Plan Nord - À Londres, Charest joue la carte de la sécurité

Jean Charest<br />
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Jean Charest

Le Devoir à Londres - De passage à Londres dans le cadre d'une tournée européenne pour faire la promotion du Plan Nord, le premier ministre Jean Charest a joué hier la carte de la stabilité afin d'inciter les grandes sociétés minières à investir au Québec. À deux pas de la tour de Londres, au cœur de la City, le premier ministre prononçait un discours devant plus de 200 représentants des milieux d'affaires, dont quelques dirigeants de grandes sociétés minières, comme ArcelorMittal et Rio Tinto, qui ont leur siège dans la capitale britannique.

Le premier ministre a mis l'accent sur la sécurité que représente pour ces entreprises la démarche entreprise par le gouvernement du Québec. Sans les nommer, le premier ministre voulait se démarquer des autres grands producteurs de matières premières qui, comme le Brésil ou l'Afrique du Sud, n'offriraient pas les mêmes conditions. «Les compagnies qui investissent dans le secteur minier connaissent très bien les risques qui y sont associés et, pour eux, le niveau de préparation, de détail, de réflexion, pèse lourd dans la balance», dit-il. Le Québec offrirait au contraire «un environnement d'investissement stable, prévisible, transparent».

Comme exemple de cette stabilité, Jean Charest cite les ententes négociées par les Innus avec ArcelorMittal, par les Inuits avec Xstrata et par les Cris avec Gold Corp. «Là, il y a comme une feuille de route et un modèle qui est attrayant», dit-il.

Même s'il admet ne pas avoir un seul dollar d'investissement à annoncer pour l'instant, le premier ministre assure qu'il y a des projets qui mijotent en secret. «Il y a des projets concrets, dit-il. Il en existe!»

Visiblement en grande forme, Jean Charest en a profité pour faire rêver ses auditeurs sur une région, le Nouveau Québec, qui «fait cinq fois le Royaume-Uni» et pour les étonner avec ce «nouveau canal de Panama» que pourrait devenir d'ici 20 ou 30 ans le passage du Nord-Ouest grâce au réchauffement climatique. Selon un diplomate canadien, on n'avait pas vu récemment à Londres une salle avec autant de hauts dirigeants d'entreprises venus entendre un homme politique canadien. Même Stephen Harper n'aurait pas fait mieux, selon un autre observateur.

Parmi les personnalités qui s'étaient déplacées, on remarquait Olivier Tavchandjian, directeur de la planification stratégique d'ArcelorMittal, et Harry Kenyon-Slaney, directeur général Diamants et minéraux de Rio Tinto. Ce dernier, qui a déjà des investissements au Québec, parle du Plan Nord comme d'un programme «visionnaire». «Cela fait une différence, pour ce genre de projets, d'avoir le soutien du gouvernement et d'être accueilli amicalement».

Même s'il reconnaît que le niveau élevé du dollar canadien ne crée pas un contexte propice, Jean Charest estime que «les compagnies ont de l'argent à investir. Elles en ont depuis déjà un bon moment, mais se demandent où l'investir et à quelles conditions». Pour certains pays, dit le premier ministre, il s'agit de s'assurer un «accès stratégique aux ressources naturelles». Selon Jean Masson, du cabinet Fasken Martineau, qui a suivi le premier ministre à Londres, «les gens sont très sensibles au fait que le Plan Nord est un projet intégrateur qui comporte aussi un volet social.»

Dans la matinée d'hier, Jean Charest aurait rencontré en privé des investisseurs potentiels. En soirée, il a dîné à la résidence du délégué général du Québec avec des représentants d'entreprises présentes au Québec.

Plus tôt, il avait eu un échange avec le secrétaire d'État aux Affaires étrangères britannique, William Hague. Les deux hommes ont discuté de la situation économique mondiale et des graves difficultés de la Grèce. Selon l'attaché de presse du premier ministre, M. Hague s'est dit très engagé en faveur des négociations de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne et souhaiterait leur conclusion rapide.

Aujourd'hui, Jean Charest participe à une conférence sur l'énergie organisée par le Financial Times. Des entrevues sont aussi prévues avec les médias, comme le magazine The Economist. Jean Charest rencontrera aussi l'ancien chef de l'opposition conservatrice Michael Howard avant de partir pour Bruxelles ou, en plus de parler du Plan Nord, il s'adressera à une délégation du parlement européen sur les négociations de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne.

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Correspondant du Devoir à Paris
10 commentaires
  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 28 juin 2011 07 h 51

    Le "peddler"

    En privé , notre commis voyageur national chargé de brader nos richesses naturelles contre une bouchée de pain va probablement leur vanter le faible niveau de redevances exigé par l'état et le bilan exposé par le vérificateur général en 2009.

    Alors que le secteur minier connaissait un essor important, avec plus de 17 milliards produits entre 2002 et 2008, le Québec n'a récupéré qu'un maigre 259 millions en droits miniers, tout en versant plus de 600 millions en aide fiscale à l'industrie et en assurant la remise en état des sites après le départ des minières.

    Le nouveau régime dont se vantent les Libéraux est toujours aussi laxiste si on en croit ces articles .

    http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s

    http://www.cs3r.org/fichier/redevances_minieres_gr

  • François Dugal - Inscrit 28 juin 2011 08 h 28

    Pas cher, pas cher

    Moi te le vendre mes ressources naturelles pas cher, pas cher.

  • Nunu - Inscrite 28 juin 2011 10 h 35

    Vendre pour vendre.

    C'est pas parce que les journaux nous parle de son plan nord tous les jours qu'il est plus parfait.Les journaux ou les bulletins de nouvelles auraient pu nous dire une seule foi que Charest ou le P.M était parti faire le tour de l'Europe pour deux,cinq ou dix jours pour promouvoir son plan-nord et nous ficher la paix avec ça mais non faut qu'ils nous en parle quotidiennement.Ils font pareil avec le prince William,ils nous parle d e leurs venu au pays régulièrement à nous écoeurer et quand ols vont arrivés ça n'intéressera plus personne .Quand à Charest quand il partira de la politique il ne restera plus grand chose au Québec il aura tout dilapidé sans que les journaux en est avisé personne.

  • Catherine Paquet - Abonnée 28 juin 2011 11 h 40

    Qui veut encore s'engager en politique...

    Heureusement qu'il y encore beaucoup de citoyens qui observent et jugent sans parti-pris, et sans donner constamment leur avis. Mais à lire les commentaires plus haut et plusieurs autres de cet acabit, on se convainc qu'il faut du courage et une détermination exceptionnelle pour s'engager en politique et essuyer des commentaires aussi ignares que ceux-ci.

    Le moins que l'on puisse dire à ces pisse-vinaigre, c'est que le Premier ministre du Québec n'est pas à se mettre les orteilles en éventailles sur les plages de la Floride comme le font sans dout aujourd'hui, leurs politiciens préférés.

  • cpoulin - Abonné 28 juin 2011 12 h 32

    Nul n'est prophète dans son pays

    Cette nouvelle suivie du commentaire ajouté par le journaliste Christian Rioux n'est pas sans rappeler cette maxime voulant que "Nul n'est prophète dans son pays". Une maxime que se doit méditer notre premier ministre quand il fait ses valises pour aller défendre les intérêt de son pays à l'étranger. Claude Poulin Québec