Charest dans la tourmente européenne

Le Devoir à Londres - Au second jour de sa tournée européenne pour promouvoir le Plan Nord, le premier ministre québécois a été confronté à l'incertitude économique qui sévit actuellement en Europe. Jean Charest a beau vanter les vertus écologiques de son plan de développement du Nord et de ses projets de voiture électrique, la crise grecque revient comme un leitmotiv dans presque tous les entretiens qu'il a eus à Londres depuis deux jours. Et il ne devrait pas en aller autrement à Bruxelles aujourd'hui, où il rencontrera plusieurs responsables belges et européens.

Le premier ministre ne croit pas pour autant que la fragilité économique actuelle de l'Europe risque de compromettre les résultats de sa visite. «Il y a encore sur le pan économique en Europe ici une forte inquiétude sur la question de la Grèce et sur les possibilités de contagion, dit-il. [...] Mais je ne sens pas que ça retardera [les investissements] car il y a des projets qui sont prêts à procéder [sic].» Selon le premier ministre, «les institutions financières ne manquent pas d'argent. On ne m'a jamais dit depuis deux jours qu'on va attendre [pour investir]».

Le premier ministre veut même croire que cette incertitude à laquelle s'ajoute la polarisation du débat économique aux États-Unis jouera en faveur du Québec. «Nous, on s'en sort très bien [de la crise]. On s'en sort avec les honneurs de la guerre.»

Une économie décarbonisée

Hier, le premier ministre participait à une conférence du Financial Times portant sur les énergies renouvelables et regroupant plusieurs dizaines de cadres d'entreprises britanniques engagées dans ce secteur. Il y a défendu l'objectif qu'il s'est fixé selon lequel de 20 à 25 % des voitures québécoises devraient rouler à l'électricité d'ici 2020. Un objectif qui a paru très ambitieux aux spécialistes qui étaient dans la salle. À un intervenant qui s'étonnait que le Québec fasse la promotion de la taxe carbone alors qu'il en émet déjà très peu et en tirerait donc peu de revenus, contrairement à plusieurs États américains, il a répondu: «Nous cheminons vers une économie décarbonisée. Ceux qui auront été les premiers à le comprendre seront avantagés.»

En matinée, le premier ministre avait rencontré Mark Kenber, qui préside le Climate Group, un regroupement d'États non souverains et de régions qui défend les énergies renouvelables et s'intéresse particulièrement au développement de la voiture électrique. Même s'il semblait peu informé sur le sujet, Kenber disait avoir bon espoir que la protection de l'environnement sera une des priorités du Plan Nord. «Nous sommes très fiers que le Québec soit un de nos membres parce que le Québec joue un rôle de leader dans ce domaine, dit-il. Et ce n'est pas pour la galerie, mais parce que c'est au coeur du développement de la province. [...] Je n'ai pas de raison de ne pas le croire à nouveau.» Dans l'après-midi, Jean Charest s'était entretenu avec le secrétaire d'État britannique à l'Énergie et aux Changements climatiques, Cris Hune.

Un TGV en retard

Avant de monter dans le TGV pour Bruxelles, le premier ministre a reconnu à mots couverts que le Québec tirait tout de même la patte en matière de trains à haute vitesse, derrière l'Europe, les États-Unis et même le Maroc. Il semble en imputer la responsabilité au gouvernement fédéral, qui ne s'est toujours pas prononcé sur le projet Québec-Toronto. «Nous souhaitons que le gouvernement fédéral se prononce, dit-il. Il aura l'occasion de se prononcer au moment où les études seront rendues publiques.» L'Ontario et le Québec sont en effet convenus de mettre à jour les nombreuses études réalisées sur le sujet depuis 20 ans. «Je serai l'homme le plus heureux du monde le jour où le gouvernement fédéral dira oui au projet», dit Jean Charest. Le premier ministre croit que le tracé Montréal-New York devrait «bénéficier des fonds que d'autres gouverneurs auront refusés ailleurs aux États-Unis». Certains États ont en effet refusé de participer au vaste programme de construction de TGV mis en avant par Barack Obama et qui touche plusieurs régions du pays.

