Benoît Charette quitte le bateau péquiste

Le député démissionnaire Benoît Charrette a justifié son geste en disant que Pauline Marois voulait aller trop vite vers la souveraineté.<br />
Photo: Clément Allard - Le Devoir Le député démissionnaire Benoît Charrette a justifié son geste en disant que Pauline Marois voulait aller trop vite vers la souveraineté.

Québec — La crise au Parti québécois ne connaît pas de répit. Après qu'un député, Benoît Charrette, eut claqué la porte du caucus de Pauline Marois hier matin, la chef péquiste, plus tard en après-midi, en a expulsé un autre, René Gauvreau. Tout ça la veille d'une autre réunion du caucus qui s'annonce extrêmement tendue, aujourd'hui, à la station touristique de Duchesnay.

C'est en fin de journée hier que l'entourage de Mme Marois a annoncé sa décision concernant M. Gauvreau. Après une discussion avec la chef, ce dernier aurait accepté de se retirer du caucus du PQ d'ici à ce qu'une enquête portant sur un ex-employé de son bureau de circonscription, Jean Paquette, soit terminée. Ce dernier a été accusé le 7 février d'un vol de quelque 10 300 $ au bureau de circonscription de Groulx et d'abus de confiance. Contacté par Le Devoir à l'époque, M. Paquette avait soutenu que René Gauvreau était au courant des gestes qu'il avait posés, ce que le député a nié, soutenant qu'il avait plutôt été «naïf» et victime d'abus. En congé de maladie depuis février, M. Gauvreau avait récemment recommencé à travailler «tranquillement», a expliqué le cabinet de Mme Marois. L'exécutif actuel de l'association péquiste de Groulx soutenait que M. Gauvreau devait être remercié. Avant que l'affaire n'éclate, le président de l'association, Daniel Legault, avait démissionné en reprochant à la direction du PQ d'avoir tenté d'étouffer le scandale.

Démission

Quant à Benoît Charrette, 34 ans, il a justifié sa démission de manière diamétralement opposée à celle de Lisette Lapointe, Jean-Martin Aussant, Pierre Curzi et Louise Beaudoin. Contrairement à ces derniers, il estime que Pauline Marois — dont il a toutefois vanté les talents de leadership — voulait aller trop vite vers la souveraineté. Il aurait préféré qu'elle s'engage à ne pas tenir un référendum dans un premier mandat, ce qu'elle aurait rejeté. Ces derniers mois, il dit avoir «réalisé que l'ADN du parti l'empêche de s'engager formellement dans cette voie». Cet aspect du discours de M. Charrette s'apparente à celui de l'ex-ministre péquiste François Legault depuis qu'il a lancé sa Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ). Mais le nouvel élu indépendant soutient qu'il ne s'y joindra pas à court terme: «Bien que je juge aujourd'hui souhaitable la présence d'un joueur sur l'échiquier politique désireux de penser la politique différemment, ma réflexion ne n'amène pas pour autant à joindre les rangs de cette coalition», a-t-il précisé, ne fermant toutefois aucune porte. «Les défis qui confrontent le Québec au quotidien sont colossaux, et contribuer à les surmonter n'est pas pour moi une tâche déshonorante, bien au contraire», a-t-il dit.

Le président du PQ, Raymond Archambault, a rétorqué hier que c'était la première fois qu'il entendait M. Charrette réclamer une telle mise en veilleuse de la souveraineté. Furieux envers leur ancien collègue, des députés péquistes ont dit partager la surprise de M. Archambault. Ils concluent avec ce dernier que «François Legault rôde dans le 450». Des élus péquistes ont révélé au Devoir que le 9 juin, en pleine crise, M. Charrette avait annoncé, à la surprise générale, son intention de quitter le caucus. Or, le lendemain, il accompagnait la chef dans le hall du parlement lors du bilan de session et signait la lettre des «jeunes députés» péquistes — nés avant 1968 — adressée à Jacques Parizeau. Dans un journal de sa circonscription, il avait même soutenu qu'il resterait au PQ, réitérant publiquement sa confiance en Pauline Marois. «J'ai manqué à ma parole», a admis M. Charrette, questionné au sujet de ces contradictions.

