de tous les partis souverainistes (coalitionsouverainiste.com). M. Bergeron écrit d'ailleurs à M. Roy: «Imaginez l'espoir extraordinaire que susciterait l'apparition, sur la scène politique québécoise, d'une coalition progressiste et souverainiste... Cela trancherait sérieusement avec la morosité et le cynisme ambiants.» Au téléphone, toutefois, le député de Verchères a précisé hier qu'il parlait bien du Parti québécois comme d'une «coalition». À ses yeux, «c'est ce que le PQ a toujours été», a même insisté M. Bergeron. Mais il semble que ce soit de plus en plus difficile pour ce parti d'être rassembleur, comme le député le constate dans son courriel: «Maintenant, on nous déserte à gauche et à droite, parce que nous ne serions pas suffisamment à gauche ou à droite, sans compter les plus pressés et les moins pressés, qui le font à leur tour parce que nous serions trop ou pas suffisamment pressés...» Le problème est plus profond, croit-il: la souveraineté, qui était le «ciment qui maintenait ensemble tous ces éléments hétéroclites, semble maintenant s'effriter et je ne crois pas que ce soit simplement le fait d'une crise de leadership».

Un nouveau parti?

Joint par Le Devoir hier, Jean-Martin Aussant, qui a quitté le caucus péquiste au début de juin en condamnant la tiédeur de Pauline Marois sur la souveraineté, n'a pas encore décidé s'il créerait ou non un autre parti indépendantiste, une option qu'il a évoquée souvent depuis son départ du caucus. Le député indépendant de Nicolet-Yamaska soutient avoir été «très actif» ces dernières semaines et avoir consulté un grand nombre de personnes. Dans ces discussions, l'idée d'une nouvelle formation revient souvent, à ses dires: «Chaque fois que je rencontre des gens pour en discuter, c'est pas mal toujours ce qui est suggéré par eux.»

Même s'il songe à cette nouvelle formation, l'ancien péquiste croit que la «fusion» des formations souverainistes serait toutefois la «meilleure chose». «Si tout le monde se regroupait dans un grand parti souverainiste, il me semble que ça avancerait plus vite», a-t-il confié au Devoir hier. Le nombre de partis prônant la souveraineté du Québec a beaucoup crû ces dernières années, note-t-il: outre le PQ, il y a Québec solidaire et le PI. Le Parti vert comporte nombre de souverainistes aussi, affirme-t-il. «Ce serait bien, une belle fusion de tout ça. Ce serait peut-être la meilleure chose à faire», a-t-il déclaré hier. Évidemment, «il faut que le parti fusionné dise la bonne chose», insiste-t-il. «S'il n'est pas clair sur la question, cela nuit à la cause.» Au fait, «être clair» sur la souveraineté pourrait passer par l'évacuation du référendum, a répété M. Aussant hier. «L'élection référendaire, c'est quelque chose que je trouve assez intéressant», ce qui le rapproche du PI.

Querelle de légitimité

Par ailleurs, selon des membres du caucus péquiste, la légitimité des cinq démissionnaires est chancelante depuis que ces derniers ont quitté la bannière sous laquelle ils avaient été élus. Au journal Le Soleil récemment, Yves-François Blanchet (Drummond) a parlé de «détournement de mandat» et a laissé entendre que les indépendants devaient se faire réélire. Jean-Martin Aussant a répliqué vivement dans son site web (aussant.com) aux accusations de son ancien collègue et «néanmoins toujours ami», soutenant qu'il ne devait que très peu au PQ sa victoire en 2008. «Moi, je me considère parfaitement légitime parce que j'ai été élu en parlant de souveraineté et que j'ai quitté parce qu'on ne parlait pas assez de souveraineté.» Selon cette logique, ajoute M. Aussant, le cas de Benoît Charrette est «un peu délicat» puisque ce dernier, dans Deux-Montagnes, s'est fait élire comme souverainiste alors qu'il a démissionné parce que, «selon lui, on parlait trop de souveraineté». M. Aussant comprend donc la demande récente de l'exécutif péquiste de Deux-Montagnes, rapportée par La Presse la semaine dernière, que M. Charrette démissionne. Une option que le député a rejetée.

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