Vers un PQ parallèle ?

Pour éliminer la contradiction entre les souverainistes pressés et les autres, patients, il faut, croit Pierre Curzi, «examiner la possibilité d'un mandat d'initiative populaire sur la souveraineté».
Photo: Jacques Nadeau - archives Le Devoir Pour éliminer la contradiction entre les souverainistes pressés et les autres, patients, il faut, croit Pierre Curzi, «examiner la possibilité d'un mandat d'initiative populaire sur la souveraineté».

Québec — Nouveau parti politique, réformes démocratiques profondes, nouvelle direction au Parti québécois: tout sera sur la table ce soir à l'assemblée publique que Pierre Curzi tiendra à Otterburn Park, dans sa circonscription de Borduas. «Je ne vous cache rien; je suis ouvert à tout», a soutenu le député indépendant, dans une longue interview accordée à Pierre Dubuc, aussi du SPQ libre, et publiée dans L'Aut'journal récemment.

Deux autres des quatre démissionnaires, Lisette Lapointe et Louise Beaudoin, seront de l'assemblée dans Borduas ce soir. L'ancien député de Vachon Camil Bouchard, très critique de Pauline Marois, les accompagnera.

Le quatrième démissionnaire, Jean-Martin Aussant, ratera l'événement pour des raisons de conflit d'horaires, mais aurait «beaucoup aimé y être», a-t-il confié au Devoir hier. Depuis deux semaines, il le répète: à ses yeux, la perspective de la création d'un nouveau parti politique ne peut être écartée. «On ne peut l'exclure d'office. La réponse, c'est pas "oui" parce qu'il n'y a rien d'entrepris, mais ça ne peut pas être "non" non plus parce qu'il faut l'été passe et il faut que les discussions qui doivent être tenues le soient.»

Comme Pierre Curzi, M. Aussant a toujours sa carte du PQ. Mais pour qu'il y retourne, il faudrait que le véhicule change de chef: «Je pense que dans l'entourage de Mme Marois on sait très bien qu'on ne gagnera pas de référendum avec elle comme chef. Donc pour la cause, elle devrait se tasser [...] et laisser la place à une autre personne qui pourrait mener ça à terme.» Est-ce que ça pourrait être Pierre Curzi? «Il est assez souverainiste, c'est clair, mais je ne veux pas parler pour lui.» Selon plusieurs sources, M. Curzi n'a jamais caché que la direction du parti l'intéressait.

Si le PQ ne change pas, sans doute pourrait-il disparaître, croit Jean-Martin Aussant sans trop s'émouvoir. L'ex-ministre péquiste Joseph Facal évoquait un scénario semblable dans le Journal de Montréal, hier. Serait-ce un «drame»? «Je crois que non», répond M. Aussant. «La souveraineté, c'est plus grand qu'un parti, plus grand que qui que ce soit.» Il croit que si René Lévesque, en 1967, s'était soucié de l'avenir du parti plutôt que de la patrie, «il serait encore libéral. Je pense qu'à un moment donné il faut ce qu'il faut». Il insiste: le nouveau parti n'est peut-être pas «nécessairement» la solution, «mais on ne peut pas l'exclure à ce stade-ci certainement pas». Certains l'excluent toutefois, au premier chef Louise Beaudoin, qui l'a réitéré hier au Devoir.

Pour Jean-Martin Aussant, «ce serait pire pour la cause si le PQ prenait le pouvoir pendant huit ans que d'avoir un nouveau parti souverainiste qui prenne le temps de se bâtir et n'ait pas l'héritage d'un vieux parti».

De Dubuc à Béland

Ce soir, selon l'invitation Facebook intitulée «Le député de Borduas vous invite à une assemblée publique», Pierre Curzi entend faire «le point sur son rôle comme représentant élu de la circonscription» et «partagera sa réflexion sur la situation politique actuelle». «L'assemblée se terminera par une discussion ouverte», annonce-t-on.

M. Curzi n'a pas rappelé Le Devoir hier, mais des sources proches de lui ont fait savoir qu'il compte reprendre les grands thèmes développés dans l'interview accordée à Pierre Dubuc de L'Aut'journal. (Ce dernier est aussi secrétaire du club politique de gauche SPQ libre, lequel a été expulsé du PQ l'an dernier par Pauline Marois. Comme le président du club, Marc Laviolette, M. Dubuc milite toujours au parti, mais par le truchement d'associations de comté. Les deux ont toutefois salué avec transports le geste des démissionnaires, le 6 juin, souhaitant ouvertement que «d'autres les rejoignent». À leurs yeux, seuls eux «peuvent fièrement porter le foulard blanc». La «probité personnelle de René Lévesque et son combat pour l'épuration des moeurs politiques étaient la pierre d'assise du Parti québécois lors de sa fondation», écrivirent-ils. Il a été impossible de les joindre hier pour savoir s'ils seraient de l'assemblée de ce soir.)

On dit au reste Pierre Curzi très inspiré par les positions du Mouvement Démocratie et Citoyenneté du Québec (MDCQ) de l'ancien président du Mouvement Desjardins Claude Béland. Dans son interview avec L'Aut'journal, Pierre Curzi affirme que le Québec doit tenir une Assemblée constituante afin de «définir [les] institutions politiques». Il plaide pour que des éléments de proportionnelle soient inclus dans le mode de scrutin québécois, encore comme le suggère le MDCQ. La proportionnelle ne figure cependant plus au programme du PQ. Pour éliminer la contradiction entre les souverainistes pressés et les autres, patients, il faut, croit Pierre Curzi, «examiner la possibilité d'un mandat d'initiative populaire sur la souveraineté». Notons que Claude Béland salue le courage des démissionnaires dans son site Web (claudebeland.org) et fustige le PQ de Pauline Marois pour l'affaire de la loi 204: «Voilà que le PQ devient un parti comme les autres. [...] Nos politiciens (avec un très petit «p») se croient astucieux. [...] Faut-il se surprendre ensuite du cynisme de la population à l'égard des politiciens...?»

Une cinquième démission

Notons que les élus du PQ tiendront un caucus à la Station touristique Duchesnay demain. Un cinquième député élu sous la bannière du PQ en décembre 2008 sera absent. Selon Radio-Canada, le député de Deux-Montagnes, Benoit Charette, annoncera aujourd’hui qu’il démissionne de la formation politique dirigée par Pauline Marois.

À voir en vidéo