Décès de Guy Coulombe - Un «grand bâtisseur» s'éteint

Homme de défi que les missions difficiles n'effrayaient pas, ancien haut fonctionnaire du gouvernement du Québec et gestionnaire de grand calibre, Guy Coulombe est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi, laissant en héritage un État québécois modernisé.

Né à Sainte-Foy en 1936, titulaire d'une maîtrise en sociologie de l'Université Laval, Guy Coulombe a fait son entrée dans la fonction publique québécoise dans les années 60, avant d'accéder au poste de secrétaire du Conseil du trésor, puis de secrétaire général du Conseil exécutif. Il occupera ces fonctions sous deux gouvernements, soit ceux de Robert Bourassa et de René Lévesque.

Réputé pour sa probité, sa loyauté, son efficacité et son sens de l'innovation, il sera ensuite nommé à la tête de la Société générale de financement, puis p.-d.g. d'Hydro-Québec, avant d'être le premier civil à assumer les fonctions de directeur général de la Sûreté du Québec (SQ), qui traversait alors la pire crise de son histoire.

En 1999, l'ex-maire de Montréal, Pierre Bourque, le recrute comme directeur général de la Ville de Montréal, alors aux prises avec d'importants problèmes de gestion. Il se verra aussi confier l'impossible tâche d'intégrer les 27 villes de banlieue à la ville de Montréal lors des fusions municipales de 2001.

Au cours des années 2000, le gouvernement n'a pas hésité à confier à ce vétéran de nombreux mandats, dont celui de présider le comité chargé de mettre sur pied le CHUM, la commission d'étude sur la gestion de la forêt publique et le comité interministériel sur la relocalisation du Casino de Montréal.

Administrateur hors pair

Comme gestionnaire, Guy Coulombe figurait dans une catégorie à part, estime Louis Bernard, son ami et ex-collègue: «C'est le plus grand fonctionnaire du Québec moderne par l'ampleur de ce qu'il a accompli, les réformes qu'il a mises en place et les interventions qu'il a faites en périodes d'urgence.»

Car Guy Coulombe ne se contentait pas d'administrer. Partout où il est passé, il a laissé sa marque grâce aux réformes qu'il a menées. «Et c'est lui qui a sauvé les Jeux olympiques lorsque le gouvernement s'est rendu compte qu'on se dirigeait vers un mur. Il a convaincu Robert Bourassa de passer une loi pour que le gouvernement puisse prendre le contrôle du chantier», rappelle Louis Bernard.

C'était aussi un homme discret, habitué à oeuvrer dans l'ombre. «Ce n'était pas un verbo-moteur, mais c'était un homme d'action très efficace et extrêmement discret sur sa vie privée», confirme M. Bernard.

Ex-ministre des Ressources naturelles sous René Lévesque, Yves Duhaime se souvient d'avoir convaincu le premier ministre de nommer Guy Coulombe au poste de p.-d.g. d'Hydro-Québec. «René Lévesque était très surpris, parce que M. Coulombe n'était pas de la "maison". Moi, je voulais quelqu'un qui était de l'extérieur, qui n'était dans aucun réseau et était capable d'accomplir la mission qui devait lui être confiée», relate M. Duhaime.

«N'importe quel ministre qui a eu affaire à lui vous le dira: Guy Coulombe a toujours été cordial, mais très franc, poursuit Yves Duhaime. Et, quand il n'était pas d'accord, il le disait. D'ailleurs, c'est pour ça qu'on a besoin d'hommes et de femmes de cette trempe comme serviteurs de l'État. [...] C'est une grande perte pour le Québec. S'il peut servir de modèle à des plus jeunes, c'est tant mieux.»

Au secours du Devoir

Même Le Devoir a pu bénéficier des talents de gestionnaire de Guy Coulombe. En 1991, alors que le quotidien était au bord du gouffre financier, Guy Coulombe, alors président du conseil d'administration du Devoir, a élaboré avec l'ex-directrice du journal, Lise Bissonnette, un plan de redressement qui a permis de remettre le journal sur les rails. «Le Devoir lui est redevable d'avoir mis toute son énergie et sa clairvoyance à redonner un avenir à ce journal. Alors que celui-ci vivait l'un des moments les plus difficiles de son histoire, il a mobilisé les amis du journal pour appuyer la direction dans la rédaction et la mise en place d'un plan de redressement, qui aura permis de remettre l'entreprise sur la voie de la rentabilité. Il faut saluer ce gestionnaire exceptionnel», a commenté le directeur du Devoir, Bernard Descôteaux.

Le premier ministre, Jean Charest, la chef de l'Opposition officielle, Pauline Marois, et le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ont aussi salué le «grand bâtisseur» qu'était Guy Coulombe, emporté par un cancer.

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