Crise au PQ: les jeunes députés demandent à Parizeau de leur laisser de la place

«Monsieur Parizeau, faites-nous confiance», disent les signataires.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Monsieur Parizeau, faites-nous confiance», disent les signataires.

Dans une lettre envoyée au Devoir, douze jeunes députés du Parti québécois demandent à l'ex-premier ministre Jacques Parizeau de leur laisser toute la place pour s'exprimer et pour représenter l'avenir.

«Nous sommes la nouvelle génération de députés souverainistes, écrivent-ils. Malheureusement, bien des Québécois ne nous connaissent pas ou ne le savent pas, car les médias se tournent régulièrement vers d’anciens porte-étendards souverainistes pour commenter l’actualité politique. Nous existons. Nous sommes fiers de votre héritage et déterminés à y faire honneur, à notre façon. Nous vous demandons de nous faire confiance pour l’avenir de notre parti et de notre pays comme nous vous avons fait confiance en 1995».

Les jeunes députés, dont Nicolas Girard et François Rebello, expliquent également que depuis le référendum de 1995 de nouvelles nouvelles générations ont acquis le droit de voter. «Elles souhaitent que nous leur parlions d’avenir, d’aujourd’hui et non du passé. Le Parti québécois, comme parti souverainiste, a changé et doit encore changer. Nous sentons cette volonté de ces nouvelles générations de faire de la politique autrement. Nous en sommes. Nous voulons incarner ce changement pour ce Québec que nous aimons».

Le message adressé dans cette lettre à l'ancien dirigeant du PQ est clair: il est temps de passer la main et de laisser les jeunes porter le discours souverainiste.


La lettre complète des jeunes députés



Monsieur Parizeau, faites-nous confiance
Collectif de jeunes députés du Parti québécois


Monsieur Parizeau,

Les événements de la dernière semaine nous amènent, à titre de jeunes députés du Parti québécois, à prendre la plume. Nous sommes tristes et déçus d’avoir perdu des collègues auxquels nous sommes profondément attachés, mais nous sommes déterminés à incarner la farouche volonté de changement, de vrai changement du Québec de 2011.

Pour plusieurs d’entre nous, vous avez été un mentor politique. Nous vous avons fait confiance. Certains d’entre nous, au début de la vingtaine, ont participé à vos côtés à la campagne référendaire de 1995 dans le camp du OUI. D’autres d’entre nous, qui avaient sept ou huit ans à l’époque, n’étaient même pas en âge de voter. On nous a raconté cette page importante de notre histoire. Vous avez adopté une démarche pour préparer le plan de match souverainiste. Vous et M. Lucien Bouchard nous avez menés aux portes du pays. Nous nous rappelons l’enthousiasme des foules dans les collèges et universités que vous avez visités. Malheureusement, il a manqué quelques milliers de voix pour que le Québec se dise OUI.

Incarner le changement

Seize ans plus tard, le Québec a évolué, a changé. De nouvelles générations ont acquis le droit de voter. Elles souhaitent que nous leur parlions d’avenir, d’aujourd’hui et non du passé. Le Parti québécois, comme parti souverainiste, a changé et doit encore changer. Nous sentons cette volonté de ces nouvelles générations de faire de la politique autrement. Nous en sommes. Nous voulons incarner ce changement pour ce Québec que nous aimons.

Nous appartenons à une génération qui est souverainiste pour des raisons différentes de nos parents. Nous sommes issus d’une génération qui n’a jamais connu le Québec sans la Charte de la langue française et la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.

Nous sommes d’une génération qui fait du développement durable, de l’indépendance énergétique et de la protection de l’environnement une priorité. Le développement de nos ressources naturelles doit se faire de façon responsable et au bénéfice des Québécois. On doit aussi prendre un virage majeur résolument axé sur les transports collectifs et l’électrification de nos modes de transport, qui réduiraient notre dépendance au pétrole, ce qui nous permettrait de diminuer les effets néfastes des gaz à effet de serre.

Nous sommes d’une génération qui est ouverte sur le monde, préoccupée par la qualité de vie dans notre coin de pays, mais aussi par le sort de celles et ceux qui vivent aux quatre coins de la planète. Pour nous, la solidarité dépasse les frontières.

Nous sommes souverainistes

Nous sommes souverainistes, car nous croyons qu’il faut plus de Québec dans le monde pour défendre la démocratie, les valeurs de paix, de solidarité, pour le développement durable et la protection de l’environnement et pour assurer, bien sûr, le rayonnement de notre culture.

Nous sommes souverainistes, car nous voulons bâtir une société à l’image de notre génération, de ceux qui nous suivent et de ceux qui nous ont précédés. La souveraineté nous permettra de fonder en Amérique du Nord un nouveau pays basé sur des valeurs de solidarité et de partage de la richesse.

Des milliers de jeunes ont choisi de s’engager dans toutes sortes de causes sociales pour défendre leurs valeurs et leurs idées. Pour notre part, nous avons choisi la politique et le Parti québécois, car la souveraineté est au cœur de notre engagement. Avec Pauline Marois, nous avons participé à l’élaboration, au cours des deux dernières années, du nouveau programme du Parti québécois, adopté en avril dernier par les 1800 délégués. Ce document définit clairement nos valeurs, nos idées et notre vision sur des questions telles que l’intégrité et l’éthique, le développement des ressources naturelles, le bien-être des familles du Québec. Il définit surtout notre démarche vers le pays, comme vous l’avez fait avant l’élection de 1994.

Nous existons

Nous sommes la nouvelle génération de députés souverainistes. Malheureusement, bien des Québécois ne nous connaissent pas ou ne le savent pas, car les médias se tournent régulièrement vers d’anciens porte-étendards souverainistes pour commenter l’actualité politique. Nous existons. Nous sommes fiers de votre héritage et déterminés à y faire honneur, à notre façon. Nous vous demandons de nous faire confiance pour l’avenir de notre parti et de notre pays comme nous vous avons fait confiance en 1995.