Legault en financement

François Legault a refusé de commenter la démission de M. Charrette, souvent présenté comme un proche. Il s'est borné à soutenir sur les ondes de RDI que ces déchirements péquistes reflétaient les divisions qu'il avait observées au caucus au sujet de la souveraineté entre les pressés et les patients. La CAQ tenait hier soir une assemblée de financement au Marché Bonsecours à Montréal. On y attendait 250 personnes au moins, qui avaient payé leur billet 250 $.

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Répartition des sièges à Québec

Parti Nombre de députés

PLQ 65

PQ 47

ADQ 4

Québec solidaire 1

Indépendants 8

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16 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 22 juin 2011 05 h 13

    Quand le bateau tangue...

    On reconnaît les "braves" qui se précipitent pour quitter le bateau dès la première grosse vague...

  • Catherine Paquet - Abonnée 22 juin 2011 05 h 27

    Êtes-vous convaincus d'avoir devant vous un député solide...?

    Le député de Deux-Montagnes reconnaît qu'il a "manqué à sa parole", mais il n'en continuera pas moins de siéger à l'Assemblée nationale, à recevoir son salaire, après avoir modifié lui-même le mandat que lui avaient confié ses électeurs. À la prochaine élection, il demandera à ses concitoyens de ne plus voter pour le Parti qui l'a fait élire. Il ne sera même plus membre de ce Parti. M. le député avait des convictions, mais là, il n'en a plus...

  • Gilles Bousquet - Inscrit 22 juin 2011 07 h 22

    Le plus beau bateau Legault ne prend pas trop d’eau

    Mme Marois doit avoir la bonne recette de la vitesse correcte au sujet du prochain référendum sur la souveraineté du Québec, suite aux premières démissions de ses 4 députés parce qu'elle ne le tiendrait pas assez vite et à celle du dernier, parce qu'elle ne veut pas promettre de ne pas le tenir dans un premier prochain mandat du PQ, ce qu’il trouve trop vite. Allô !

    M. Curzi, de gauche, semble mûr pour rallier Québec solidaire dont il partage l'idée de tenir une constituante sur le futur des Québécois.

    Mme Beaudoin, est partie pour d’une retraite bien méritée.

    M. Aussant, pourrait bien devenir chef d’un nouveau parti souverainiste de droite ou remplacer Mme Marois avec Mme Lapointe comme adjointe sauf si elle choisit Québec solidaire.

    M. Charrette irait à la CAQ de Messieurs Legault et Sirois qui ne veulent pas parler de référendum comme 75 % des Québécois, ce qui en fait un parti carrément fédéraliste.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 22 juin 2011 07 h 42

    Charette

    Dire que c'était ça qui tenait le dossier de l'immigration au PQ!
    Ca en dit long sur les qualités de leadership de Pauline

  • Jean Lapointe - Abonné 22 juin 2011 07 h 51

    Expulsé dites-vous ?


    Voici une déclaration du député lui-même dans l'ACTUALITÉ.

    N'est-il pas exagéré de parler d'expulsion ?

    " Je n’ai jamais été exclu du parti, ni expulsé ni tous les autres mots y ressemblant. J’ai rencontré Pauline Marois comme nous en avions convenu il y a un certain temps. Nous avons discuté et décidé ensemble que je me retire du caucus le temps que le dossier judiciaire de mon attaché politique avance. Il y a possibilité d’une autre enquête policière mais je ne peux le confirmer et je ne suis pas mêlé à cette possible enquête. Le 20 septembre prochain, je serai assis à l’Assemblée Nationale, tous les 125 sièges ayant la même signification, portent le même devoir et les mêmes responsabilités. Je serai heureux de discuter avec vous, livre à vous de nous donner cette occasion. "