Fusion avec la coalition de Legault? - Deltell à la merci de sa dette

Chose certaine, selon plusieurs sources, la situation financière de l'ADQ, particulièrement mauvaise, rebute François Legault.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Chose certaine, selon plusieurs sources, la situation financière de l'ADQ, particulièrement mauvaise, rebute François Legault.

Québec — L'argent et d'importants bailleurs de fonds risquent de jouer un rôle crucial dans la décision de l'Action démocratique du Québec de fusionner ou non avec la future formation politique de François Legault, a appris Le Devoir. La formation de Gérard Deltell est très endettée; 710 703 $ au 31 décembre 2010, selon le dernier Rapport financier déposé mardi par le Directeur général des élections (DGE). Pour convaincre la Banque Nationale de lui prêter de l'argent en 2011 au taux préférentiel plus 1 %, la formation politique a dû trouver «des cautionnements personnels de particuliers totalisant 200 000 $».

Or, plusieurs des personnes qui ont offert ces importantes garanties sont très favorables à une éventuelle fusion avec le parti qui naîtra de la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ), font remarquer des sources. Le sujet a même été évoqué rapidement à l'émission Maurais Live sur les ondes du 98.1 FM à Québec la semaine dernière.

Les sept personnes qui ont offert des garanties sont: Christian Lévesque, l'actuel président-directeur général du parti; Raymond Francoeur, le vice-président du parti et ancien député de Portneuf; Mario Charpentier, avocat fondateur de la firme BCF; Jean-Pierre Arcoragi, le vice-président de l'ADQ, Franco Baroni, Philippe Brisset, le président pour l'ouest de l'île de Montréal, et Dino Mazzonne, conseiller municipal pour la ville de Montréal-Ouest.

Lorsque joint hier soir, Christian Lévesque, mal à l'aise, a d'abord refusé de confirmer les noms au Devoir. L'ancien homme d'affaires et ancien député de Lévis a soutenu avoir «tout refait le financement» récemment, qui a été finalisé cette semaine. Le but était justement d'être certain que «dans le futur, peu importe ce qui arrive», personne ne puisse dire: «Ah, je retire ma caution si je ne suis pas à l'aise avec ceci ou quoi que ce soit.» M. Lévesque ajoute: «On a vraiment fait les choses pour que le chef soit tout à fait à l'aise, pour qu'il prenne toutes les décisions qu'il voudra dans le futur et être supporté par des gens très intéressants.» C'est d'ailleurs l'assurance qui avait été donnée aux militants adéquistes lors d'une réunion à huis clos le 15 mai. M. Lévesque soutient avoir tout fait pour éviter de créer deux catégories de membres, «ceux qui ont cautionné et les autres», a-t-il insisté. En fin de soirée, avec l'accord du chef Gérard Deltell, il a confirmé la liste des sept personnes au Devoir. Ces noms seront de toute façon rendus publics par le DGE à la remise du prochain rapport financier.

Legault rebuté

Chose certaine, selon plusieurs sources, la situation financière de l'ADQ, particulièrement mauvaise, rebute François Legault. «Même Québec solidaire a un surplus de 114 919 $», fait remarquer un observateur intéressé. En 2010, le surplus du Parti libéral est de 5 981 619 $ et celui du Parti québécois, 1 995 233 $. La dette de l'ADQ serait une des principales raisons pour lesquelles l'ex-ministre péquiste n'a fait montre d'aucun intérêt pour l'ancienne formation de Mario Dumont depuis qu'il a lancé sa CAQ.

À l'ADQ, on compte sur la nouvelle politique où l'État contribue davantage aux partis pour l'aider à se renflouer (les partis toucheront maintenant 82 cents par électeur; mais depuis le 1er janvier, la contribution maximale permise à un parti politique a été abaissée de 3000 $ à 1000 $). Pour le reste, on se croise les doigts pour que la campagne de financement, dont l'objectif est de 600 000 $, rapporte les fruits escomptés. «Nous sommes une organisation responsable qui prend les moyens pour diminuer sa dette», insistait hier le directeur des communications Guy Therrien, en entrevue au Devoir.