Ont signé cette lettre des députés du Parti québécois nés après la fondation du parti: Pascal Bérubé, Étienne-Alexis Boucher, Benoit Charette, Alexandre Cloutier, Sylvain Gaudreault, Nicolas Girard, Véronique Hivon, Martine Ouellet, François Rebello, Mathieu Traversy, Guillaume Tremblay, Dave Turcotte.
35 commentaires
  • Serge Bouchard - Abonné 10 juin 2011 18 h 31

    Le NPD

    Ma foi c'est le NPD.

  • Nestor Turcotte - Inscrit 10 juin 2011 18 h 38

    La jeunese, uniquement la jeunesse?

    Si vous existez, parlez de l'indépendance du Québec. Pas d'une vague souveraineté. Correction primaire dans votre vocabulaire.

    A ce que je sache, M. Parizeau ne vous empêche pas de parler d'indépendance. Au contraire, il en serait fort content. Et si vous sentez que vous n'avez pas assez de place dans votre parti, prenez celle qui vous revient. N'attend pas...

    A trente ans, en 1970, contre René Lévesque qui n'aimait pas trop mon discours séparatiste, je parlais, comme Pierre Bourgault, de l'indépendance du Québec. Rien d'autre. En 1973 aussi...et j'ai obtenu plus de 35 % du vote populaire.

    Si l'indépendance (non la souveraineté-partenariat ou souveraineté-association qui sont en fait que du fédéralisme renouvelé) vous intéresse à ce point, expliquez-là. Personne ne peut vous empêcher de le faire. Dites si Pauline a raison ou pas d'affirmer qu'en faisant l'iindépendance, il y a aura 5 ans de turbulence. Et si c'est vrai, expliquez comment le peuple pourra passer à travers ces années difficiles.

    Lors des élections et celle d'avant, je ne vous ai pas entendu parter beaucoup d'indépendance du Québec. Sauf, quelques cris lors de forums (je ne dis pas de congrès puisque le dernier vient d'avoir lieu et il n'y en avait pas eu depuis 2005....) lancés en cacophonie: «ON VEUT UN PAYS...»

    Vous demandez à M. Parizeau, en quelque sorte, qu'il se «tasse....» pour que vous preniez toute la place. Il me semble que cette sorte de clivage n'est pas correct. Le Québec a besoin des gens d'expérience. On semble dire: «Tasse-toi, le bonhomme, on veut avoir toute la place».

    Qui, parmi les 13 signataires, auraient été capables d'imaginer le PLAN «O» de Monsieur Parizeau, lors du référendum de 1995? Je n'en vois aucun parmi les noms ci-haut mentionnés.

    Il ne faut seulement se fier à la jeunesse dans cette affaire-là: l'expérience compte aussi. Et surtout une certaine compétence qui s'apprend dans les universités de haute réputati

  • jeanduc - Inscrit 10 juin 2011 18 h 48

    Faisons de la place à nos jeunes!

    Consultez le CV de ces jeunes députés, et vous y trouverez un tel niveau de compétence, comparable à l'équipe du tonnerre des débuts du PQ autour de René Lévesque. Voyez par exemple avec quelle compétence Véronique Hivon s'est acquittée de son rôle de co-présidente de la commission Mourir dans la dignité; cette commission fera école à travers le monde. Je crois en ces jeunes députés et en leur capacité de faire le pays. Dans leur lettre au Devoir, j'aime particulièrement l'idée que le Québec a beaucoup à offrir au monde. Si je me suis détaché du bloc, c'est précisément à cause de l'intransigeante attitude de toujours en obtenir plus de la part d'un pays dans lequel on est plus sensé croire; c'était entretenir la dépendance. Il est temps de se demander, comme société, ce que l'on a à offrir au monde; là est la fierté d'un peuple.

    Ceci dit, J'ai énormément de respect pour Monsieur Parizeau, il est un grand pédagogue. Je l'invite à soutenir notre belle jeunesse.

  • meme moi ici - Inscrite 10 juin 2011 19 h 20

    pôôôv ti naïfs

    Vous et M. Lucien Bouchard nous avez menés aux portes du pays. Lucien Bouchard n'a jamais voulu l'indépendance du Québec.... si vous n avez pas encore compris cela depuis 95, ne demandez à personne de vous faire confiance... pour ce qui est de M, Parizeau, en quelle honneur lui écrire cette lettre, cet homme ne s'oppose d'aucune façon à la souveraineté... votre lettre aurait du être envoyer a votre cheffe madame marois... que fait elle pour l'indépendance du Québec a part en parler en privé sans doute, quelle position a t elle pris... je parle de position claire, transparente....

  • Gilles Bousquet - Inscrit 10 juin 2011 19 h 21

    M. Parizeau se fait "placer" poliment

    M. Parizeau, en accompagnant Mme Lapointe, son épouse, à notre Assemblée nationale, lors du déballage des récriminations, est certainement derrière la mutinerie des 4 députés péquistes qui viennent de quitter le navire amiral souverainiste du PQ afin de placer de la pression sur Mme Marois pour qu'elle démissionne comme il en avait placé sur M. Lévesque en 1984, quand il a aussi été le principal leader des démissions en bloc, à cette occasion. Nous reconnaissons le procédé répété.

    Les jeunes viennent de lui dire à ce mon oncle, de se tasser un petit peu, à la place qu'il continue de tenter de forcer le PQ à refaire les même erreurs qu'il a commises au référendum de 1995.

    Si M. Parizeau continue de discréditer Mme Marois, il risque de descendre dans l’estime des souverainistes.