Curzi mise sur une coalition souverainiste

Pierre Curzi a pris soin de préciser aux 400 personnes qui se sont déplacées dans un centre communautaire de la municipalité d’Otterburn Park qu’ils n’assisteraient pas à la naissance d’un nouveau parti politique.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pierre Curzi a pris soin de préciser aux 400 personnes qui se sont déplacées dans un centre communautaire de la municipalité d’Otterburn Park qu’ils n’assisteraient pas à la naissance d’un nouveau parti politique.

Otterburn Park — Le député indépendant de Borduas, Pierre Curzi, a coupé court, hier soir, aux rumeurs sur son avenir politique: «Il n'y aura pas, ici, ce soir, d'annonce de la création d'un nouveau parti. C'est net! C'est clair!» a-t-il lancé à l'occasion d'une assemblée publique dans sa circonscription.

M. Curzi, qui a été accueilli sous un tonnerre d'applaudissements, a expliqué en long et en large les raisons de son départ fracassant du Parti québécois (PQ), il y a deux semaines.

L'élu a notamment vilipendé le projet de loi 204 voué à mettre à l'abri de poursuites judiciaires l'entente Québec-Quebecor sur l'amphithéâtre du Québec, défendu farouchement par le PQ de Pauline Marois. Si celui-ci a scellé le sort de son avenir au sein du PQ, le «fossé» qui se creuse entre «les gens» et «la classe politique» y est également pour quelque chose.

«À partir du moment où le Parti québécois a décidé d'être le porteur du projet de loi 204 dont la conséquence était de priver un citoyen d'un droit fondamental, [le caucus] était mal pris. [...] Faut, un moment donné, être en accord avec soi-même et avec ses convictions», a-t-il lâché.

Mais, d'entrée de jeu, Pierre Curzi a pris soin de préciser aux 400 personnes qui se sont déplacées dans un centre communautaire de la municipalité d'Otterburn Park qu'ils n'assisteraient pas à la naissance d'un nouveau parti politique.

«Ç'a pris une ampleur franchement, honnêtement, que je ne soupçonnais pas [...], mais moi je veux en rester à la raison pour laquelle on a fait cette convocation-là», a déclaré l'homme politique âgé de 65 ans estomaqué par la présence d'un grand nombre de journalistes.

Les députés démissionnaires - Louise Beaudoin (Rosemont), Lisette Lapointe (Crémazie), Jean-Martin Aussant (Nicolet-Yamaska) et lui — «s'entraideront». «Nous allons nous retrouver loin [des projecteurs] à l'Assemblée nationale. C'est clair que nous allons chercher à nous entraider, à nous donner un coup de main. Mais, ce n'est pas un groupe organisé», a-t-il fait remarquer.

Le député indépendant de Borduas mise plutôt sur une «coalition des forces indépendantistes» afin de mener à terme le projet de souveraineté du Québec. «Quelle forme elle prendra? Je n'en ai pas la moindre idée, mais nous en ferons partie. Ça, c'est clair!»

Les députées Lisette Lapointe et Louise Beaudoin, qui avaient également claqué la porte du PQ le 6 juin, abondaient dans le même sens lors d'un point de presse improvisé à l'extérieur du centre communautaire. «Il faut laisser la poussière retomber. Il faut vraiment réfléchir. Il faut voir de quelle façon on veut travailler. C'est certain qu'on va travailler ensemble pour la souveraineté, avec d'autres», a affirmé Lisette Lapointe. «On ne ferme pas de portes», a-t-elle précisé.

«C'est le début, peut-être, de quelque chose. [...] Mais, moi, je ne serai pas cofondatrice d'un nouveau parti politique. Ce qui m'intéresse, c'est vraiment de travailler, comme l'a dit Pierre, à rapprocher les citoyens de la classe politique, des politiques, de telle sorte que la souveraineté redevienne possible», a poursuivi Louise Beaudoin.

Pierre Curzi a également affiché une sympathie pour le Mouvement démocratie et citoyenneté du Québec (MDCQ) qui est présidé par l'ancien dirigeant du Mouvement Desjardins Claude Béland. «Je vais y revenir», a-t-il promis.

Il a aussi livré un plaidoyer pour l'instauration d'un mode de scrutin proportionnel. «Nous sommes prisonniers d'un bipartisme qui nous sclérose», s'est-il désolé. «Il y a deux tribus à l'Assemblée nationale, dont le but est d'avoir la peau de l'autre. [...] On veut que notre chef ait la peau de l'autre chef», a-t-il dit. M. Curzi a dénoncé à mots couverts le style de gestion du PQ, qui confine dans un rôle de figuration les députés. «Ultimement, c'est la tête, en haut, qui va décider de la stratégie, de la politique.»

Avant le début de l'«assemblée publique», plusieurs citoyens de la circonscription de Borduas, mais également des quatre coins de la Montérégie se montraient inquiets quant à l'avenir du projet de souveraineté. «Moi, comme péquiste [la décision qu'a prise M. Curzi] m'affecte vraiment beaucoup, a souligné Valérie Bessette. C'est une personne que je respectais et que j'admirais. Sa démission du Parti québécois va peut-être modifier la politique au Québec.»

«Ça m'inquiète beaucoup, plus pour l'avenir de la souveraineté du Québec que pour l'avenir du Parti québécois», a poursuivi Marie Bouchard, estimant que le «principal véhicule» pour accéder à l'indépendance est toujours le PQ.

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