À l'ADQ, certains croient qu'un parti en meilleure santé financière pourrait être plus attrayant pour François Legault. Joint hier, un des fondateurs de l'ADQ, Jean Allaire, a souligné qu'il y a «plusieurs idées sur lesquelles [la CAQ et l'ADQ] sont rapprochés. On parle de logique... Si on est cartésiens, on se dit que des gens proches devraient peut-être avoir des alliances. Si c'est à l'avantage du Québec, évidemment. C'est ce qui est important». Hier, au micro de Maurais Live, le député François Bonnardel disait la même chose ou presque: «Prenez les deux programmes [politiques], regardez-les bien comme il faut, ça se ressemble à 80 %. Donc, c'est certain que ça serait difficile de voir deux formations politiques se battre pour des enjeux presque similaires». L'avocat Mario Charpentier n'a pas rappelé Le Devoir hier. «Sur Twitter, fait remarquer une source, Charpentier fait presque la promotion de Legault! Un message sur deux ou presque porte sur la CAQ.»

Tiraillements idéologiques

Selon des sources adéquistes, une autre frange du parti, plus à droite et plus proche du Réseau Liberté-Québec que de la coalition Legault-Sirois, craint l'influence éventuelle, lorsque l'ADQ se trouvera à la croisée des chemins, de ceux qui ont offert des garanties au parti. Récemment, Gérard Deltell a annoncé le ralliement à l'ADQ de personnalités de la droite fiscale et économique: Adrien Pouliot, qui a été président du conseil de l'Institut économique de Montréal pendant près de 10 ans est devenu vice-président de sa commission politique. Le président de cette commission est Claude Garcia, ex-président de la Standard Life, qu'on étiquette aussi au centre droit.

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34 commentaires
  • Jerry Paris - Inscrit 16 juin 2011 01 h 48

    Dettes

    Çà va être deux partis endettés.....

  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 16 juin 2011 01 h 48

    la "CAQ" et la loi sur le financement des partis politiques

    Pour un parti politique, entités financés par le public en vertu de la loi électorale en fonction d'allocation selon le nombre de vote et avec des crédits d'impôts, je ne comprends pas comment l'ADQ, qui prône les resserrements budgétaires, avec un généreux financement public, avec plus de votes que QS, puisse gérer son budget moins bien que QS... encore préoccupés de la dette?

    maintenant, parlons financement de la CAQ?

    Depuis que François Legault a "créé" sa "CAQ" et annoncé qu'il était dans la course, il a surement recueilli des contributions, il a engagé des dépenses dans le but de promouvoir sa candidature électorale, pour grossir la baloune.

    Ces dépenses sont-elles légales et conformes à la loi électorale?
    Ces contributions sont-elles légales et conformes à la loi électorale?
    Qui finance?

    Et en cas ou la "CAQ" était pour l'instant soit un parti ou un intervenant particulier, s'est-elle dument enregistrés auprès du DGEQ??
    Qui peut trouver la CAQ inscrite au registre du DGEQ, lui permettant d'effectuer de telles dépenses? Pas moi...

    À suivre...

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • glanglais - Inscrit 16 juin 2011 06 h 28

    Au secours, un parti à la mer

    Bonjour,

    Un sauvetage de l'ADQ par une éventuelle formation politique dirigée par M. François Legault, basé strictement sur des considérations financières, serait un mauvais départ. Vaut mieux au préalable une déclaration d'amour.

    Il n'en demeure pas moins que l'ADQ va prndre le fond. Il est encore plus avantageux de saisir la bouée de sauvetage que pourrait lui lancer quelqu'un d'autre, même si au cours de l'opération, cette bouée était détachée de son habituel cordage.

    Gaston Langlais - Gaspé.

  • Rene Lapointe - Inscrit 16 juin 2011 06 h 31

    L'argent, le pouvoir et l'oubli

    Ce parti n'est pas capable de se gérer lui-même et il veut diriger la province. Oublions nos propre convictions et ralions nous à un parti avec seulement un chef sans indiens prèt à gouverner la province à l'automne. Ce qui veut dire si tu n'as pas d'argent accroche toi a quelqu'un qui supposément en a. Et tes propre idées dans tout ca ou sont elles? Ca veut dire que ce parti est prêt à s'accoupler avec n'importe qui? Si je me rappele bien n'est ce pas l'ADQ qui disait ne pas vouloir s'accoupler avec aucun autre parti? Ca va être beau dans l'avenir. Vive l'ADCAQ

  • Gaston Bourdages - Abonné 16 juin 2011 07 h 14

    Et si l'argent primait sur les idées...

    ...sur les valeurs ? Ouache!
    Bonjours ensoleillés à vous !
    Merci à Monsieur Langlais pour son «serait un mauvais départ» et «sa déclaration d'amour»
    J'espère que je ne voterai jamais pour un «mariage de raisons»
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com