Ce matin, à Bruxelles, Jean Charest rencontrera le premier ministre belge, Yves Leterme, et le commissaire européen au Marché intérieur, Michel Barnier. Au Parlement européen, il sera question des négociations finales du projet de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne.

Jean Charest aura une nouvelle occasion, cette fois plus personnelle, de revenir en Europe cet été puisqu'il mariera sa fille le 23 juillet prochain à un citoyen français. La célébration aura lieu à Aix-en-Provence.

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Correspondant du Devoir à Paris
18 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 29 juin 2011 08 h 39

    Il fait feu de tout bois

    Il n'y a absolument rien d'écologique dans le Plan Nord, mais Jean Charest n'hésite pas à dire ce que les gens veulent entendre pour arriver à ses fins. Le Québec s'est bien tiré de la dernière crise économique oui, mais pas grâce à Jean Charest ni au parti libéral. C'est parce que nous avons une économie solidaire très forte et indépendante des pouvoirs politiques et économiques.

    Par contre, qui sait si cela sera suffisant pour résister à la prochaine crise qui sera bien pire que la précédente vu que non seulement les principaux responsables s'en sont tirés indemnes mais en plus ils continuent comme si de rien n'était de piller les populations du monde avec la protection et l'assistance des militaires.

    Serge Grenier

  • Melkitsedeq - Inscrit 29 juin 2011 09 h 08

    Quelle belle vacance !

    Hypothèse : Si on considérait les politiciens comme des humains

    Vous débutez vos vacances; Si je vous aurait dit la journée de ton anniversaire tu va visiter des personnes âgées dans ton conté, préparer tes valises partir pour l’Europe, subir le décalage horaire et aller vendre ton projet. Pendant près d’une semaine tu va rencontrer des investisseurs et des dirigeants européens.
    Vous m’auriez dit que la convention collective n’autorise pas cela.
    Personnellement ce n’est pas le genre de vacance que j’aurais rêvé et vous ?

    Quand Jean fait rien tout le monde chialent quand il fait de quoi tout le monde chialent.

    Il aurait pu prendre des vacances sur le bord du lac et rigoller en pensant au PQ.

    Bonne vacances à vous

  • Francois - Inscrit 29 juin 2011 09 h 37

    Ça ressemble à un dialogue de subprime

    Les chiffres que Jean Charest avance sont spéculatif. Aucune entente rentable pour le Québec. Ça n'intéresse personne autrement c'est une fausse excuse la Grèce. Les États-Unis seraient en principe notre plus gros client et il n'est pas intéressé. Alors aller en Europe pourquoi? Pour spéculer que le Plan Nord est un investissement rentable. Ce sera les citoyens du Québec qui paieront la note au bout du compte.

  • Monique Thibault - Inscrite 29 juin 2011 10 h 09

    «Virer son capot de bord»

    La vieille expression québécoise prend tout son sens avec Jean Charest. Il a déjà été ministre de l'environnement! Il prétend maintenant que son plan nord sera vert! Pourtant, il s'agit essentiellement d'exploitation minière. Or, on sait maintenant à quel point l'extraction des métaux endommage l'environnement, notamment par l'importance des déchets qu'elle génère. On sait aussi qu'on ne peut se fier aux compagnies minières pour protéger l'environnement!...

    Le plus choquant dans ce vaste projet, c'est qu'il émerge au moment même où, partout dans le monde (dont en Montérégie) on subit les effets néfastes des changements climatiques.
    Ouvrons-nous les yeux, grands dieux!

  • François Dugal - Inscrit 29 juin 2011 11 h 54

    TGV

    Si le gouvernement fédéral ne bouge pas dans le dossier du TGV, c'est que le fédéralisme canadien ne fonctionne pas.
    Qu'en pensez-vous, Monsieur le premier ministre?